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Robert Mascarell

croit plus que jamais à l'existence, prouvable, de la lutte des classes, qu'à celle, improuvable, de dieu

Quand Sorman veut épargner l'extrême-droite

Du mauvais usage des étiquettes

Les étiquettes rassurent sur la provenance des fromages et l’origine des idées folles : dès que le massacre perpétré en Norvège par Behring Breivik sur une centaine de ses concitoyens fut connu, les médias l’étiquetèrent d’extrême droite. Fixer un fou dangereux dans une catégorie répertoriée, c’est plus rassurant sans doute que d’avouer qu’il existe des fous en circulation, qui nous ressemblent et en tout cas, évoluent sans peine dans notre société.

Mais pourquoi d’extrême droite ? Breivik est islamophobe, certes, mais est-on certain que tous les adversaires de l’immigration musulmane soient de droite ou même d’extrême droite ? Breivik est aussi franc-maçon, un ordre qui se situe plutôt à gauche et en Norvège, proche du Parti travailliste au pouvoir.

Le manifeste publié par Breivik, pour « expliquer » son geste relève classiquement du délire propre aux fous intelligents. Ce texte se réclame des Croisades (les Croisades seraient d’extrême droite ?) mais il est pour l’essentiel un plagiat des manifestes d’un autre fou intelligent, américain, Ted Kaczynski, surnommé Unabomber (Un comme Université car il y enseignait les mathématiques). Or Unambomber, qui déposa 16 bombes dans des lieux publics avant d’être intercepté en 1995, était perçu comme d’extrême gauche, ennemi déclaré du progrès technique et du capitalisme, soutenu pendant son procès par le penseur anarchiste et écologiste, John Zerzan.

L’étiquetage de Breivik paraîtra donc circonstanciel, destiné à introduire de la rationalité rassurante là où il n’en y a pas et à mettre en difficulté par assimilation implicite les mouvements d’extrême droite, xénophobes, un peu partout en Europe. Je ne suis guère favorable à ces mouvements-là mais je ne suis pas certain que les impliquer dans le massacre en Norvège en fasse reculer l’influence. De même qu’attribuer le massacre au goût immodéré de Breivik pour les jeux vidéo ne renseigne ni sur le meurtrier fou ni sur l’influence (sans doute nulle) des jeux vidéo sur la violence en société.

Etiqueter Breivik ou étiqueter Unambomber en fait des êtres sociaux doués de raison, bonne ou mauvaise : en vrai, ils sont a-sociaux et les étiquettes sont donc mensongères. Admettons plutôt que l’Homme n’est pas forcément ni naturellement bon.

26 juillet 2011 à 11:05 Guy Sorman | Lien permanent

Robert Mascarell

Guy Sorman, je loue votre tentative désespérée de sortir Breivik des griffes de l'extrême droite, dans laquelle les médias ont eu le front de le classer, selon vos dires.

Je ne sais pas pourquoi, mais je vous sens prêt à défendre qu'il pleut quand le soleil brille, ou qu'en plein coeur de l'hiver, il fait jour à minuit.

Dommage pour vous, mais ce ne sont pas les médias qui ont étiqueté Breivik à l'extrême droite, c'est lui-même.

L'enquête de la police norvégienne va trancher sur le point de savoir si l'acte de Breivik est individuel ou s'il est l'oeuvre d'un collectif. Si la seconde hypothèse s'avérait, l'événement serait encore plus considérable.

Je pensais que votre indéniable passé de victime du nazisme vous aurait épargné cette ultime souffrance que vous provoque le rappel de l'engagement à l'extrême droite de Breivik.

Eh bien, je me suis trompé !

Mais pourquoi tenez-vous tant à ce que l'opinion ne se demande pas où peuvent mener les idées d'extrême droite ? Pourquoi vous démenez-vous autant pour la dédouaner ? Et pourquoi si vite, avant même que la police norvégienne ait terminé son enquête ?

Je ne veux pas croire que vos dérives ultralibérales vous conduisent jusqu'à une certaine complaisance.

Toutefois, je n'oublie pas qu'en France, durant les années trente, les plus hauts représentants du patronat et de la droite s'écriaient : "Plutôt Hitler que le Front Populaire".

Tout est donc possible.

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