croit plus que jamais à l'existence, prouvable, de la lutte des classes, qu'à celle, improuvable, de dieu
15 Novembre 2008
Les libéraux prétendument de gauche n’usurpent pas seulement cette dernière qualité, ils croient bon d’ajouter qu’ils font partie de la gauche responsable, moderne, parce qu’ils acceptent d’aller au gouvernement et de mettre les mains dans le cambouis. Sous entendu, nous acceptons, une fois parvenus au pouvoir, de prendre des mesures impopulaires.
Il va de soi que pour ces parangons de vertu comme pour les libéraux de droite, ceux qui osent se reconnaître dans la gauche antilibérale, anticapitaliste, altermondialiste, révolutionnaire, ou dans l’extrême gauche ne sont que des irresponsables, refusant de mettre leurs mains dans le fameux cambouis.
Pour faire bonne mesure, tous ces beaux esprits éminemment responsables et modernes, Jean-Luc Mélenchon les appelle, par dérision, « les belles personnes », se recrutant principalement dans les milieux politiques et médiatiques bien-pensants, tentent de faire accroire que tous les membres de la gauche ou de l’extrême gauche « irresponsable » sont hermétiquement fermés à toute idée de réforme. Bref, à leurs yeux, nous sommes des archaïques, égoïstes en plus de ça, ne pensant qu’à préserver nos avantages acquis.
Que les libéraux de droite pensent cela, quoi de plus naturel, s’ils nous paraient de qualités ce serait même préoccupant, mais que ceux se prétendant de gauche professent la même idée, c’est proprement scandaleux.
Mais au nom de quoi faudrait-il que le fait d’aller au pouvoir doive automatiquement se traduire par la prise de mesures allant à l’encontre de l’intérêt du peuple ? Même dans les textes fondateurs de la social-démocratie, l’idée de réforme est nécessairement associée à l’idée de progrès pour l’humanité. Il n’a jamais été dit que ce doive être l’inverse. Sinon ça ne peut plus s’appeler une réforme, mais c’est alors une contre-réforme.
Le fait d’aller au pouvoir pour y prendre des mesures antisociales à l’encontre du peuple restera inadmissible aussi longtemps qu’auparavant toutes les inégalités et les injustices sociales n’auront pas été éradiquées. Comment justifier, en effet, de telles mesures, alors que perdurent, voire s’accroissent, les privilèges pour les plus fortunés ? Y compris sous des gouvernements dits de gauche. En France, comme en Europe. N’oublions pas qu’en trente ans, la part des revenus tirés du capital a crû de plus de 10 % au détriment de la part des revenus tirés du travail.
La vérité, c’est que ces soi-disant beaux esprits responsables sont à ce point avides de pouvoir, d’honneurs, d’argent, toutes choses inavouables, qu’ils habillent leur vil esprit des oripeaux de la bonne conscience. Le malheur, c’est que, pour l’instant, ces subterfuges font encore recette chez une grande partie du peuple, délibérément dépolitisée par les tenants successifs du pouvoir.
La grande majorité de la cohorte des « irresponsables » ne refusent pas, par principe, d’aller au pouvoir. Leur seule exigence politique et morale c’est de ne pas faire de la recherche du pouvoir une fin en soi, mais de vouloir en faire un moyen d’améliorer la vie des pauvres gens, au détriment de leurs exploiteurs. Beaucoup de ces « irresponsables » pensent même que cette action salvatrice peut avoir lieu après avoir accepté les règles de la démocratie électorale, et au moins pendant un temps dans le cadre du système capitaliste. L’objectif demeurant, néanmoins, une fois parvenus au pouvoir d’obtenir le soutien du peuple pour aller au-delà du capitalisme, c’est-à-dire de marcher vers le socialisme démocratique ou vers une société fondée sur la recherche des solidarités et de la coopération entre tous les hommes, soit l’antithèse de la compétition et de la concurrence entre eux.
Ces « irresponsables » ne rejettent même pas l’idée que puissent être demandés des sacrifices au peuple, dans des circonstances exceptionnelles, à la condition qu’ils soient répartis entre toutes les couches de la société, en proportion de leurs revenus.
Gouverner, oui, mais sans y perdre notre âme !
12/07/2011, 00:11PAR ESPOIR
Comment ne pas être d'accord avec vous si l'on fait preuve d'un minimun d'honnêteté intellectuelle,le seul mot que je changerais à vôtre réquisitoire ,c'est "Irresponsables" ,devant le tribunal de la morale politique,ils sont "Responsables",coupables d'abus de pouvoirs , dans l'unique but de légiférer pour préserver des statuts frauduleux dont ils sont les uniques détenteurs et bénéficiaires.
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12/07/2011, 12:17PAR NETMAMOU
Je suis bien d'accoird avec vous.
Mais tout cela suppose que tout le monde c'est à dire " le peuple", ait une vision claire des priorités.
Or, lorsqu'on a les mains dans le cambouis, c'est à dire quand on a un pouvoir de décision, quel qu'en soit le niveau, depuis la commune juqu'à la tête de l'Etat, il s'agit toujours d'établir des priorités. L'ordre des priorités... autant de petits points à règler pour atteinde l'objectif final.
Et c'est là où ça se complique. Car, comme on dit, chacun voit midi à sa porte. Et l'impatience est de mise. Dans notre société du " moi d'abord, les autres ensuite, s'il en reste", il va falloir fournir de gros efforts de pédagogie pour faire admettre et comprendre que tout ne se règle pas immédiatement.
JLM a annoncé la couleur : changer de République et sortir du Traité de Lisbonne.
Ces deux actes politiques conditionnent en grande partie, la suite .
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12/07/2011, 13:03PAR CHRIS43
La vérité, c’est que ces soi-disant beaux esprits responsables sont à ce point avides de pouvoir, d’honneurs, d’argent, toutes choses inavouables, qu’ils habillent leur vil esprit des oripeaux de la bonne conscience. Le malheur, c’est que, pour l’instant, ces subterfuges font encore recette chez une grande partie du peuple, délibérément dépolitisée par les tenants successifs du pouvoir.
Je regrette de lire ce genre de manichéïsme sous votre plume.
D'abord il faut avoir le goût du pouvoir pour se coltiner avec ce "peuple" tellement versatile.
Le problème est simplement de contrôler les dirigeants, pour en limiter les effets pervers. En outre on peut avoir le goût du pouvoir et être intègre.
Quant au "peuple" il est simpliste de prétendre qu'il est délibérément dépolitisé. C'est du même ordre que la la représentation de l'homme selon les économistes, en acteur rationnel.
Les 21 milliards de chiffre d'affaire de la Française des jeux, p. ex. ne s'expliquent pas par une dépolitisation délibérée.
Que le capitalisme en profite est un fait, qui montre qu'il agit en fonction de l'homme tel qu'il est, et non pas en fonction de l'homme tel qu'il devrait être.
C'est là une erreur de Marx, entre autres.
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12/07/2011, 19:56PAR ROBERT MASCARELL
Cher Chris, vous me taxez de manichéisme. Pour preuve de votre affirmation, vous laissez entendre, en creux, que je ne trouverais pas bien d'avoir le goût du pouvoir.
Il n'en est rien. Je n'exclus pas que les miens accèdent au pouvoir et demandent, dans des circonstances exceptionnelles, des sacrifices au peuple. A condition qu'ils soient répartis en fonction des revenus.
Force est de constater que, dans les faits et donc sans manichéisme, même sous les gouvernements de gauche, les sacrifices demandés ont abouti à ce que les revenus du travail soient de plus en plus taxés que ceux du capital. Les faits sont têtus.
C'est pour moi parfaitement critiquable. Ce n'est pas ma conception du pouvoir.
Vous ajoutez : "Le problème est simplement de contrôler les dirigeants." Comment ? Vous ne le dites pas.
Regardez ce qui s'est passé avec les traités constitutionnel et de Lisbonne. Le peuple a largement rejeté le premier, Sarkozy nous a imposé sa copie conforme, via un vote du congrés, grâce à la complicité du parti socialiste qui s'est piteusement abstenu pour ne pas en empêcher l'adoption.
Alors que quelques mois avant, Ségolène Royal avait promis, durant sa campagne, que le traité de Lisbonne serait soumis à référendum.
Est-ce être manichéen que de rappeler ces faits ?
De tels comportements ne sont pas de nature à réconcilier le peuple avec la politique.
A mes yeux, vous vous trompez. Le capitalisme n'exerce pas le pouvoir en tenant compte de l'homme tel qu'il est, mais en utilisant tous les moyens de la propagande et de la coercition pour le transformer à sa guise.
Quant à l'erreur de Marx, j'attends que vous me la démontriez.
Je pense que vous confondez Marx et Mounier, le pape du personnalisme.
Marx n'a jamais analysé l'homme à partir de la vision idéale qu'il en aurait eu, mais à partir de son appartenance à une classe sociale économique.
Pour me faire comprendre, je vais volontairement caricaturer Marx et mettre en exergue les principaux agents économiques de son époque, à ses yeux : la classe des employeurs et la classe des ouvriers. Dont il a considéré que l'antagonisme de classe était irréductible.
Eh bien, figurez-vous que Marx pouvait estimer que parmi les employeurs il y avait des gens tout à fait respectables, et que parmi les ouvriers il pouvait y avoir des salauds ! Au bout du bout, le gentil comme le méchant employeur exploitaient tout de même le méchant comme le gentil ouvrier. C'est la loi du système capitalisme.
Nous sommes donc très loin de l'approche individuelle de l'homme.
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12/07/2011, 22:42PAR CHRIS43
"Le problème est simplement de contrôler les dirigeants." Comment ? Vous ne le dites pas.
Simplement (?) en redonnant le pouvoir à l'ordre politique, en commençant par la suppression de l'élection d'un président-sauveur au suffrage universel.
Je n'ai aucune compétence en droit constitutionnel, mais le contrôle parlementaire me paraît un minimum que le système français ne permet plus. Mais même dans ce cas, la réélections d'individus condamnés montre que les comportements individuels et collectifs ne sont pas une garantie de bon fonctionnement de ce contrôle.
Mon approche à partir du comportement de l'individu, avec tous ses parties "sombres", je l'ai forgée, non dans les bons auteurs, mais tout au long de ma vie professionnelle (dans le cambouis!): que ce soit dans le syndicalisme, l'associatif ou le management, je n'ai rencontré que des individus, parfois "regroupables" par des comportements et des motivations (conscientes ou inconcientes) similaires, mais de classes au sens où vous semblez l'entendre, jamais.
Tout individu à la capacité d'en exploiter un autre, ce qui sépare celui qui le fait de celui qui ne le fait pas (intentionnellement) n'est pas de l'ordre d'une appartenance à une classe, mais bien à une réflexion et ... une morale.
Cette même réflexion me conduit également à dé-espérer que l'humanité, qui selon moi est une erreur de la nature, soit capable de progresser.