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Robert Mascarell

croit plus que jamais à l'existence, prouvable, de la lutte des classes, qu'à celle, improuvable, de dieu

Débat avec Gérard Filoche sur la ou les classes moyennes

Ci-après, je reproduis l’article que notre camarade Gérard Filoche a publié sur son site www.filoche.net/, et le commentaire que je fais de cet article :

Il n’y a pas de classe moyenne ni « des » classes moyennes

2 FÉVRIER 2012 – 11:46

Il est intéressant d’écouter dans l’immense buzz médiatique toutes les imprécisions de vocabulaire de celles et ceux, qui parlent en permanence et à tort et à travers « des classes moyennes ». Saluons le fait qu’ils parlent de « classes » encore que parfois ils parlent aussi de « couches » moyennes. Ce n’est pas très nouveau, en fait : Marx était à peine mort que toutes les théories voyaient proliférer une énorme « nouvelle petite bourgeoisie » (sic) de fonctionnaires, d’employés, de cadres, d’ingénieurs, de techniciens et de nouvelles professions libérales au sein d’un secteur « tertiaire » hypertrophié. Mais ils sont totalement incapables de vous les décrire aujourd’hui et de vous dire de quoi il s’agit.

Pourquoi ? Commencez par leur demander pourquoi ils mettent toujours « les classes moyennes » au pluriel. Il y en a donc plusieurs ? Lesquelles ? Enumérez-les ! Dites lesquelles sont plus ou moins « moyennes » ? Qu’est ce qui les distingue ? Vous n’aurez jamais de réponse claire. Parce qu’elles n’existent pas. Vouloir les définir, c’est la chasse au dahu.

Il est assez facile de distinguer la classe supérieure :

5% possède environ 50 % du patrimoine. Elle possède l’essentiel de la rente, des actions, elle est maîtresse de la finance et de la propriété des moyens de production, des biens immobiliers et mobiliers. C’est une toute petite partie de la population. Elle vit de l’exploitation du travail des autres et ses intérêts communs sont puissants : augmenter les profits du capital, baisser le coût du travail. Certains y adjoignent les « cadres supérieurs » (appelés parfois à tort « bobos ») mais cela ne rajoute que très peu d‘éléments : les cadres dits « supérieurs » (assimilables aux employeurs, échappant au droit commun du travail) sont moins de 0,2 % des cadres.

Il est assez facile de distinguer les « pauvres », encore que… :

Là, les instituts prennent, sans s’encombrer, un concept clair, celui du salaire : un chiffre de revenu actuellement inférieur à 900 euros. C’est le « seuil » dit « de pauvreté ». Il y a aujourd’hui, en 2012, plus de 8 millions de personnes concernées. Ce sont 10 % de la population qui possèdent moins de 1 % du patrimoine. Mais ces pauvres peuvent devenir salariés, ou rester pauvres à temps partiels, rester smicards pauvres, puis le chômage n’épargnant aucune catégorie, à nouveau pauvres. Ce n’est donc pas une catégorie isolée, séparée du salariat. Jacques Rigaudiat concluait justement, dés 2005 : « Entre chômage, sous-emploi, incertitude de l’activité et précarité financière des “travailleurs pauvres”, c’est très vraisemblablement entre le quart et le tiers de la population, entre 15 et 20 millions de personnes – 7 millions de pauvres et 8 à 12 millions de précaires – qui ont, de façon durable, des conditions de vie marquées du sceau de l’extrême difficulté. »

Mais entre riches et pauvres où sont les classes moyennes ?

Donc 5 % possèdent 50 % des richesses, et 10 % possèdent moins de 1%. Il reste 85 % de la population qui se partage 49 % des richesses. Est-ce cela la « classe moyenne » ? 85% de la population ? Qu’est ce qu’elle fait, que gagne t elle, comment vit-elle ? Qu’a t elle de commun et de différent pour la « classer »

Sont-ce les « indépendants » ?

Les actifs « indépendants », les « libéraux », les artisans, les commerçants, les petits et moyens agriculteurs, les petits patrons ne sont plus que 7 % des actifs dans ce pays. 7%! Est-ce là UNE classe ou DES classes moyennes ? Peu convaincant, car ils sont hétérogènes, bien des artisans s’apparentent à des ouvriers du rang y compris du point de vue du salaire, de même pour les petits exploitants en agriculture ou les petits commerçants. Ces 7 % d’actifs qui ne sont pas salariés sont extrêmement « étirés » socialement, entre le million de petits patrons divers de TPE, le médecin installé à l’acte à honoraire libre, le plombier débordé et l’auto-entrepreneur isolé sans le sou. Toutes les tentatives pour recréer des « travailleurs indépendants » (lois Madelin, Dutreil, Novelli…) contre le salariat ont jusqu’à présent échoué. Il semble bien difficile de voir là une « catégorie » encore moins une « classe » comme concept pertinent.

Que veut dire l’expression banalisée sans définition : « les classes populaires » ?

À ce propos et en incise, pourquoi les mêmes qui parlent des « classes moyennes » parlent-ils de « classes populaires » au pluriel ? Y a t il plusieurs « classes populaires » ? Ce dernier concept apparaît aussi imprécis que l’autre. A moins que vous ne vous entêtiez dans le flou, involontairement où volontairement, essayez de dire une seule fois combien il y en a et comment vous décrivez « LES » classes populaires ? Qu’est ce qui distingue les « classes populaires » des « classes moyennes » ? Est-ce que « les » classes populaires sont les pauvres et les classes moyennes pas populaires ?

Le salariat représente 93 % de la population active occupée.

Et en plus, il faut rajouter les jeunes qui sont des salariés en formation, les chômeurs qui sont des salariés privés d’emploi, les retraités qui vivent en direct des cotisations des salariés. C’est le salariat qui règne, qui domine sociologiquement dans ce pays : la caractéristique est claire, unique, c’est la grande masse de tous ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre.

Les salariés vendent, certes, cette force de travail plus ou moins cher, selon leur âge, qualification, carrière, selon le rapport de force social. Est-ce que cela les différencie en classes ?

Doit-on chercher à distinguer une « classe moyenne » au sein du salariat ?

Les salaires sont compris entre 900 euros et 3200 euros, avec un salaire médian à 1580 euros. 97 % des salaires sont en dessous de 3200 euros. L’écart entre la moyenne des salaires des cadres et la moyenne des salaires des ouvriers et employés est réduit à 2,3. Il y a bien un bas, un milieu, un haut du même salariat : mais y a t il assez de différenciation pour parler de « classe distincte » ?

Comment cerner là, caractériser, à ce niveau, une « catégorie », une « couche », une « classe » moyenne… dont le salaire, le statut bouge et bougera tout au long de la vie et de la carrière ?

Sont-ce les cadres ?

Il y en a 3,5 millions. Les cadres sont des salariés comme les autres : avec une dégradation de leur statut et de leurs conditions de travail, ils n’échappent pas au lot commun. Les « grilles de notations » et les « paramètres personnalisés » aboutissent à un barème à la « tête du salarié », et à un système des « primes individuelles », qui finit par toucher les cadres assimilés au reste du salariat au plan de la rémunération. Ils ont aussi des horaires légaux communs au reste du salariat, même si les lois les concernant sont plus souvent violées, contournées. Plus de 40 % d’entre eux sont ainsi passés en dessous du plafond de la Sécurité sociale.

L’écart de la moyenne des salaires des cadres avec celle des employés et ouvriers a été abaissé progressivement de 3,9 en 1955 à 2,3 en 1998. Alors que les employeurs se targuent, par tous moyens, d’individualiser les salaires, en fait, ils les ont « compactés » !

S’il convient de suivre, avec l’Insee, le rapprochement du « bas des cadres » et du « haut des employés et ouvriers », par contre, les cadres ne sont pas correctement catégorisés par la statistique publique comme ils devraient l’être, c’est-à-dire, séparés entre « cadres » et « cadres supérieurs ». Ce serait pourtant une clarification parmi les plus nécessaires car elle porte sur les critères de définition du statut : le contrat, le salaire et la relation de subordination. Les cadres supérieurs sont assimilables au patronat. Mais ils sont peu nombreux et ne renvoient pas plus que le « patronat ».à une réalité homogène. Avec le développement de la sous-traitance et une soumission à des donneurs d’ordre résolument du côté du CAC 40 les petits patrons sont loin d’être tous du niveau « cadre supérieurs » et subissent un sort aléatoire proche du salariat. Il existe en France, une pyramide d’entreprises avec une base très large : en haut, mille entreprises de plus de mille salariés (3,4 millions de travailleurs) produisent près de 50 % du PIB ; en bas, un million d’entreprises de moins de dix salariés (3,4 millions de travailleurs également) ont une existence précaire et la moitié d’entre elles dépendent d’un seul donneur d’ordre.

Les fonctions d’encadrement ont diminué considérablement au profit des tâches de production. Il n’y a plus de coupure entre les « cols blancs » et les « cols bleus » comme dans le passé. L’emploi non qualifié augmente sans que l’emploi des moins diplômés reprenne : le paradoxe renvoie à un « déclassement » des diplômés, qui, à un niveau de diplôme donné, occupent des emplois de moins en moins qualifiés. Quant aux cadres, ils connaissent eux aussi des périodes plus importantes de chômage, l’épée de Damoclès du Pôle emploi règne sur eux comme sur les autres. Le chantage à l’emploi est répandu du haut en bas du salariat « La dégradation des conditions de travail est générale, l’urgence réduit la prévisibilité des tâches et les marges de manœuvre pour les réaliser. La charge mentale s’accroît et la pénibilité du travail » Pour une majorité croissante des salariés, les pressions s’accroissent : augmentation du rythme de travail, multiplication des contraintes, mécanisation plus forte, rapidité d’exécution, demandes multiples, vigilance accrue, contrôle hiérarchique permanent, stress…

Sont-ce les « catégories intermédiaires » ?

L’INSEE utilise depuis des lustres une catégorie très contestée : celle dite des « catégories intermédiaires ». Mais qu’est ce qu’une « catégorie intermédiaire » ? Le haut du salariat ? il commence où ? Aux contre-maîtres ou ETAM ? Le bas des cadres ? À quel niveau les distinguent-on ? Tous les cadres ? L’INSEE y classe tous les enseignants, la plupart des fonctionnaires à partir des catégories « B ». Pourquoi les catégories « B » seraient-elles » classes moyennes » ? Les instituteurs, les infirmiers, les contrôleurs des impôts, du travail, ne sont pourtant pas plus « classes moyennes » que les maîtres d’hôtel, les agents de maîtrise, les VRP, ou les techniciens… Sont-ce des employés par opposition aux ouvriers ? Sont-ce des fonctionnaires par opposition au privé ? Sûrement pas puisque même l’INSEE les mêlant tous, public et privé, les décompte en dehors des « catégories intermédiaires » ! Les fonctionnaires (qui ne « coutent » pas mais rapportent) gagnent moins, à catégories comparées, que le secteur privé, et du point de vue du statut ils sont peu à peu précarisés par la « RGPP » et subissent les mêmes méthodes insupportables de « management ».

Lesdites « catégories intermédiaires » avaient une telle disparité interne que depuis fort longtemps les experts contestaient ce classement incertain de l’INSEE. En même temps, ces catégories ont gagné une homogénéité avec les autres salariés qui pousse à ne pas les traiter séparément. Ainsi dans la fonction publique, dans le passé, il y avait quatre catégories A, B, C, D. On analysait ainsi les missions : les « A » cadres concevaient une lettre, les « B » moyen cadres rédigeaient la lettre, les « C » agents exécutants frappaient la lettre, les « D » manœuvres, l’expédiaient. Cela a été bousculé puisque les A frappent la lettre à l’ordinateur et appuient sur la touche du clavier pour l’expédier. La catégorie « D » a été supprimée un peu comme ont disparu les troisièmes classes dans les trains. Mais toutes les catégories forment le même train, la différence est souvent devenue de niveau salaire. Non seulement le salariat s’est imposé numériquement et proportionnellement au travers du siècle écoulé, mais il s’est homogénéisé, de façon encore relative mais réelle.

70 % ou 10 % de la population ?

Certains disent parfois sans bien réfléchir : « Le nouveau prolétariat, ce sont les femmes ». Ou bien encore : « Ce sont les immigrés » Ou bien « Ce sont les précaires ». Mais cela n’a pas de sens théorique sérieux, global de découper des catégories, sexes ou générations. C’est du point de vue commun et supérieur de la place dans le procès de production et du niveau de vie qu’il faut raisonner.

Bien qu’il s’obstine dans la recherche d’une hypothétique « classe moyenne » finalement aussi introuvable que le centre en politique [2] : Louis Chauvel pose une question cruciale : « Le portrait social d’une classe moyenne heureuse correspond-il aujourd’hui à 70 % de la population, ou plutôt à 10 % ? Tout semble indiquer que ce noyau central, idéalement situé aux environs de 2 000 euros de salaire mensuel, doit faire face à un vrai malaise et connaît, comme par capillarité, la remontée de difficultés qui, jusqu’à présent, ne concernaient que les sans-diplôme, les non-qualifiés, les classes populaires. À la manière d’un sucre dressé au fond d’une tasse, la partie supérieure semble toujours indemne, mais l’érosion continue de la partie immergée la promet à une déliquescence prochaine [3]. »

Un « précariat » a t il remplacé le salariat ?

Non. Ni par la création manquée d’indépendants non-salariés. Leur nombre régresse malgré les lois qui les poussent à exister (auto-entrepreneurs, etc..). Ni par les 3 millions de précaires (CDD, intérims, saisonniers…). Ni par les 3 millions de temps partiels. Ni par les 5 millions de chômeurs. Evidemment, c’est énorme actuellement. Cela frappe surtout les jeunes, les femmes, les immigrés : c’est donc imposé politiquement, en tout cas, ça ne vient pas des nécessités de la production. Le « précariat » c’est comme les termites, ça creuse les pieds du meuble du CDI, mais il reste un meuble. 85 % des contrats restent des CDI. Entre 29 ans et 54 ans, 97 % des contrats sont des CDI. Le CDI reste majoritaire de façon écrasante avec Code du travail, statut et/ou conventions collectives. En 25 ans, la durée moyenne du CDI s’est allongée de 9, 6 ans à 11, 6 ans.

Les classes moyennes, sont-ce les « employés » et « ouvriers » ?

La distinction entre ouvriers et employés, fondamentale au début du xxe siècle, s’est estompée. Tout comme celle avec la majorité des cadres. Le « col bleu » avait les mains dans le cambouis, en bas, à l’atelier ; le « col blanc » avait des manches de lustrine, en haut, dans les bureaux : le premier semblait défavorisé par rapport au second. Ce clivage si net tout au long du siècle précédent dans l’imagerie populaire, syndicale et politique, a laissé place à un brassage des conditions de travail, de l’hygiène et de la sécurité, des conventions collectives, des salaires et des statuts : aujourd’hui, l’ouvrier peut encore porter des bleus de travail mais œuvrer dans un environnement aseptisé de machines informatisées dont la maîtrise exige un haut niveau de qualifications, tandis que l’employé peut effectuer des services sales, déqualifiés et mal payés, notamment dans l’entretien ou l’aide aux personnes.

Il y a environ 9 millions d’employés, et 6 millions d’ouvriers dont 2 millions d’ouvriers d’industrie. Ils sont l’essentiel du salariat selon l’INSEE. Mais des ouvriers d‘industrie qualifiés gagnent plus que des enseignants débutants. Des employés de restauration rapide gagnent nettement moins que des ouvriers. Et en fait, il est impossible de les séparer des autres « catégories intermédiaires » de l’INSEE.

L’ensemble du salariat est une sorte de toile tissée avec des mailles qui vont bas en haut et de haut en bas. Il y a plus de points communs que de différenciations. On ne vit pas de la même façon à 900 euros, 1800 euros ou 3200 euros, mais on est placé devant les mêmes problèmes fondamentaux d’emploi, de droit, de salaire. Et c’est l’existence qui détermine la conscience et qui fait le lien « objectif ». Reste à ce qu’il soit perçu subjectivement : cela ne peut se faire qu’avec une vision claire de la réalité pleine et entière du salariat. Qui la développe ?

Il reste encore une drôle de théorie : ce seraient les salariés qui seraient la « classe moyenne »

Ce serait là une « grande couche moyenne centrale » qui, en travaillant normalement, retirerait les bienfaits du système (capitaliste) et n’aspirerait qu’à en bénéficier davantage. Ce serait les 24 millions d’actifs qui composeraient la classe moyenne, par opposition à ceux qui ne le sont pas comme les pauvres et les chômeurs. Parfaitement intégrés au marché, les salariés n’y seraient pas hostiles et le voudraient au contraire plus efficace, plus rentable. L’horizon du système capitaliste étant indépassable, il suffirait donc de s’efforcer de mieux faire marcher l’industrie, le commerce, les échanges, l’innovation, la production, la compétition, afin de satisfaire les souhaits fondamentaux de cette «grande couche moyenne » salariée qui ne demande que cela.

La fonction politique de cette analyse est évidente : elle revient à marginaliser tout projet socialiste de gauche, à le réduire à la charité compassionnelle d’une part, à une recherche de rentabilité rationalisée d’autre part, saupoudrée d’une légère redistribution des richesses en « constatant » qu’il n’y a plus de force sociale désireuse d’un vrai changement. Finie la révolution et vive la classe moyenne et ses aspirations sacrées !

Les cris, aussi imprécis que pervers, abondent : pas touche aux classes moyennes (sic) !

Et les commentateurs se répandent en assimilant dans la confusion celles-ci à la fois aux riches, à la fois aux salariés du haut de l’échelle. Appeler le « salariat » « classe moyenne » n’a plus aucune autre fonction conceptuelle et descriptive, c’est une manipulation idéologique. C’est contribuer à l’empêcher de prendre conscience de son immense force collective et de ses revendications légitimes communes

Cette « théorie » a un immense « hic » : « masquer ce nouveau nom du prolétariat que je ne saurais voir »… elle n’explique pas les mouvements sociaux d’ensemble du salariat de mai 68 à nov-déc 95, de 2003 à 2006 ou 2010… Cela n’explique pas les revendications sociales communes pour les salaires, retraites, durée du travail… ni l’acharnement des employeurs à ne plus vouloir de durée légale commune du travail ni de Smic, à préférer des « retraites à la carte » et des « contrats » plus que des « lois ».

Car si le Medef veut diviser, atomiser, rendre invisible le puissant et hégémonique salariat c’est qu’ils ont bien peur de cette force sociale, la plus importante la plus décisive du pays, qui est la classe qui produit de façon dominante les richesses et qui n’en reçoit pas la part qu’elle mérite.

En vérité, donc, non il n’y a pas de couche moyenne avec ou sans « s ». Il y a deux classes fondamentales, celle minoritaire et dominante de l’actionnariat et du patronat, et celle majoritaire et dominée du salariat. Les conséquences politiques de cette analyse sont évidemment énormes.

MA REPONSE (RM)

Cher Gérard, je suis presque tout le temps d’accord avec tes analyses.

Pour cet article sur « les classes moyennes », ta référence à Marx dès le début laissait augurer une suite lumineuse, malheureusement, arrivé à la fin je suis à peine plus éclairé qu’avant. Comme ceux que tu fustiges, tu brouilles involontairement les pistes, par des séparations artificielles liées au niveau des revenus ou des salaires. C’est, à mes yeux, la plus mauvaise manière de tenter de définir les classes sociales.

Je te propose donc de revenir à Marx. Il définit les classes sociales à la fois sur des bases économiques et sur des bases juridiques, sans considération de niveau de revenu et de salaire.

Il se trouve qu’en temps que militant de la CGT dans l’Aveyron, je me suis spécialisé dans la défense prud’homale et qu’à ce titre je tiens des permanences juridiques et plaide devant les différentes juridictions sociales.

Dans mes permanences, je reçois tous les types de salariés, des manœuvres jusqu’aux cadres.

Pour moi, il existe la classe des salariés, sans distinction de niveau de salaire, du plus bas au plus élevé. Les points communs à tous ces salariés, c’est qu’ils ne possèdent pas les moyens de production et que devant leur employeur, ils ont tous le même comportement : essayer d’obtenir le salaire le plus élevé possible pour une intensité de travail et pour une durée de travail la moins élevée possible.

En face, existe la classe patronale ou des employeurs, petits ou grands. Cette classe se caractérise par sa possession de leur moyen de production et par l’utilisation de travailleurs salariés au service de leur entreprise. Petits ou grands, ils ont la même volonté : payer le salaire le moins élevé possible à leur(s) salarié(s) et les faire travailler le plus intensément et le plus longtemps possible.

Cet antagonisme d’intérêt s’appelle la lutte des classes.

Cette règle vaut, que le salarié, ou, en face de lui, l’employeur, soient compétents ou incompétents, gentils ou méchants, bons pères ou mauvais pères, bons voisins ou mauvais voisins,….. Bref, en supposant que le salarié soit doté de tous les défauts de la création et que l’employeur soit doté de toutes les qualités du monde, ça ne change rien à l’antagonisme d’intérêt les unissant.

L’employeur qui, par bonté d’âme, voudrait payer son salarié plus cher que son concurrent, ne résisterait pas longtemps.

En fonction du rapport de force, d’un moment donné, l’antagonisme d’intérêt est ressenti plus ou moins collectivement par les salariés.

La distinction de classe n’a pas de rapport avec la hauteur du revenu. Il se peut tout à fait qu’un salarié cadre d’une grande entreprise, par exemple, ait un salaire beaucoup plus élevé que les revenus d’un employeur d’une petite entreprise. Il n’en reste pas moins que ce cadre salarié, ne disposant que de sa force de travail et ne possédant pas le moyen de production mis à sa disposition par son employeur, fait partie de la classe salariale. Alors que le petit patron aux revenus possiblement plus faibles fait partie de la classe des employeurs.

La volonté de l’un sera de gagner plus et la volonté de l’autre de le payer moins. Et les deux auront l’un envers l’autre des droits et obligations juridiques.

Il est bien évident que les salaires des salariés sont très disparates, de même que les revenus des employeurs.

Cette organisation sociale confirme en tous points que notre société est divisée en classes sociales, déterminées en fonction de la position de chacun par rapport à la possession ou pas des moyens de production, et par rapport à l’exploitation ou pas d’autres hommes non-propriétaires d’un moyen de production.

Les rentiers ne constituent pas une classe sociale. Si en plus de toucher des rentes, ils possèdent un ou plusieurs moyens de production et emploient des salariés, ils font alors partie de la classe des employeurs.

Cette division est évidemment grossière. Les retraités par exemple, ne travaillant plus, n’étant plus impliqués dans le processus de la production, se rattachent psychologiquement, le plus souvent, à la classe sociale dont ils sont issus.

Enfin, où place-t-on le curseur de la richesse ? C’est subjectif. Donc, il n’est pas possible d’analyser la société en une classe de riches et une classe de pauvres. Il n’existe ni relation économique, ni relation juridique entre un pauvre et un riche. Alors qu’elle existe nécessairement entre un salarié et son employeur.

Le seul intérêt commun qu’ont les salariés et leur employeur réside dans la poursuite de l’existence de l’entreprise dont ils dépendent. Et encore. Quand l’entreprise est possédée par un fonds de pension, celui-ci n’a aucun égard pour son existence.

J’en viens maintenant à la vraie classe moyenne. J’y range les artisans, commerçants, professions libérales, exploitants agricoles, à condition qu’ils n’emploient aucun salarié au service de leur entreprise. Leur caractéristique commune c'est de posséder leur moyen de production ou outil de travail.

Ces catégories constituant la classe moyenne ne sont pas concernées par la lutte des classes.

Cela dit, il peut tout à fait arriver qu’un médecin ou un artisan se sente politiquement solidaire des travailleurs, et c’est très bien ainsi. Il n’en reste pas moins qu’économiquement et juridiquement ni l’un, ni l’autre ne sont des salariés ou des employeurs tant qu’ils n’emploient pas de salariés.

Fraternellement.

Le 3 février 2012

Robert Mascarell

Réponse de GÉRARD FILOCHE

Posted 3 février 2012 at 16:19 | Permalien

à Robert Mascarell

je ne comprends pas, à te lire, il n’y a pas de différence, nous sommes totalement d’accord, il n’y a – face aux possédants, rentiers, etc… – qu’une classe le salariat exploitée, opprimée, dominée, parce que le salariat n’a que sa force de travail a vendre, c’est dans mon article, et je réfute justement toute les autres explications…

le point seul ou nous ne sommes pas d’accord, c’est quand tu reprends quand même qu’il y aurait une « vraie classe moyenne » avec les « artisans, commerçants, professions libérales, exploitants agricoles, à condition qu’ils n’emploient aucun salarié au service de leur entreprise. Leur caractéristique commune c’est de posséder leur moyen de production ou outil de travail. » je dis qu’il en reste quasiment peu : 7 % des actifs, hétérogènes et en voie de disparition … doit on parler de « classe » et « classe moyenne » les concernant ? Je ne crois pas.

Bien à toi. Gérard.

Réponse de MASCARELL ROBERT

Posted 3 février 2012 at 17:09 | Permalien

Je le sais, nous sommes totalement d’accord.

Nous inscrivons tous deux notre réflexion dans le cadre de l’existence de la lutte des classes. Mais pour éviter toute confusion, je pense qu’il n’est pas utile d’introduire la notion de hauteur des salaires dans notre raisonnement.

Quel que soit le niveau de leur salaire, tous les salariés ne possèdent que leur force de travail, tu le dis d’ailleurs. Ils ne possèdent donc pas de moyen de production ou outil de travail, et ils n’exploitent aucun autre homme à leur profit. Là encore, je sais que nous sommes d’accord.

Il ne ma paraît donc pas utile d’entrer dans les méandres dans lesquels tu es entré pour expliquer cette réalité du 21ème siècle et pas seulement du 19ème (ça c’est pour répondre à des blogueurs de ton site). Je pense que, ce faisant, tu introduis de la confusion. Et je sais que ce n’est pas ton but.

En ce qui concerne le seul point de désaccord que nous aurions, relativement à l’existence d’une « vraie classe moyenne ». Je suis certain qu’en fait nous sommes d’accord.

Tu conviendras avec moi que ce qui caractérise ce que j’appelle la classe moyenne c’est qu’à la différence des patrons, elle n’emploie pas de salarié. Et à la différence des salariés, elle possède son moyen de production ou outil de travail.

Ces différences étant posées par rapport aux employeurs et aux salariés, je ne vais pas me battre sur l’expression de « classe moyenne ». Par avance, je me rallie au nom sous lequel tu désignes ces catégories. Je hasarde : couche intermédiaire ou moyenne.

Mais l’essentiel est que nous menons un combat commun contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Ce concept né au 19ème siècle est toujours d’actualité au 21ème, n’en déplaise aux aveugles, naïfs, ou complices.

UN PARTAGEUX

Posted 3 février 2012 at 22:32 | Permalien

@ Robert Mascarell

J’ai un désaccord assez net avec toi au sujet de ce que tu nommes « classe moyenne » et que je qualifierais plutôt de catégorie.

Les agriculteurs entrent dans ta « classe moyenne ». Leur situation économique est pourtant d’une grande diversité. Entre le gars qui survit avec le RSA (ils sont nombreux) et celui qui a un revenu correct, il y a une marge… Si on oublie de plus ton critère « employeur », on rappellera que la ville de France qui compte le plus grand nombre d’agriculteurs est… le 16e arrondissement de Paris. Et que l’agriculteur exploitant en France le plus subventionné par la PAC est… le prince de Monaco.

Tu oublies aussi que le plus clair des agriculteurs est dépendant à l’égard d’une structure financière (négociant) d’une puissance sans commune mesure avec la sienne. Et que cette structure fixe prix, délai, condition de livraison, etc. Un inspecteur du travail parlerait d’un « lien de subordination ». Une forme de salariat parfait, façon auto-entrepreneur, où le salarié n’a de pouvoir sur rien. Et meêm pas la possibilité de faire grève.

GÉRARD FILOCHE

Posted 4 février 2012 at 5:54 | Permalien

mais encore une fois, je ne les nomme pas « classe moyenne », je conteste cette expression, g

MASCARELL ROBERT

Posted 4 février 2012 at 19:55 | Permalien

Chers Partageux (quel joli sobriquet) et Gérard, pourquoi vous accrochez-vous à l’expression « classe moyenne » ? J’ai déjà écrit que je n’entends pas me battre sur cette expression. Appelez les artisans, commerçants, exploitants agricoles, professions libérales, qui n’emploient aucun salarié, mais possèdent leur moyen de production, comme vous voulez : catégorie, couche ou tartempion. Le fait est qu’ils ne sont pas des salariés ni des patrons.

Gérard, je répète que ce n’est pas le niveau de revenu qui détermine l’appartenance à telle ou telle classe sociale. Il y a des petits patrons qui gagnent moins que des salariés cadres. D’ailleurs, tu admettras avec moi que les patrons, la droite, les socio-libéraux cultivent volontairement la confusion sur les classes sociales, précisément parce qu’ils ne prennent comme seul critère que la hauteur du revenu. Pour eux, tous ceux qui gagnent 1500 € et plus font partie « des classes moyennes ». A ce compte-là, beaucoup d’ouvriers, d’employés, de cadres, d’artisans, de commerçants, de petits patrons, d’agriculteurs, font partie, d’après eux, des classes moyennes.

Malheureusement trop d’ouvriers et d’employés tombent dans le panneau et en ont perdu la conscience de leur appartenance de classe.

A nous de ne pas ajouter de la confusion à la confusion.

Partageux, les « agriculteurs » du 16ème arrondissement ou de Monaco ne font pas partie de la classe ou catégorie ou couche moyenne ou intermédiaire à ce titre. En effet, ils ne se contentent pas de posséder leur moyen de production agricole, ils emploient des salariés pour cultiver leurs terres. Ils font donc partie de la classe patronale. Ils en font aussi partie parce qu’en plus ils doivent probablement posséder telle ou telle entreprise avec d’autres salariés à leur service.

Et ne t’en déplaise, même l’agriculteur qui ne perçoit que le RSA ne peut avoir le statut économique et juridique d’un salarié gagnant beaucoup plus que lui ou d’un patron. Ranges-le où tu veux, sauf dans la classe salariale ou la classe patronale.

Fraternellement à tous les deux. Nous sommes faits pour nous entendre. Pour toi Gérard, j’en suis sûr. Pour toi Partageux, je le pressens.

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