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Robert Mascarell

croit plus que jamais à l'existence, prouvable, de la lutte des classes, qu'à celle, improuvable, de dieu

Le modèle allemand selon Guy Sorman

Merkel palme d'or à Cannes

Le G20 n’est pas un gouvernement mondial et sa dernière réunion à Cannes l’aura encore une fois prouvé. L’espoir de Nicolas Sarkozy, Président et hôte de l’année, de changer l’ordre du monde est parti en fumée : ses projets de réglementation des cours des matières premières et de taxer les transactions financières, ont été évincés par la menace immédiate d’un effondrement de l’Eurozone. A lire les minutes des débats et le communiqué final, il en ressort que le G20 opère plutôt comme un forum de discussion général qui, à coût moindre, pourrait être géré par téléconférence. Il reste cependant possible de tirer de ce « sommet » quelques enseignements sur l’état du monde et la pensée économique dominante du moment.

Tout d’abord, le G20 démontre que tous les Etats sont conscients de leur interdépendance : nul ne préconise le protectionnisme aux frontières ni une alternative à l’économie mondialisée. La « démondialisation » n’était pas représentée à Cannes, le mouvement Occupy Wall street non plus. La crise de 2008 qui n’est pas achevée, contrairement aux années 1930 ou au choc pétrolier de 1973, n’a pas fait dérailler le consensus économique dominant. Mais à l’intérieur de ce modèle, il existe un débat entre partisans de la relance publique et tenants de la rigueur budgétaire. Dans cette controverse, Barack Obama, tête de pont du clan keynésien a été nettement dominé par le parti de l’équilibre budgétaire incarné par Angela Merkel et la Corée du sud. Obama avec son plaidoyer de relance de l’emploi, s’est retrouvé à Cannes aussi isolé qu’il l’est dans son pays. Nul ne croit plus au G20, que la dépense publique conduise à la prospérité : Nicolas Sarkozy, pro Obama en 2009, est clairement passé du côté Merkel.

Le nouveau modèle dominant est donc l’expérience allemande que l’on peut décrire ainsi : il appartient aux gouvernements de ne pas réagir à l’excès à la conjoncture mais de procurer aux entrepreneurs une perspective fiscale, sociale, réglementaire prévisible à long terme. Cette expérience confirmée par la gestion sud- coréenne, exige aussi une flexibilité du marché du travail pour permettre aux entrepreneurs de s’adapter à un marché mondial fluctuant.

Merkel à Cannes aura donc éclipsé Sarkozy puisque cette politique à long terme, stable et prévisible est celle de l’Allemagne quel que soit le parti politique au pouvoir, une sécurité que peu de nations offrent (hormis la Chine qui ne change jamais de gouvernement !). A noter, dans ce modèle allemand, le rôle décisif d’un Conseil des Sages , cinq économistes indépendants , chargés de dire les faits à tout Chancelier : ce Conseil contribue à hisser le débat économique en Allemagne du niveau de l’opinion à celui de la connaissance.

Troisième apport du G20 de Cannes, significatif, l’euro en sort vivant : l’engagement clair de la France et de l’Allemagne de perpétuer un euro stable, géré par une banque centrale indépendante, avec ou sans la Grèce, a rassuré ceux qui, avant le G20, imaginait un éclatement de la zone euro. Ce scénario catastrophe, répandu aux Etats-Unis et non exempts d’arrière- pensées, est désormais peu crédible. Il est exact que les pays émergents ne se sont pas engagés à voler au secours de l’euro mais leurs fonds souverains investiront en euros s’il est stable et pas l’inverse. On notera enfin, en passant, que la seule décision véritable prise par le G20 a été de renforcer le FMI. Une décision facile et inutile car le FMI est un pompier de service au passé mitigé ( la Russie n’a jamais remboursé, la Turquie oui ) , inapte à restaurer la croissance. C’est plutôt en se mettant à l’école allemande que l’on sortira de la récession : les participants au G20 semblent l’avoir intériorisé. Les chefs d’Etat et de gouvernement ne font jamais d’autocritique mais la plupart se rallieront sans l’avouer .Au total, un bon G20 mais pas tout à fait celui qui était au menu.

06 novembre 2011 à 02:43 | Lien permanent Guy Sorman

Robert Mascarell

Hitler, dans sa tombe, doit ruminer son gravissime échec, lourd de conséquences criminelles pour l’humanité entière. Ce qu’il n’a heureusement pas réussi à faire, Angéla Merkel est en train de le réussir pacifiquement.

Mais comme dans les années 30, il se trouve des dévots inconditionnels pour voir en l’Allemagne le modèle à suivre. A une différence de taille près, toutefois : il n’y a rien d’infamant à soutenir Madame Merkel, alors que les partisans français du « Plutôt Hitler que le Front Populaire », principalement les dirigeants du patronat français, se sont conduits comme de véritables traitres à leur pays.

Cher Guy Sorman vous voici donc, avec Nicolas Sarkozy, dans la cohorte des « Merkelophiles ». Jusqu’à quand ?

Comme Nicolas Sarkozy, vos emballements évoluent au gré de la ligne de pente. Jusqu’à la faillite de Lehmann Brothers, en 2008, vous et Sarkozy avez été « bushistes ». A sa différence, vous n’avez pas été « obamaniaque », mais voilà que vous vous rejoignez aujourd’hui. La proximité de l’élection présidentielle sans doute.

Vos arguments pour soutenir le modèle allemand valent le détour.

La description que vous en faites est délicieuse : « …..il appartient aux gouvernements de ne pas réagir à l’excès à la conjoncture mais de procurer aux entrepreneurs une perspective fiscale, sociale, réglementaire prévisible à long terme. Cette expérience confirmée par la gestion sud- coréenne, exige aussi une flexibilité du marché du travail pour permettre aux entrepreneurs de s’adapter à un marché mondial fluctuant. »

A travers ces deux phrases, vous avez livré le fond de votre pensée néfaste pour les peuples.

Je ne sais même pas si vous l’avez fait consciemment. Dans tous les cas, merci pour votre franchise.

Ainsi, vous dites crûment, en vous en faisant le chantre, que le libéralisme consiste à garantir la stabilité à long terme aux entrepreneurs, qui ont tout, et la précarité quotidienne aux salariés, qui n’ont rien. C’est bien comme cela que j’avais compris la manière de fonctionner du libéralisme. C’est la raison pour laquelle j’en suis un adversaire irréductible.

Vous vous extasiez aussi sur « le rôle décisif d’un Conseil des Sages, cinq économistes indépendants, chargés de dire les faits à tout Chancelier ».

Vous ne dites pas qui a choisi ces cinq Sages. Vous oubliez de préciser qu’il s’agit d’économistes libéraux, dont la manière de dire « les faits », c’est-à-dire leur vérité, va dans le sens de l’orthodoxie libérale.

Votre aveuglement pro-allemand me sidère. Je ne peux pas arriver à croire que vous ne connaissiez pas toutes les données comparatives entre la France et l’Allemagne qu’à produites Empereur, dans sa contribution sur votre blog, le 6 novembre 2011 à 15h44 (Le blog en question est immédiatement reproduit après ma contribution -RM).

« Je ne vois pas pourquoi il faut donner la palme d'or à Merkel ? Passons en revue les différents chiffres :

- Les investisseurs font-ils d'avantage confiance à l'Allemagne qu'à la France ? Non. La France est largement devant l'Allemagne pour les investissements directs étrangers : plus d'un milliard de dollars en France contre 674 millions en Allemagne, selon les statistiques publiées par la CNUCED.

- Les Allemands sont-ils meilleurs que nous en matière de dette ? Non. En 2010, l'Allemagne avait une dette de 83,2 % du PIB contre 81,7 % pour la France selon Eurostat. L'Allemagne est donc tout autant que la France en dehors de la limite des 60 % du PIB exigée par le Pacte de stabilité.

- La croissance allemande est-elle meilleure que chez nous ? Non plus. Sur la dernière décennie elle a été inférieure à celle de la zone euro et moindre qu’en France. D’ailleurs, le "modèle allemand" n'a pas protégé ce pays de la crise : avec une chute de 4,9 %, du PIB il a subi en 2009 une récession deux fois plus importante qu’en France. L'embellie en 2010 est donc un rattrapage. Au final, par rapport à 2008, l'Allemagne marque encore un retard de croissance plus grand qu’en France.

- Le Taux de chômage en Allemagne est-il vraiment plus faible que chez nous ? Non. Officiellement de 6 % contre 9,9 % en France, il a été visuellement dégonflé grâce à la réforme social-démocrate. Elle a rayé des comptes 1,5 millions de sans emploi. Cela correspond exactement à la baisse du chômage affichée depuis 2002. En septembre dernier, le journal Die Welt a aussi révélé que 200 000 chômeurs âgés avaient été radiés. Le ministère allemand du travail a reconnu que 57 % seniors chômeurs n'étaient plus comptés. Autre artifice : la généralisation du chômage partiel, invisible dans les statistiques. Ainsi en 2010 selon Eurostat, il concernait 26,2 % des salariés allemands contre 17,8 % des salariés français.

- La croissance allemande basée sur les exportations est-elle un modèle généralisable? Non. 65 % des exportations allemandes sont destinées à la demande des autres pays européens. S’ils imitaient le « modèle allemand » en contractant leurs achats l’export made in germany s’écroulerait. De plus, ces exportations ne révèlent pas une plus grande performance technique. Selon Eurostat, 16 % de celles-ci concernent des produits de haute technologie. La France c’est 26 % des exportations. L’OCDE note aussi que les Français travaillent 154 heures de plus par an que les Allemands. Et la productivité des travailleurs français est la plus élevée d'Europe. Elle a progressé sur la dernière décennie deux fois plus vite qu'en Allemagne.

- L’Allemagne a bénéficié des subventions européennes pour financer sa réunification et, aujourd’hui elle ne veut pas mettre la main à la poche pour aider la Grèce. Voilà avec ce premier couac, la réalité européenne, une tromperie avérée, une illusion d’optique, au bénéfice d’un seul pays. C'est ça le modèle allemand !

Rédigé par : Empereur | 06 novembre 2011 à 15:44 »

Robert Mascarell

Toutes les informations qu’il a données, je les connaissais moi aussi. Vous êtes mieux placé que nous pour les connaître. Comment se fait-il, dès lors, que vous ayez écrit cet article à la gloire de l’Allemagne ? Est-ce encore une manifestation de votre fanatisme pro-libéral ? A la manière dont Georges Marchais était pro-soviétique. Je le crains.

Au fait, je ne sache pas que vous vous soyez exprimé sur le cas argentin. Je serais très intéressé de savoir ce que vous en pensez. Ce pays qui, il y a une dizaine d’années, a dit merde au FMI, a détaché sa monnaie du dollar, a annulé unilatéralement sa dette, et qui aujourd’hui connaît une situation plutôt florissante, avec, il est vrai, un taux d’inflation élevé, mais avec un taux de chômage considérablement abaissé, inférieur au nôtre, et un taux de croissance de l’ordre de 8 à 9 % depuis plusieurs années. Au point que sa présidente a été réélue nettement dès le premier tour, après qu’elle ait succédé à son mari, décédé, et qui fut l’initiateur du virage salvateur.

Votre silence me paraît révélateur de votre gêne. Modèle pour modèle, mais je n’aime pas l’idée de modèle, je préfère l’argentin à l’allemand. On ne se refait pas.

Bref, le seul point avec lequel je suis d’accord avec vous, c’est quand vous dites que Merkel a éclipsé Sarkozy à Cannes. Les fanfaronnades de ce dernier n’y changeront rien.

Pour conclure, je crois comprendre, en filigrane, à travers votre article, que la situation de l’Europe est moins préoccupante que celle des Etats-Unis. C’est aussi mon sentiment.

Rédigé par : Robert Mascarell | 06 novembre 2011 à 18:28

Le modèle argentin exige de produire du soja , le pétrole vert. Ce qui a sauvé le pays , ou une partie: car la pauvreté s'amplifie et aussi l'analphabétisme. Pour gagner les eléctions , il suffit là-bas, d'acheter des voix , ce que les Péronistes savent faire.

Rédigé par : guy sorman | 06 novembre 2011 à 19:02

Robert Mascarell

@ Guy Sorman

Votre réponse sur l'Argentine est proprement ahurissante.

Je n'ai pas lu un seul article qui ait mis en cause la sincérité du dernier vote intervenu en Argentine. Comme on dit en justice : produisez vos preuves.

Mais là n'est pas l'essentiel. Est-ce que l'Argentine n'a pas dit merde au FMI, détaché le peso du dollar, annulé l'essentiel de sa dette, il y a dix ans ?

Est-ce que depuis, l'Argentine n'a pas réduit considérablement son taux de chômage (7 % en 2011), retrouvé la croissance, de l'ordre de 8 à 9 % depuis au moins trois ans ? Certes son taux d'inflation est élevé. Mais au moins le peuple respire et a retrouvé sa dignité.

Mais l'essentiel de mon papier ne portait pas sur l'Argentine, mais sur l'Allemagne.

Contestez-vous les chiffres produits par Empereur ?

Si oui, fournissez vos preuves.

Si non, la moindre honnêteté consisterait à le reconnaître. Et, ipso facto, à réviser votre vision de l'Allemagne idyllique.

Rédigé par : Robert Mascarell | 06 novembre 2011 à 19:59

Dans la controverse sur les modèles économiques, il faut faire la part de l'histoire longue et de la géographie: la politique économique ne représente que la moitié de la réalité. Sauf quand elle est destructive : hyperinflation, fermeture des frontières, suppression de la propriété privée .Mais appliquer une politique dite allemande, ne porte ses fruits que dans la durée et ne crée pas une nouvelle Allemagne. La France est dominée par quelques grandes entreprises depuis Louis XIV, l' Allemagne par des PME performantes et décentralisées, comme le Japon . L'Argentine a du soja et ne produit rien d'autre parce que le pays a toujours été dominé par une oligarchie agraire , etc

Rédigé par : guy sorman | 06 novembre 2011 à 20:14

Robert Mascarell

@ Guy Sorman,

Je vous signale que l'Argentine exportait déjà du soja et j'y ajoute de la viande quand M. Kirchner a décidé de rompre radicalement avec la politique de ses prédécesseurs, y compris Péronistes, aplatis devant le FMI et les Etats-Unis.

Ce n'est donc pas le soja et la viande qui ont sorti l'Argentine de l'ornière, mais bien les mesures courageuses, à l'opposé de l'orthodoxie libérale.

Je me souviens, pourtant, que le FMI comme les Etats-Unis ont promis la foudre aux Argentins s'ils faisaient ce que finalement ils ont fait avec beaucoup de courage. Et notre duo infernal est passé à l'acte. Mais heureusement, il a échoué dans sa sale besogne. Certes, les deux ou trois premières années ont été difficiles. Mais les Argentins ont résisté, contre vents et marées. Comme quoi, quand un peuple veut il peut. Pour autant, l'Argentine n'est pas un pays socialiste, encore moins communiste. Loin de là.

Quant à ce que vous appelez la controverse sur les modèles économiques, c'est de l'enfumage pour ne pas avoir à répondre sur les chiffres comparatifs entre la France et l'Allemagne. Ce faisant, vous agissez comme les politiciens. Vous dégagez en touche quand la question bat en brèche vos certitudes.

Nos deux pays ont adopté le même modèle économique, mais chacun l'applique avec ses particularités.

J'insiste, les chiffres donnés par Lempereur sont-ils faux ?

Votre silence est révélateur de votre incapacité à vous remettre en cause.

Rédigé par : Robert Mascarell | 06 novembre 2011 à 21:16

Les avocats de la banqueroute, argentine, grecque etc.. oublient que quelqu'un paye pour les dettes non remboursées.

Rédigé par : guy sorman | 06 novembre 2011 à 21:26

Cher Empereur,

Je suis votre débat avec DJ. Je suis totalement à vos côtés.

Pour avoir moi aussi débattu avec lui sur ce blog, je peux vous dire que c'est peine perdue.

C'est un fanatique du libéralisme, d'une malhonnêteté intellectuelle insigne. C'est un disciple de Hayek, Friedmann, les Chicago Boys, qui ne sont autres que les maîtres à penser de Pinochet.

Ces monstres du libéralisme n'ont qu'une idée inavouable en tête : aligner tous les salariés occidentaux sur ceux de la Chine. Et quand, par leurs luttes, les Chinois auront amélioré leur sort, les émules de ces monstres iront installer leurs unités de production dans d'autres pays plus attardés pour exploiter ces peuples jusqu'au sang.

Sauf que les lieux d'exploitation sans limite vont au fil du temps se réduire comme peau de chagrin. Puisque, comme Marx l'écrivait en substance, là où les libéraux installent leur mode d'exploitation, ils créent ipso facto leurs propres fossoyeurs.

Pour arriver à leurs fins, ces monstres sont capables de tous les mensonges, de toutes les vilénies. L'essentiel est que eux se gobergent sur des tas d'or. Le peuple n'est bon qu'à travailler pour eux.

Au passage, partout, ces sangsues sont les principaux assistés. En plus de l'exploitation des salariés, ils reçoivent force subventions, exonérations fiscales et sociales de la part des Etats, distribuées sans contrôle aucun. Le pire c'est que ces sommes leur sont données aussi bien par des gouvernements de droite, c'est dans la logique de leur engagement, que de gauche ou qui se disent tels. Et ces profiteurs ont le toupet de fustiger les aides attribuées aux plus pauvres d'entre nous.

Si dans nos pays, la situation des peuples est meilleure, c'est grâce à leurs luttes et non grâce à la générosité de leurs exploiteurs.

Rédigé par : Robert Mascarell | 09 novembre 2011 à 11:44

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