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Publié par Robert Mascarell

Je naviguais sur Médiapart, lorsque mon attention a été attirée par un article titré : « Mélenchon : des bons sentiments à des solutions peu crédibles », écrit par une certaine Marie-Anne Kraft. J’ai lu l’article. J’étais en désaccord avec à peu près tout. J’ai compris que l’auteur était une admiratrice de François Bayrou.

Le 8 mai, j’ai entrepris de lui répondre point par point, reprenant pour cela bien des statistiques que j’ai déjà eu l’occasion de commenter dans ce blog.

Dès le lendemain, MAK m’a répondu. Son propos commençait ainsi : « Merci infiniment d'avoir pris le temps de me répondre si longuement, si posément, si respectueusement et de façon si argumentée, si réfléchie. Cela change des autres compères commentateurs du Front de Gauche qui m'ont attaquée en meute, préférant aboyer et mordre. ». Bref, elle entendait bien mes arguments et reconnaissait même que les chiffres que j’utilise sont exacts. Subsistaient évidemment des points de divergence. C’était bien naturel.

Le 10 mai, je lui répondais longuement. Quelques heures après, MAK me répondait. Elle louait mon honnêteté intellectuelle. Elle soulevait d’autres points.

Je lui répondais donc une troisième fois, en ciblant les points sur lesquels MAK restait taisante. Simultanément, d’autres blogueurs s’introduisaient dans le débat, allant dans mon sens.

Et là, changement de décor. Marie-Anne Kraft, dont entre temps j’avais appris qu’elle était une dirigeante nationale du MODEM, qu’elle avait écrit un livre préfacé par François Bayrou, qu’elle avait été candidate titulaire MODEM à l’élection législative 2012 à Saint-Maur-des-Fossés (94), que Jean-François Kahn avait donné de sa personne pour la soutenir dans un débat public, bref qu’elle est une huile du MODEM, est d’un seul coup devenue très agressive, ne supportant pas d’être mise devant ses contradictions.

D’un seul coup, l’homme réfléchi, intellectuellement honnête, ayant de bons arguments, que j’étais, est devenu un harceleur. Le débat, entre elle est moi, ne s’est pas arrêté pour autant, enrichi par d’autres blogueurs, qui tous allaient dans mon sens. Cela a eu pour effet de pousser MAK au paroxysme de la colère, jusqu’au moment où elle a décidé de se réfugier dans la censure. Qu’à cela ne tienne, je lui ai répondu pour la dernière fois en postant mon commentaire dans son article le plus récent, mais qui n’avait absolument rien à voir avec mon blog.

Je reproduis donc ci-après l’intégralité du débat que j’ai eu avec cette dirigeante nationale du MODEM, ainsi que les interventions des autres blogueurs.

Quand on s’intéresse à la politique et à l’économie, je pense que c’est très intéressant. Mais je vous préviens, c’est très long :

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Mélenchon : des bons sentiments à des solutions peu crédibles

04 mai 2013 Par Marie-Anne Kraft

Après la vague médiatique en faveur de Marine Le Pen qui flambe dans les sondages, voici celle en faveur de Jean-Luc Mélenchon, appelant le peuple à une marche dimanche 5 mai pour une VIème république, contre la finance et l’austérité. Une manifestation de colère du peuple, un cri du cœur, un SOS de souffrance et d’inquiétude face aux crises ? Ou bien un appel à écouter de nouvelles propositions, une politique alternative face aux crises ?

Extrême gauche et extrême droite

Je ne confonds aucunement l’extrême droite et l’extrême gauche. Reconnaissons au moins ces différences entre les deux extrêmes :
- l'extrême droite conservatrice sur les valeurs, xénophobe et qui érige des frontières ;
- l'extrême gauche libérale sur les moeurs, laxiste sur l'immigration.

Cependant je leur reconnais trois points communs :

- exprimer les émotions, les inquiétudes, les peurs, la colère des gens, de la « France d’en bas » qui ne croit plus en ses élus ni en les élites et réclame « le pouvoir au peuple » ;

- être dans un posture « anti-système » en voulant renverser la table, employant un langage agressif, dénonciateur, rejetant les torts toujours sur les autres, en désignant sans cesse les coupables : l'Europe, l'Allemagne, la Chine, la mondialisation, la finance, les élites … Méthode de conviction certes plus facile qu’en appeler aux efforts, aux économies, à une vision réformiste de la société et de l’économie ;

- du point de vue économique, laisser croire qu’on peut continuer à dépenser toujours plus sans rembourser les dettes et en créant facilement de la monnaie, pour le plus grand bonheur du peuple, avec l’augmentation des salaires et des dépenses publiques.

Même si je ne partage pas cette vision des extrêmes ni leurs solutions économiques, je les trouve utiles et salutaires pour exprimer le cri du peuple et pour oser faire des constats souvent justes même s’ils chatouillent les tabous (sur la sécurité et l’immigration pour le FN, sur les dérives de la financiarisation de l’économie, les atteintes au pacte républicain, l’explosion des inégalités dans le partages des richesses pour le Front de Gauche).

Générosité et bons sentiments, valeurs républicaines ...

Comment ne pas être en phase avec la générosité et les bons sentiments de Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il prône « L’humain d’abord » ? Moi-même suis la première à appeler à «La Révolution Humaniste », à dénoncer les dérives de l'argent fou qui corrompt et à demander à remettre l'homme au centre plutôt que l'argent, comme je l’ai écrit dans mon livre, avec une vision proche de celle d'Edgar Morin. Je partage même un diagnostic du modèle de société que Jacques Généreux décrit dans « La Grande Régression », tout en divergeant sur les solutions préconisées …

Comment ne pas être d’accord avec Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il veut introduire des droits civiques dans l’entreprise, y faire prévaloir l’intérêt général, ou encore mettre en place une règle verte visant à ne pas prendre plus à la nature que ce qu’elle peut reconstituer ?

Comment ne pas approuver Jean-Luc Mélenchon dans sa lutte contre la corruption, contre les paradis fiscaux, contre les conflits d’intérêt, pour une juste représentation au parlement (proportionnelle), pour l’indépendance réelle de la justice et des Medias ? François Bayrou dit exactement la même chose, tout en étant plus précis concernant la moralisation de la vie politique.

Mais une fois l’adhésion acquise sur un constat des dérives et dysfonctionnement, sur des valeurs humaines et républicaines, viennent les propositions de solutions, et là comment en juger ? Comment le peuple peut-il vraiment y croire sans approfondir leur applicabilité ?

L'assemblée constituante

C’est séduisant de prôner une « Assemblée Constituante », comme décrite dans L’Humain d’abord par un processus constituant, mettant au coeur l’engagement citoyen et le débat public (page 23) :

[Une Assemblée constituante distincte de la nouvelle Assemblée nationale, ayant pour mandat de rédiger un projet de Constitution nouvelle pour une VIe République, sera élue au suffrage universel, dès 2012. Elle sera élue à la proportionnelle intégrale sans seuil, avec la parité. Les parlementaires en exercice ne pourront s’y présenter et les élu(e)s de la Constituante ne pourront être candidats aux élections suivantes. Les modalités de l’élection et du débat public seront établies après consultation des organisations sociales.

Le texte proposé sera l’aboutissement d’un grand débat public réunissant citoyens, organisations sociales et politiques qui, sous des formes à définir (assemblées populaires, États généraux, forums citoyens, etc.), relayé par les médias, devra permettre au peuple lui-même de s’en approprier les enjeux.]

Mais comment serait désignée démocratiquement cette Assemblée constituante distincte de l’Assemblée nationale même élue au suffrage universel et à la proportionnelle ? Quelle serait sa légitimité ? Et imaginez-vous vraiment le peuple réuni en grand débat public citoyen challenger ce texte décrivant une nouvelle constitution ou alors n’avoir que le choix de l’approuver ou non quel qu’en soit le débat ?

Le moratoire sur la dette publique et son financement par création monétaire

Sur le plan économique, concernant la dette publique, croyez-vous vraiment qu’un moratoire voire une annulation de la dette (arrêt de payer les créanciers) soit une solution ? La France accuse un déficit primaire de 3% du PIB en 2012, c'est-à-dire que même sans compter les intérêts de la dette publique qu’on arrêterait de payer (économie de 50 milliards d’euros), il nous manque 3% du PIB (60 milliards d’euros soit 15% des recettes de l’Etat) ou encore pour payer nos fonctionnaires, ce qui oblige à emprunter au risque sinon de ne pas les payer, de réduire les rémunérations et retraites des fonctionnaires de 15% ou de plus que doubler l’impôt sur le revenu pour combler le trou. Que nenni réplique le Front de Gauche, car il suffit d’autoriser à nouveau le financement du déficit public de l’Etat à taux zéro par la Banque centrale (BCE) pour continuer de vivre à crédit ! Son argument : si la France est endetté c'est parce qu'elle n'a plus le droit de se faire crédit depuis 1973. Une loi oblige la France à fabriquer de l'argent qu'elle doit rendre avec des intérêts, ce qui n'était pas le cas avant 1973, quand la Banque centrale pouvait prêter directement à l’Etat à taux zéro. Une simulation permet même de dire que si l’on avait continué à le faire, notre dette publique serait bien moindre, car elle est essentiellement constituée de cumul des déficits publics, eux-mêmes gonflés par la charge des intérêts financiers de la dette.

Comme je l’ai déjà expliqué dans cet article « De la vérité des chiffres en économie », un financement de la dette publique par la Banque centrale est de la pure création monétaire (planche à billet) s'il n'est pas accompagné d'une "stérilisation" de la monnaie, c'est à dire d'une diminution de la liquidité fournie au système bancaire notamment par imposition de dépôts non rémunérés des banques auprès de la Banque centrale (mais qui implique une réduction du crédit à l'économie octroyé par les banques). Ce qui se traduit par une dévaluation de la monnaie et en interne par de l'inflation sur l'ensemble des prix, en particulier des prix sur les biens importés (pétrole, gaz, matières premières, électronique et électroménager,...). Donc le pouvoir d'achat des citoyens s'en trouve fortement diminué et au final ce sont eux qui trinquent, en premier lieu les plus défavorisés. On ne fait que reporter le déficit public sur l'ensemble de la population (alors que le déficit public financé par de la dette est un devoir de remboursement des futurs contribuables).

De plus, notre Banque centrale est la BCE, donc l'Etat français ne peut seul décider d'autoriser ce financement, il faut que ce soit acté par l'ensemble des pays de la zone euro et cela reviendrait à dire que les pays non endettés subventionnent les pays endettés au travers du partage de la monnaie car ils subiraient une inflation et une dévaluation de l'euro du fait des autres pays endettés. C'est cela qui est difficilement acceptable par nos partenaires européens dont les finances publiques sont saines. Ils pourraient y être contraints si cela sauve l'euro et si les conséquences sont moindres qu'un éclatement de l'euro, mais on voit bien que la proposition n'est pas près d'être acceptée. Si bien que les tenants de cette proposition peuvent être tentés carrément par une sortie de l'euro, permettant de reprendre notre souveraineté monétaire. Mais là aussi, une sortie de l'euro reviendrait à dévaluer de 20 ou 30% notre monnaie et à renchérir la dette d'autant, avec en prime une forte hausse des intérêts sur les émissions de dettes actuellement indispensables pour payer nos fonctionnaires, ce qui est insoutenable. Et si l'Etat décidait de ne plus rembourser sa dette et de financer le nouveau déficit par la banque centrale nationale, nous aurions l'effet direct sur le pouvoir d'achat de tous les citoyens, sur tous leurs biens importés (de l'ordre de +30% sur le prix de l'essence ou autres biens importés).

Ce n'est donc évidemment pas la bonne solution. Cependant il n'est pas interdit d'envisager un peu d'inflation et de dévaluation de l'Euro avec l'accord de nos partenaires européens, de manière contrôlée, sur un montant limité, ou accompagné d'une stérilisation de la monnaie (mais qui a un impact récessif par réduction du crédit à l'économie).

Et autres propositions trompeuses ...

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur les impacts très négatifs qu’auraient sur notre économie et sur nos emplois certaines autres propositions du Front de Gauche, telles que :

- l’application confiscatoire d’une tranche marginale d’impôt sur le revenu à 100% au dessus de 300 000 euros ;

- l’interdiction des licenciements collectifs réalisés pour des motifs économiques alors que l’entreprise dégage des bénéfices. Dans un groupe d’entreprises, il peut y avoir des filiales rentables et d’autres non et que l’ensemble dégage un bénéfice mais ne soit pas suffisamment rentable pour faire face à la concurrence, pour maintenir ses fonds propres, pour dégager des ressources pour réinvestir. Il est très difficile d’imposer de telles mesures dans une économie libre et ouverte. Le pendant de telles propositions, pour qu’elles soient crédibles, est un protectionnisme presque total, la fermeture de l’économie, la sortie de l’euro et même de l’Europe. Est-ce cela qu’on veut ?

- l’amnistie sociale des syndicalistes qui ont enfreint la loi, cassé du matériel public. Est-ce vraiment un bon exemple de justice au motif de la légitimité des combats menés par des syndicalistes pour protéger le collectif de travail que constitue l’entreprise ? Un délinquant qui vole pour nourrir sa famille n’aurait-il pas la même légitimité ?

- l’immigration qui n’est soi-disant pas un problème (page 21 de l’Humain d’abord). C’est ce genre d’affirmation péremptoire non nuancée qui fait sans doute basculer les couches populaires de l’extrême gauche à l’extrême droite (40% du vote des ouvriers en faveur du FN).

L'union de la gauche compromise

Enfin, quand Jean-Luc Mélenchon s'oppose au gouvernement en le critiquant plus encore que la droite, ne fait-il pas lui-même le jeu de la division et du renforcement du FN avec lequel il partage une posture de dénonciation et même un diagnostic économique ?

Bien que sur le fond, il ait raison, sur le clivage né entre la ligne politique du Front de Gauche et celle du gouvernement : contre l'Europe, contre l'économie de marché, contre l'assainissement des finances publiques qu'il nomme "politique d'austérité", qui n'engage pas à la mobilisation en faveur des efforts et des réformes nécessaires, ligne en effet incompatible avec celle affirmée par le gouvernement, qui en revanche est proche de celle du Modem de François Bayrou, bien que moins clairement affirmée par peur de déplaire à son aile gauche, d'où l'impression de reniement de certaines promesses de campagne de François Hollande.

La ligne de clivage entre le gouvernement/PS et le Front de Gauche est sur des politiques opposées ou incompatibles en termes économiques (dette publique, retraites, entreprises,...) et de politique européenne. Vouloir reformer une majorité d'union de la Gauche, artificiellement entretenue par des thèmes sociaux comme le mariage pour tous, marquant le clivage avec la droite, ne peut donc conduire qu'à l'échec, aux désillusions, à une politique incohérente qui fait croire qu'elle est à gauche sans l'être.

Une "nouvelle" majorité correspondant à une politique cohérente et réaliste serait plutôt une majorité centrale, qui réunirait 50% du PS (aile social-démocrate) et même 50% des écologistes EELV (alors que 50% se rapprochent du Front de Gauche), le centre (Modem) et 50% de l'UMP-UDI (droite républicaine et sociale), sur des priorités et orientations majeures sur l'Europe, l'assainissement des finances publiques, une stratégie industrielle promouvant les entreprises, la moralisation de la vie politique, sans sacrifier l'écologie ni la justice sociale.

Paul Valéry disait « Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l’opinion. »

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08/05/2013, 01:48 Par Robert MASCARELL

Marie-Anne,

Que voilà une contribution écrite, probablement sans que vous en soyez consciente, par une métaphysicienne, au sens hégélien du terme. Pour ne pas vous effaroucher, je n’ose pas vous dire que vous l’êtes plus encore au sens marxiste du terme.

Ainsi, votre critique de ce que vous baptisez l’extrême gauche, dans laquelle vous rangez le Front de gauche, est-elle une mosaïque dont les éléments n’ont pas de lien entre eux, et sans que vous les inscriviez dans une démarche globale, dans un contexte général. Votre conception métaphysique, donc cloisonnée de l’économie, vous amène à considérer que ceux qui ne pensent pas comme vous ont aussi votre approche conceptuelle de l’économie. Le résultat est qu’évidemment vous caricaturez leurs propositions et vous les découpez en tranches, hors contexte.

Je dirais que l’extrémisme que vous prêtez au Front de gauche est plutôt l’apanage de votre mode de pensée et d’expression.

A vous en croire donc, le Front de gauche partage trois points communs avec le Front national : 1/ il n’exprime que la colère des gens d’en bas, des adeptes du « tous pourris », 2/ il ne peut être que dans une posture « antisystème » ; il se laisse donc aller à la facilité de ne pas en appeler aux efforts et à une vision réformiste de la société et de l’économie, 3/il laisse croire qu’on peut continuer à dépenser toujours plus sans rembourser les dettes.

Pour vous, le Front de gauche ne peut s’adresser à des gens intelligents.

Rien de ce que vous écrivez-là n’est démontré au fil de votre article.

Avant toute chose, il y a lieu de s’entendre sur l’extrémisme du Front de gauche et plus encore de son dirigeant le plus en vue, Jean-Luc Mélenchon. Votre approche superficielle, métaphysicienne, vous le fait cataloguer ainsi. Je ne sache pas que l’on dise d’Henri Guaino, au tempérament bien trempé, qu’il soit extrémiste. De la même façon qu’on ne l’a jamais dit de Gaston Defferre, ex-ministre de l’intérieur de François Mitterrand, pourtant très bouillant. Le caractère, le style ne suffisent pas à caractériser l’extrémisme.

J’en viens maintenant à la posture antisystème adoptée par le Front de gauche, selon vos dires, lorsqu’il s’adresse au peuple. Sous-entendu : il s’agit d’un stratagème démagogique, populiste, pour se gagner le peuple, ne reposant donc pas sur une forte conviction.

J’en arrive maintenant au fond du sujet : la critique résolue de l’économie capitaliste, dans sa phase actuelle, mondialisée et financiarisée. Je situe le point de départ de la phase actuelle à l’année 1971, quand le président américain, Richard Nixon a décrété l’inconvertibilité du dollar en or.

Mais avant, voyons dans quel contexte, Nixon a pris cette décision.

Le capitalisme fonctionne selon la double logique de la concentration capitaliste (les plus grandes entreprises mangent les plus petites dans un mouvement incessant et inéluctable) et de l’accumulation capitalistique.

La concentration capitaliste a fait sentir sa logique dès l’avènement du capitalisme industriel, au milieu du 19ème siècle. Ses effets sont évidemment de plus en plus spectaculaires aujourd’hui. Mais, bon an mal an, cette concentration ne fait pas entrave au bon fonctionnement du capitalisme. Elle constitue un drame pour les salariés des entreprises dévorées par plus grosses qu’elles, d’autant plus quand elle est accompagnée d’une délocalisation. Mais d’un point de vue strictement capitaliste ce n’est pas un sujet de crise. D’ailleurs, très souvent, les actions d’une entreprise montent à la bourse après qu’elle ait annoncé un plan de licenciements.

En revanche, l’accumulation des capitaux constitue un vrai péril pour le système capitaliste.

Ses effets ont mis beaucoup plus de temps à se faire sentir, mais ils sont inscrits dans les gènes du capitalisme. Dans un autre article, où j’invitais à lire ou relire Marx, je reprenais «La formule générale du capital » (tome I de « Le Capital »), où Marx démontrait qu’à son dernier stade d’évolution, le capitalisme verrait une domination sans partage de l’argent (économie virtuelle) par rapport à la production industrielle (économie réelle), tout cela au terme d’une lente concentration industrielle et d’une encore plus lente accumulation des capitaux.

La thèse de Marx se vérifie totalement aujourd’hui.

L’acte de naissance de cette phase de l’évolution du capitalisme remonte, comme je le dis plus haut, à août 1971, quand Richard Nixon, alors président des Etats-Unis, a mis fin à la convertibilité du dollar en or, battant en brèche les accords de Bretton Woods signés en juillet 1944. Très vite les Etats-Unis ont inondé le monde de dollars. La valeur des dollars circulant à travers le monde a de très loin dépassé la valeur de la production américaine. Les pays détenteurs de ces dollars de pacotille, non gagés sur des valeurs réelles, sont du même coup asservis aux Etats-Unis.

La mondialisation financière du capitalisme est tout entière dans cette mécanique infernale. Margaret Thatcher, dès 1979, et Ronald Reagan, en 1981, ont parachevé l’ouvrage, suivis comme des caniches par les autres dirigeants occidentaux.

Aujourd’hui, les capitaux ne cessent de s’accumuler, au point que la masse des capitaux circulant à la vitesse de la lumière à travers le monde dépasse de très loin la valeur des biens produits par le travail humain. L’économie virtuelle a pris le pas sur l’économie réelle. Il est plus rentable pour un capitaliste de spéculer en bourse que d’investir dans la production. Le monde est transformé en casino.

Seulement, ce jeu est porteur de risques mortels pour le capitalisme et plus encore pour les peuples. Des bulles financières énormes se sont constituées. Elles éclatent inéluctablement. Quand c’est le cas, elles sont incontrôlables, même par les capitalistes qui les ont créées. Le monde va tel un bateau ivre.

Chère Marie-Anne, vous voyez donc que la réflexion des antilibéraux de mon espèce, très fortement représentés au sein du Front de gauche, s’inscrit dans un cadre mondial et non dans le cadre étroit de l’Europe. Par quelle aberration, je n’ose pas mettre en cause votre culture économique, pouvez-vous écrire que Front de gauche et Front national partagent le même diagnostic économique ? Nous sommes anticapitalistes, eux le défendent. Notre opposition à l’Europe d’aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec la leur.

Contrairement à ce que vous dites, nous n’avons pas fait le choix de la facilité en n’adoptant pas la vision réformiste de la société et de l’économie. Il est beaucoup plus difficile de s’attaquer aux puissances financières, comme nous voulons le faire, que de se coucher devant elles. Et si nous n’acceptons pas que les efforts soient demandés aux peuples, et au nôtre en particulier, ce n’est ni par facilité, ni par laxisme, mais parce que notre analyse approfondie de la réalité économique nous permet de dire qu’ils sont injustifiés. Pourquoi ?

Pour qu’il y ait crise, il faudrait que les richesses créées et produites aujourd’hui soient moindres que celles créées et produites il y a 10, 15, 20 ou 30 ans.

Le principal indicateur de la richesse d’un pays est son PIB (produit intérieur brut). Le PIB représente la totalité des richesses créées et produites, chaque année, dans chaque pays. Que ces richesses soient utiles à l’intérêt général, ou futiles, ou même nuisibles à la collectivité humaine. L’autre indicateur est son patrimoine bâti (monuments historiques, immeubles), industriel (locaux professionnels) et foncier (terrains agricoles). Il y a d’autres indicateurs de richesse : la qualité des réseaux (routes, voies ferrées, électricité, eau), enfin, la situation géographique, tels que les débouchés maritimes, le tourisme. A noter qu’une grande partie des richesses provenant des autres indicateurs que le PIB, abonde ce dernier par l’activité économique induite.

Enfin, il est un autre indicateur de la richesse d’un pays, trop souvent méconnu, c’est celui du montant de l’épargne des ménages par rapport à leurs revenus disponibles. De tous les pays développés, le nôtre est nettement en tête. Fin 2011, notre taux d’épargne s’élève à 16,8 %, alors qu’il n’est que de 11 % en Allemagne, 4,7 % aux Etats-Unis, 7,4 % au Royaume-Uni,…..

Mais revenons au PIB.

En 1980, notre PIB s’est élevé, en volume, à 445 milliards d’euros. En 2011, il s’est élevé à 1 997 milliards d’euros. La multiplication des richesses créées et produites en 31 ans a donc été de plus de 4,5 fois. Bien sûr, ce dernier chiffre doit être pondéré : 1/ par le taux de l’inflation intervenu en 31 ans, 2/ par l’évolution démographique. Il y a plus d’habitants en France en 2011 qu’en 1980.

De 1980 à 2011, le taux d’inflation cumulé a été de 199,6 %, soit un triplement. Ce taux de 199,6 % est obtenu par la méthode de l’anatocisme. C’est-à-dire, qu’en partant d’une base 100 en janvier 1980, il faut ajouter le taux de l’inflation de la première année à 100. Mettons 2 %, par exemple. A ce chiffre 102 obtenu à la fin de la première année, il faut ajouter le taux de l’inflation de l’année suivante et cumuler ce dernier taux d’inflation à la base 102 atteinte fin décembre 1980, et ainsi de suite jusqu’en 2011.

Pour ce qui est de la prise en compte de l’évolution démographique, les instituts statistiques ont la bonne idée de publier le PIB en volume, dont il est question plus haut, et le PIB par tête d’habitant. Le PIB par tête d’habitant permet de comparer son évolution d’année en année de manière plus objective.

En 1980, le PIB par tête d’habitant s’est élevé à 8,1 milliers d’euros. En 2011, il s’est élevé à 30,6 milliers d’euros. Soit une multiplication en 31 ans de 3,78. Ce chiffre est un coefficient ou indice, si on le traduit en pourcentage, cela fait une augmentation de 278 % de 1980 à 2011.

Maintenant, pondérons cette augmentation de 278 % par l’augmentation de 199,6 % du taux de l’inflation intervenue en 31 ans. Cela signifie que de 1980 à 2011, le PIB par tête d’habitant a réellement augmenté de 78,4 %.

Loin d’être en crise, notre pays a vu sa richesse croître de 78,4 % en 31 ans. Le malheur, c’est que seule la minorité des plus fortunés a profité, et même très au-delà, de l’accroissement de notre richesse. Autre donnée : la part de la richesse produite prélevée par le capital a triplé depuis 30 ans. Elle était de 3,2% du PIB en 1980, de 5,6% en 1999, elle est passée à 9,3% du PIB en 2011.

Dorénavant, je préconise que plutôt que de parler de crise économique, nous parlions de crise de la répartition.

L’autre antienne des mêmes propagandistes du libéralisme, c’est l’énormité de la dette publique.

Comme pour la crise, je dénie qu’il y ait un problème de la dette publique, au moins pour notre pays. Jean-Luc Mélenchon l’a démontré lumineusement pendant sa campagne à la présidentielle.

Aujourd’hui, notre dette publique s’élève à 1 800 milliards d’euros. Les libéraux nous disent que notre dette publique s’élève à 90 % du PIB. Dit comme ça, la dette publique est effectivement énorme. Sauf que cette présentation est une véritable supercherie. Pire, une escroquerie intellectuelle. Notons que dans tous les pays du monde, les propagandistes du libéralisme mondialisé et financiarisé calculent le poids de la dette publique de cette manière. Il s’agit donc d’une entreprise concertée.

En évaluant le poids de la dette publique de cette manière, c’est comme si, pour un particulier, on évaluait le poids de sa dette par rapport à ses revenus d’une seule année. Prenons, par exemple, un couple qui gagne 3 000 € par mois, soit 36 000 € par an et qui achète sa maison 200 000 €, avec un apport de 50 000 €. Il lui faut donc contracter un crédit de 150 000 €, payable en 20 ans au taux fixe de 5 % et selon des mensualités fixes. Au bout de 20 ans, ce couple aura remboursé (capital + intérêts) 237 584,67 €.

Si l’on calcule le poids de la dette totale de ce couple par rapport à ses revenus d’une année, comme cela est fait pour la dette de la France, la dette de ce couple s’élève à 660 %. Un chiffre évidemment astronomique et impossible à rembourser. Alors que si on calcule le poids de la dette par rapport à 20 années de revenus et de crédit, le poids de la dette ne sera plus que de 33 %. Notre couple respire mieux. Et encore, je ne tiens pas compte qu’en 20 ans, ses revenus augmenteront probablement, allégeant ainsi le poids de sa dette.

Il est admis par tous les économistes que la dette publique de la France est remboursée en 7 ans et un mois. En 7 ans et un mois notre pays aura créé et produit environ quatorze mille milliards d’euros (7 PIB).

Si donc on évalue le poids de la dette publique de notre pays, comme le font les sociétés de crédit pour les particuliers et pour les entreprises, le poids de notre dette publique n’est plus que de 12,7 % et non plus de 90 %. C’est-à-dire que notre dette publique n’a rien de démesurée. Je dirais même qu’elle est dérisoire.

Cette façon des propagandistes du libéralisme de présenter et commenter les chiffres de l’économie est la même dans le monde entier. Il s’agit donc d’une entreprise concertée et délibérée. Son seul but est de faire admettre aux peuples qu’ils doivent accepter des sacrifices et de perdre des droits au nom de la compétitivité, faussée par la concurrence déloyale.

Mais il y a mieux. Les dévots du libéralisme n’ont d’yeux que pour la dette publique. Ils oublient délibérément la dette privée (celle des ménages et des entreprises). Et pourtant, la seule manière de comparer les économies, c’est de comparer l’endettement total : dette publique + dette privée. En effet, les économies de chaque pays sont structurées différemment. En France, le secteur public est plus fort qu’aux Etats-Unis, par exemple. Ainsi, en France, étudier et se soigner coûte beaucoup moins cher aux familles qu’aux Etats-Unis. Dans ce pays, paradis capitaliste pour ses partisans, les étudiants contractent des crédits énormes pour pouvoir poursuivre leurs études. Idem pour la santé et pour bien d’autres domaines. Alors qu’en France, l’Etat, les collectivités locales et la Sécurité Sociale contribuent grandement à ces dépenses.

Comparons maintenant la dette totale des pays industrialisés. Hormis l’Allemagne, l’endettement total de la France, en pourcentage du PIB 2011, est le plus faible. 210 % en France, contre 230 % pour la zone Euro, 240 % pour les Etats-Unis, 260 % pour la Grande-Bretagne et l’Espagne, 360 % pour le Japon,….

Prenons l’exemple particulier de l’Espagne. Avant l’éclatement de la crise des subprimes en 2008, ce pays passait, aux yeux de l’Europe libérale, pour un modèle de vertu économique, parce que sa dette publique était très faible. Aujourd’hui ce pays est en faillite. Il est plombé par sa dette privée.

Mais peut-être vous dites-vous, chère Marie-Anne, que si, comme je le prétends, la France est plus riche qu’en 1980 et que sa dette n’est pas très élevée, c’est donc qu’en réalité le capitalisme ça marche bien. Eh bien non, en dépit de cela le capitalisme est réellement en crise en France comme dans le monde entier, y compris au paradis allemand, en raison de sa financiarisation et de la constitution de bulles financières toujours plus grosses, appelées, inéluctablement, à éclater.

Quand c’est le cas, elles sont de plus en plus incontrôlables, même par les capitalistes qui les ont créées. Le monde va tel un bateau ivre.

Voilà où nous en sommes. Seul un sursaut des peuples peut mettre fin à cet engrenage funeste. Rien n’est possible dans le cadre du système capitaliste.

La constitution de banques de dépôts séparées des banques d’affaires n’est qu’un leurre, de même que la taxation des transactions financières, d’autant plus au niveau d’un pays et même de l’Europe.

Seule une action vigoureuse contre l’accumulation des capitaux à des fins spéculatives peut être efficace. Sachons qu’avant 1885, la spéculation financière était interdite. Mais là, c’est s’attaquer au cœur même du capitalisme.

La difficulté c’est de lui substituer un autre système politique et économique. Il ne faut pas se cacher que l’échec retentissant du communisme à la mode soviétique constitue, pour les peuples pourtant victimes du capitalisme, un obstacle à leur volonté d’en finir avec ce système. Ils ont peur du vide.

Reste que le capitalisme va précipiter inexorablement les peuples vers la catastrophe. Il faudra bien qu’un système fondé sur la priorité absolue donnée à l’intérêt général prenne le pas sur le droit de propriété, sur l’individualisme, pire sur l’égoïsme, sur les calculs à court terme. Sinon, c’est le genre humain qui se mettra en danger.

Notez que mon déni de la crise, au sens où elle nous est vendue par les propagandistes du capitalisme, n’a pas intégré l’énormité des multiples fraudes fiscales, sociales, environnementales, commises par les puissants du monde entier. Si on les prenait en compte, c’est-à-dire si les gouvernements avaient le courage de s’y attaquer, il n’y aurait plus de misère.

Ainsi, le reproche que vous nous faites, de nous laisser aller à la facilité de la démagogie, du populisme, je le retourne contre ceux qui nous appellent à des efforts, c’est-à-dire à la remise en cause de notre modèle social, plutôt que de s’attaquer aux puissants fraudeurs et spéculateurs. J’associe dans la même critique aussi bien François Hollande, que votre ami François Bayrou, que les dirigeants de l’UMP et du Front national. Au passage, pour ce qui est de la démagogie, que dire de l’engagement de François Hollande de s’attaquer au monde de la finance ? Idem pour Nicolas Sarkozy et son travailler plus pour gagner plus, ou pour Jacques Chirac et la fracture sociale.

Vous dites que Bayrou est plus précis que Mélenchon en matière de moralisation de la politique. Ce serait vrai s’il faisait des propositions concrètes pour s’attaquer à la spéculation financière et aux fraudeurs, les gros, beaucoup plus que les petits. Mais faire cela, c’est s’attaquer au système capitaliste. Bayrou n’y est pas prêt puisqu’il est dans le système.

Maintenant, je vais répondre à vos critiques éparses et sorties du contexte que je viens de tenter de développer, contre les propositions du Front de gauche.

Je commence par le remboursement des dettes, que nous refuserions. Nous distinguons trois niveaux dans la dette : 1/ le capital dû des intérêts dus, 2/ la dette légitime de la dette usuraire, 3/ mais très accessoirement, la dette franco-française de la dette vers l’étranger.

Pour résumer, je dirai que la dette en capital doit être absolument honorée. Le problème se pose surtout pour le remboursement ou pas des intérêts de la dette. Ne sont pas honorables les intérêts flirtant ou dépassant les taux usuraires. Je rappelle que depuis peu, la BCE prête aux banques privées au taux de 0,50 %. Celles-ci prêtent à la France à 1,7 %, c’est trop cher et donc anormal, mais pas encore usuraire. Au-delà, ça commence à le devenir.

Concernant la proposition de Mélenchon d’élire une Constituante pour fonder la 6ème République, je vous concède que la méthodologie paraît très théorique. Pour bien la comprendre, il faut remonter dans notre tradition née de la Révolution française.

Pour ce qui est de la position de la France dans l’Europe, votre façon métaphysicienne de penser ne vous fait entrevoir la situation que dans le cadre actuel, où n’est prise en compte que la puissance économique. Tout est donc ramené à la comparaison entre l’Allemagne et la France, sur ce seul terrain-là.

Le Front de gauche a une approche moins sectorielle. Outre que même sur ce terrain, la France est la 2ème puissance européenne, elle a une démographie beaucoup plus active que celle de l’Allemagne et elle a une position géographique essentielle. Il suffit de regarder la carte de l’Europe pour constater que deux pays, dont un grand, l’Espagne et le Portugal, n’ont de lien territorial avec l’Europe que par la France. Ces deux pays ont un intérêt essentiel, quelle que soit la couleur politique de leur gouvernement, à ce que le reste de l’Europe respecte la France.

En outre, la fameuse réussite économique de l’Allemagne est surfaite. Tant à cause de son évolution démographique ralentie, que par l’appauvrissement grandissant de son peuple, que par l’affaiblissement économique de ses partenaires européens, qu’elle provoque délibérément.

Fort de toutes ces données, le Front de gauche considère que la France peut et doit parler d’égal à égal avec l’Allemagne. Sinon, nous avons un grand pouvoir de blocage. La négociation entre la France et l’Allemagne est donc incontournable. Comme disent les économistes à propos des banques qu’il faut sauver : too big too fail.

Certes la France ne peut décider seule de ce que doit faire la BCE, et c’est tant mieux, mais son poids, pour les raisons que je viens d’indiquer, est beaucoup plus considérable que vous le dites. Votre défaitisme est ahurissant.

Je conclus sur ce vous baptisez les « autres propositions trompeuses » du Front de gauche. Là, vous rangez pêle-mêle, l’impôt confiscatoire à 100 % au-delà de 360 000 € par an (et non 300 000 €), l’interdiction des licenciements collectifs, l’amnistie sociale des syndicalistes, l’immigration.

A la différence des capitalistes, le Front de gauche pense que l’Etat et les collectivités publiques, seuls garants de l’intérêt général et seuls protecteurs des plus faibles, doivent être renforcés et non affaiblis. Surtout en temps de crise.

L’argent a une grande utilité, mais au service de l’intérêt général et non de l’égoïsme. Quand des femmes et des hommes ne gagnent que 7 ou 800 € (temps partiels subis), ne pas pouvoir gagner plus de 30 000 € par mois me paraît tout à fait juste. L’extrémisme dont vous nous affublez est plutôt celui de ceux qui n’acceptent aucune limite à leur cupidité.

Il est indécent que ces égoïstes se répandent dans les médias pour fustiger le coût du travail et non le coût du capital, ou, s’ils sont salariés le coût de leur propre travail. Ce que ces profiteurs gagnent indûment est autant de pris à la collectivité. Leur chantage à la délocalisation ne m’effraie pas. Un gouvernement digne de ce nom se chargera, comme le font les Etats-Unis, de leur faire payer l’impôt différentiel entre celui payé à leur pays de désertion et celui qu’ils devraient payer à la France. Et si le pays d’accueil ne veut pas accepter de signer une convention avec la France, qu’à cela ne tienne, le déserteur sera imposé sur la base du dernier état de fortune et de revenus connus avant son départ, plus une pénalité.

Extrémisme pour extrémisme, je considère que celui que vous manifestez pour défendre la thèse de l’impôt confiscatoire est beaucoup plus attentatoire à la raison humaine que le mien.

Souffrez également que je sois indigné par la multiplication des licenciements boursiers, que votre extrémisme accepte sans barguigner. Et puisque vous êtes particulièrement regardante sur la « violence » des syndicalistes, dont vous dites qu’il ne faut pas les amnistier, je vous renvoie à la violence de ceux qui les poussent au désespoir. Elle est autrement plus grave que celle des syndicalistes. Avez-vous connaissance des dernières révélations sur la manière dont la direction de France Télécom a délibérément créé les conditions du suicide de bien de ses salariés ?

Et qu’ont fait nos ancêtres en 1789 ? A vous lire, il aurait fallu les condamner pour violences. Je ne sais si vous êtes salariée ou employeur, ou profession libérale. A coup sûr, vous êtes dans la position de celle qui vit dans un monde de bisounours.

Quant à l’immigration, si pour vous c’est un problème, pour moi le problème, c’est leur situation économique. Mais enfin, ne voyez-vous pas le paradoxe dans lequel vous vivez ? Vous êtes manifestement libérale sur le plan économique. Vous êtes donc favorable à la circulation sans limite des capitaux et des marchandises, mais apparemment pas pour celle des hommes. Grand bien vous fasse.

Pour conclure, je vous conseille de vous départir de vos raisonnements métaphysiques pour vous élever aux raisonnements dialectiques. Vous êtes intellectuellement outillée pour cela.

Cordialement.

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09/05/2013, 01:35 Par Marie-Anne Kraft

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 08/05/2013 à 01:48

Cher Robert,

Merci infiniment d'avoir pris le temps de me répondre si longuement, si posément, si respectueusement et de façon si argumentée, si réfléchie. Cela change des autres compères commentateurs du Front de Gauche qui m'ont attaquée en meute, préférant aboyer et mordre. Ce ne sont pas l'invective, les injures et les morsures qui me font changer d'avis mais bien le raisonnement et le ton humain (et même gentil), comme vous le faites.

C'est donc à votre honneur et j'écoute bien vos arguments. Je dois même dire que je me range à eux sur une grande partie de l'analyse du "système", du mode de fonctionnement capitaliste dans la mondialisation, où prospèrent l'individualisme et le matérialisme et où l'économie a été gangrénée par la financiarisation à outrance, avec l'argent roi au centre de tout, qui fait privilégier la rentabilité à court terme des intérêts particuliers sur le développement humain et durable, l'intérêt général à long terme. J'en fais l'analyse dans mon livre "La Révolution Humaniste" et rend hommage à Jacques Généreux pour son constat et une partie de l'analyse que je partage, sauf lorsque les causes pointées virent à la désignation de coupables qui sont soit des concepts vague tels que "la finance", l'Europe", "la mondialisation", soit des catégories de gens qui deviennent alors des boucs émissaires faciles, tels que les gouvernants, les élus, les banquiers, les riches. Ceci a surtout pour effet de laisser croire qu'en coupant des têtes tout ira mieux et de détourner la mobilisation sur des problèmes bien concrets de mauvaise gestion et de perte de terrain de nos entreprises, la désindustrialisation qui tue nos emplois. Et je ne suis pas non plus d'accord avec certaines solutions préconisées par le Front de Gauche (sur la dette, la fiscalité, les entreprises, une vision de l'Europe) même si par ailleurs je suis d'accord avec d'autres (protection des plus faibles, lutte concrète contre la précarité et la grande pauvreté, la VIème république, la moralisation politique, contre le cumul des mandats et pour la proportionnelle aux législatives, pour la lutte contre les paradis fiscaux, contre les conflits d'intérêt, démocratie dans la gouvernance de l'entreprise,...).

Donc on peut discuter, je partage certains de vos points de vue surtout sur l'analyse et je diverge sur d'autres surtout sur les solutions. Mais je suis prête à évoluer si vos arguments sont convaincants. Reprenons les :

Approche cloisonnée de l'économie, superficielle et métaphysicienne

Vous dites que je caricature les propositions du Front de Gauche et les découpe en tranches, hors contexte, sans les inscrire dans une démarche globale. Le mot "extrême" paraît vous choquer. Vous dites aussi que selon moi "le Front de gauche ne peut s’adresser à des gens intelligents". Je conviens qu'un article court est forcément un peu caricatural et je regrette sincèrement si j'ai pu vous blesser car ce n'était pas mon intention.

Je sais que les fondateurs du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon et Jacques Généreux, sont eux même intelligents et cultivés, que leur pensée est globale, tirée par une idéologie très raisonnée et qu'ils s'adressent à des gens intelligents. Il y a beaucoup d'intellectuels parmi eux, des littéraires, des scientifiques, des économistes. Simplement, il y a quelques failles de raisonnement (ça arrive aux gens intelligents) que j'ai essayé d'exprimer dans l'article, et qui selon moi frisent en effet la démagogie. J'ai même remarqué que souvent, ils tordent la réalité et les chiffres, les présentant d'une certaine façon, pour absolument démontrer ce qui arrange leur idéologie. Ils font appel d'un côté à l'émotion pour révolter les gens, attiser les (mauvaises) passions, de l'autre au raisonnement mais avec des arguments parfois tordus et même faux. C'est là que je vois de la crédulité, je le dis sans condescendance à l'égard du peuple et je n'emploie pas le mot "peuple" de manière péjorative. Je comprends que cela ne vous fasse pas plaisir, mais nous sommes là pour en débattre.

Evolution du PIB, de la richesse, de l'épargne et de la répartition entre travail/capital

J'entends bien vos arguments, vos chiffres qui sont exacts, en nuançant certains points :

D'abord, se baser sur le fort taux d'épargne des Français (17%)comparé aux autres pays comme signe de niveau de richesse (sous entendu que pour pouvoir épargner, il faut en avoir les moyens) me paraît abusif car plus les gens ont peur de manquer, plus ils épargnent (principe de Rocardo). Au Japon, même taux. En Chine, taux le plus élevé (40%) car les gens n'ont pratiquement pas de protection sociale et épargnent plus pour leur retraite.

Concernant les revenus, vous dites très justement : "le PIB/ hab a été multiplié par 3,8 en 31 ans, soit +278% mais en termes réels hors inflation +78%. Le malheur, c’est que seule la minorité des plus fortunés a profité, et même très au-delà, de l’accroissement de notre richesse. Autre donnée : la part de la richesse produite prélevée par le capital a triplé depuis 30 ans. Elle était de 3,2% du PIB en 1980, de 5,6% en 1999, elle est passée à 9,3% du PIB en 2011" ... Il y a donc un problème de répartition (rémunération capital/travail).
=> Je suis la première à dire que les inégalités de revenus se sont accrues (anormalement) et j'en ai fait une analyse poussée dans mon livre.
=> Concernant l'évolution de la part du PIB revenant la la rémunération du capital et du travail, il faut regarder d'autres chiffres pour l'expliquer :

Il faut préciser que s'il est vrai que la part des dividendes dans la valeur ajoutée a augmenté, ce n'est pas au détriment de celle des salaires, qui est restée stable depuis 1984, mais au détriment des intérêts bancaires, du fait d'un fort desinvestissement des entreprises qui s'étaient fortement endettées et à taux élevé après le choc pétrolier (pic en 1983).

Voir cette intéressante analyse : http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2010/10/dividendes.html

Source : INSEE

Source : INSEE ; part des dividendes, des intérêts et de l'impôt sur les sociétés dans la valeur ajoutée des sociétés françaises.

On observe que la part des dividendes dans la Valeur Ajoutée a augmenté en même temps que la part des intérêts a fortement chuté. En revanche la part des salaires dans la Valeur Ajoutée est restée stable depuis 1984. En valeur absolue, les versements annuels de dividendes en France sont passés de 55 Mds€ annuels en 1990 à 120 Mds€ en 2000 puis 230 Mds€ environ sur 2007/2008/2009. En même temps les entreprises se sont désendettées après s'être fortement endettées à taux élevés à partir du choc pétrolier jusqu'en 1983 (pic d'endettement).

L'énormité de la dette publique

Vous voulez démontrer que la dette publique n'est pas si énorme que cela, que la rapporter au PIB (revenus annuels de l'ensemble des acteurs de l'économie) est trompeur, alors que pour les ménages, les banques rapportent simplement la charge du remboursement de la dette, capital et intérêt, au revenu du ménage (limitant en général à 25%) et non le stock de dette. "Si donc on évalue le poids de la dette publique de notre pays, comme le font les sociétés de crédit pour les particuliers et pour les entreprises, (avec un amortissement sur 7,5 ans, durée moyenne de cette dette) le poids de notre dette publique n’est plus que de 12,7 % et non plus de 90 %. C’est-à-dire que notre dette publique n’a rien de démesurée. Je dirais même qu’elle est dérisoire."

OK je veux bien vous suivre sur ce raisonnement mais je ne vois pas pourquoi la règle limite (25%) pour un ménage s'appliquerait à l'Etat ! Ce le serait si en effet l'Etat était solvable et si les gens étaient près à payer plus d'impôt pour payer .... J'arrive à peu près au même chiffre en prenant une dette de 1800 milliard divisé par 7,5 ans = amortissement annuel de 240 milliards d'euros, soit 12% du PIB (le PIB étant de 2000 milliards). Mais il faut ajouter à la charge les intérêts de la dette (environ 50 milliards, soit 2,5% du PIB) donc en tout une charge de 14,5%. Si l'Etat arrivait à les payer et donc à boucler son budget sans déficit, OK ça irait. Mais là vous argumentez pour dire "la dette n'est pas si grande, on peut continuer comme ça, donc en vivant à crédit ..." mais en même temps sans régler l'incapacité à payer, ne serait-ce que les intérêts de la dette. N'est-ce pas un raisonnement fallacieux, qui détourne l'attention du vrai problème ?

Vous dites aussi "Comparons maintenant la dette totale des pays industrialisés. Hormis l’Allemagne, l’endettement total de la France, en pourcentage du PIB 2011, est le plus faible. 210 % en France, contre 230 % pour la zone Euro, 240 % pour les Etats-Unis, 260 % pour la Grande-Bretagne et l’Espagne, 360 % pour le Japon,…."

D'abord il faut savoir que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dont la logique de retraites est par capitalisation, ainsi que quelques autres pays, provisionnent le coût de retraite de leurs fonctionnaires (ou incluent dans la dette publique la valeur d'un fonds dont les revenus financiers servent à payer les retraites, ce qui revient au même financièrement). Le rapport Pébereau 2005 disait que la dette publique de la France aurait dû aussi le prévoir, ce qui augmentait la dette de 900 milliards (au moins 1000 aujourd'hui). Si on le faisait, pour comparer notre dette publique aux Etats-Unis, elle serait de 2800 milliards, soit 140% du PIB. Et notre dette total publique+privée serait de 260%, passant dans les plus élevées.

Le modèle de société en cause

Je vous rejoins sur les effets destructeurs d'un capitalisme financiarisé à outrance dans la mondialisation (et je le dis dans mon livre) : "Reste que le capitalisme va précipiter inexorablement les peuples vers la catastrophe. Il faudra bien qu’un système fondé sur la priorité absolue donnée à l’intérêt général prenne le pas sur le droit de propriété, sur l’individualisme, pire sur l’égoïsme, sur les calculs à court terme. Sinon, c’est le genre humain qui se mettra en danger."

Mais je pense que la transformation de la société se fera par une prise de conscience des gens et une volonté de chacun, une responsabilisation, par l'information, grâce à internet notamment, à l'éducation, un réveil du citoyen-consommateur-épargnant devenant consomm'acteur qui a le pouvoir de changer les choses. Pas par un Etat tout puissant qui au nom du peuple veut faire son bonheur malgré lui et tout faire à la place des gens, fermerait les frontières, ... système qui devient totalitaire. Bien sûr que l'Etat doit mieux lutter contre les fraudes fiscales, sociales, environnementales, commises par les puissants du monde entier. Si on les prenait en compte, c’est-à-dire si les gouvernements avaient le courage de s’y attaquer, il n’y aurait plus de misère. Je suis d'accord avec vous.

Mais je ne partage pas votre point de vue lorsque vous dites que ceux qui nous appellent à des efforts (Hollande, Bayrou,...) remettent en cause de notre modèle social plutôt que de s’attaquer aux puissants fraudeurs et spéculateurs. En revanche je reconnais que lorsque François Hollande a dit que son ennemi était "la finance", il a fait de la démagogie, comme Jacques Chirac avec la fracture sociale.

Les intérêts usuraires de la dette

"Pour résumer, je dirai que la dette en capital doit être absolument honorée." Ouf, vous êtes donc plus raisonnable que J.L Mélenchon !

"Le problème se pose surtout pour le remboursement ou pas des intérêts de la dette. Ne sont pas honorables les intérêts flirtant ou dépassant les taux usuraires. Je rappelle que depuis peu, la BCE prête aux banques privées au taux de 0,50 %. Celles-ci prêtent à la France à 1,7 %, c’est trop cher et donc anormal, mais pas encore usuraire. Au-delà, ça commence à le devenir."

En effet cela paraît anormal de comparer le taux auquel la BCE fournit les liquidités et de l'autre côté le taux auquel les investisseurs (dont en partie les banques) prêtent à l'Etat, plus élevé donc on en déduit qu'elles empochent la différence. Mais il faut savoir que la fourniture de liquidité par la BCE est à beaucoup plus court terme (0 à 3 mois et sinon il y a eu une avance exceptionnelle à 1% jusqu'à 3 ans en decembre 2011) que les obligations d'ETAT (10 ans), le long terme payant plus (du fait du risque et de la mobilisation plus longue). Par ailleurs, la liquidité court terme n'est avancée par la BCE qu'à une partie des banques emprunteuses alors que les banques prêteuses déposent auprès de la BCE à 0%, le tout s'équilibrant sans coût pour la BCE (mais coût d'opportunité pour les banques en excédent de liquidité). Notons aussi que même le taux de la dette française à 10 ans a été nul (taux réel négatif) ces derniers temps, inversant le raisonnement ...

Cela dit, je serais d'accord pour que le taux d'avance en liquidité de la Banque centrale soit le même que celui de la dette d'Etat, mais comme la Banque centrale est européenne (BCE), il faudrait un taux commun aux Etats, ce qui serait possible s'il y avait une dette mutuelle, ainsi qu'une agence d'émission européenne, ce que je souhaite.

L'immigration

Je n'ai pas dit que l'immigration était un problème, j'ai simplement constaté dans les différences entre extrême droite et extrême gauche que l'extrême gauche était laxiste en termes d'immigration (est-ce faux ?) comparé à l'extrême droite qui est très dure.

L'indignation face aux injustices

Je suis tout autant indignée que vous sur les atteintes à la dignité humaine, sur les écarts de salaires criants devenus injustifiables, sur les fraudes et les abus. J'aime la façon dont vous l'exprimez.

Pour vous remercier de cette intéressante discussion, je veux bien vous offrir mon livre, si vous me donnez une adresse par messagerie privée, puis nous continuerons à en parler.

Bien cordialement,

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10/05/2013, 00:28 Par Robert MASCARELL

en réponse au commentaire de Marie-Anne Kraft le 09/05/2013 à 01:35

Chère Marie-Anne,

Votre réponse à mon commentaire est incontestablement sérieuse et empreinte d’honnêteté intellectuelle. Pour autant, je vais me permettre d’en réfuter de nombreux considérants, dans l’ordre où vous les avez présentés.

Vous reprochez à Jacques Généreux de désigner des coupables soit conceptuels : la finance, l’Europe, la mondialisation, soit catégoriels : les gouvernants, les élus, les banquiers, les riches.

Il ne vous échappe pas qu’il s’agit-là d’une manière de parler elliptique. L’auditeur-récepteur de tels raccourcis sait immédiatement ce que l’émetteur veut dire. Il ne s’agit donc pas de désigner des têtes à couper. Comment couper la tête à l’Europe, à la mondialisation ?

Cela dit, je suis certain que Jacques Généreux ne désigne pas les gouvernants et les élus, mais DES gouvernants, DES élus. Il est des gouvernants et des élus qu’il respecte. A commencer par Mélenchon, député européen. Là où vous avez raison, c’est qu’il arrive à Généreux comme à bien de mes amis politiques de fustiger LES riches. Je trouve qu’il s’agit-là d’une facilité coupable. Mélenchon, lui-même, est riche, comme Engels, le compagnon d’étude de Marx, l’était.

Les marxisants (je ne me dis pas marxiste, parce que je ne suis pas suffisamment sachant de l’œuvre de Marx et Engels pour me prétendre tel) de mon espèce ne classent pas la société, d’un point de vue économique, surtout, mais même sociologique, en riches et pauvres. La société capitaliste est structurée en classes sociales.

Et là, vous tombez immédiatement dans votre travers métaphysique. Vous écrivez : « Ceci a surtout pour effet de laisser croire qu'en coupant des têtes tout ira mieux et de détourner la mobilisation sur des problèmes bien concrets de mauvaise gestion et de perte de terrain de nos entreprises, la désindustrialisation qui tue nos emplois. »

Là où le Front de gauche se situe au niveau du fonctionnement global et intrinsèque du système capitaliste, vous, vous considérez que tout ne serait que problèmes de mauvaise gestion, de perte de terrain de nos entreprises, de désindustrialisation. Or, il peut se trouver des Etats, des collectivités publiques, des entreprises, qui, même bien gérées vont tomber sous le coup d’attaques spéculatrices de tel ou tel Etat ou de tel ou tel groupe financier mondial.

Vous pointez ensuite vos points de désaccords avec le Front de gauche sur la dette, la fiscalité, les entreprises, une vision de l'Europe. Vous n’en dites pas plus. Dommage. Le mieux serait que vous précisiez ce que vous préconisez sur ces quatre points, pour que nous puissions engager un débat fructueux, entre personnes de bonne foi.

Vous dites : « J'ai même remarqué que souvent, ils tordent la réalité et les chiffres, les présentant d'une certaine façon, pour absolument démontrer ce qui arrange leur idéologie. »

Vous savez, je ne suis pas économiste, mais seulement féru d’économie. En revanche, via mon syndicat préféré, je suis devenu juriste, spécialisé dans le droit du travail et dans le conseil et la défense des salariés devant les juridictions sociales. Devant les juges, il ne suffit pas d’affirmer, il faut prouver. Si vous me produisez des exemples où les dirigeants du Front de gauche tordent la réalité et les chiffres, je me rendrais à vos dires.

Vous continuez à prétendre que ces mêmes dirigeants « ….font appel d'un côté à l'émotion pour révolter les gens, attiser les (mauvaises) passions, de l'autre au raisonnement mais avec des arguments parfois tordus et même faux. »

Je suis en total désaccord avec votre affirmation. Elle ne repose sur aucun exemple. Etes-vous allée sur le blog de Mélenchon ? Toutes ses interventions dans ses multiples réunions publiques y sont publiées. Toutes ses interventions s’adressent à l’intelligence de son auditoire. Il y est extraordinairement pédagogue. Evidemment, ses propos sont émaillés d’exemples illustrant son raisonnement, pris dans la vie quotidienne. Ils décrivent le malheur subi par des millions de gens en France et à travers le monde, victimes de l’inhumanité du capitalisme. A ce moment-là, effectivement, ses paroles sont empreintes d’émotion. Il est heureux, qu’il y ait des hommes et des femmes qui ne parlent pas seulement avec une machine à calculer dans la tête.

J’en arrive maintenant à ce qui vous choque, assurément : ses violences verbales, ses invectives ou celles de son entourage. « Moscovici salopard », la belle affaire. Dussé-je perdre le respect que vous m’accordez, j’affirme qu’un ministre des finances, socialiste de surcroît, qui accepte de s’associer à une décision consistant à étrangler le peuple chypriote, sans distinction de niveau de fortune, est indigne. François Delapierre a traité Moscovici de salopard, d’autres auraient pu dire salaud, ou ordure, ou traitre. L’extrémisme n’est pas là où vous le placez. Il est chez ces fanatiques du libéralisme. Au passage, vous ne trouvez pas qu’il est « cocasse », qu’à propos du taux marginal d’imposition à 75 %, les libéraux français aient parlé d’impôt confiscatoire, au moment où les libéraux européens décidaient de confisquer les petits avoirs du peuple chypriote. Le malheur, c’est que vous-même, dont je suis sûr de l’honnêteté intellectuelle et de la sincérité de l’humanisme, utilisez ce mot de confiscatoire. Laissez-le à ceux qui veulent perpétuer les inégalités sociales. Sans que vous vous en rendiez compte, ils vous manipulent et vous instrumentalisent.

Cela dit, je vous accorde que, autant JLM est bon dans les meetings, autant à la télévision ou plus largement lorsqu’il est devant des journalistes, il peut lui arriver de ne pas se contrôler assez. Son argumentaire de fond est de grande qualité, mais il se laisse trop souvent déstabiliser par le cirque médiatique. Les journalistes qu’il a en face de lui ne sont manifestement pas objectifs, beaucoup lui sont même carrément hostiles. Ils ont compris qu’il fallait le provoquer, et c’est vrai, JLM répond à leurs provocations avec véhémence, et il en perd le fil de sa démonstration. A la télévision, Besancenot, quoiqu’on en pense, est plus efficace que JLM. Il est beaucoup plus calme, il ne se laisse pas distraire par les interpellations de ses interlocuteurs.

Pour illustrer ce que je dis, je vais prendre l’exemple de l’émission « Mots croisés » sur France 2, il y a quelques semaines. Y participaient, entre autres, Olivier Besancenot et Madame Parisot, du MEDEF. Pendant que Besancenot parlait, Parisot, très énervée, n’arrêtait pas de l’interpeler. Besancenot, sans s’énerver, l’écoutait mais ne répondait pas à ses invectives. Imperturbablement, il reprenait la suite de son propos à l’endroit où il avait été interrompu. A sa place, Mélenchon n’aurait pas pu se retenir de répondre à chacune des obstructions de Parisot et aurait perdu le fil, au moins pour partie, de sa démonstration.

En meetings, c’est l’inverse, JLM est incomparablement supérieur. C’est probablement le meilleur tribun français. Il parie sur l’intelligence de son auditoire.

SUR VOS REMARQUES SUR L’ECONOMIE

J’en viens maintenant à la partie économique de votre commentaire.

Quelle que soit la raison du fort taux d’épargne des Français, il n’en reste pas moins que cela constitue une richesse pour notre pays.

Sur le rapport valeur ajoutée/salaires. Vous dites que la part des salaires est restée stable depuis 1984. Pour le démontrer, vous publiez un graphique tiré d’un lien internet que vous joignez à votre commentaire. Fort bien.

J’ai évidemment cliqué sur ce lien. J’ai vu le graphique que vous utilisez, mais le premier graphique que j’y ai trouvé, et que je reproduis ci-dessous, ne dit pas tout à fait la même chose :

Source : INSEE

Sur ce graphique, la part des rémunérations est à 70 % en 1950 et à un peu plus de 66 % en 2009, avec une première poussée à 73 % en 1975 et une seconde poussée jusqu’à plus de 75 % de 1981 à 1983 (76 % dit le directeur financier produisant ces graphiques), et un effondrement se stabilisant en plateau à partir de 1989 jusqu’à 2009.

Le directeur financier anonyme d’une PME anonyme qui commente les graphiques que vous produisez et celui que je produis, explique benoîtement que la thèse de la gauche, de Benoît Hamon à Olivier Besancenot, disant que la part des salaires a reculé de 10 % depuis 30 ans environ, est démentie par les chiffres réels, pour preuve, dit-il, « la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises n'a pas bougé depuis 1987 et est au même niveau qu'en 1950. »

Que voilà une manière étroitement et métaphysiquement comptable de réécrire l’histoire.

L’histoire du mouvement social, en France comme dans le monde, veut, qu’à de rares périodes près, elle évolue en progressant et non en régressant. La référence à 1950 n’a donc aucun sens. De cette date jusqu’à aujourd’hui, de nombreuses luttes sociales ont permis aux salariés d’améliorer leurs conditions de travail et de salaire. Le point culminant des progrès a été atteint en 1983. Ce n’est donc que depuis cette date et depuis le chiffre de 76 % que nous devons analyser l’évolution de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Force est de constater que de 1983 à 2009, la part des salaires a reculé de 10 %. J’ai la faiblesse de penser que c’est le résultat de trente années de libéralisme, de dérégulation généralisée de l’économie, d’atteintes à la puissance des Etats.

Sur la façon de mesurer le poids de la dette publique de notre pays sur la longueur des emprunts (7 ans et un mois, soit 7,08 PIB) et non par rapport à un seul PIB, comme cela est fait partout aujourd’hui, parce que les maîtres de l’économie libérale mondialisée en ont décidé ainsi, je note avec satisfaction que vous voulez bien suivre mon raisonnement, « mais, ajoutez-vous, je ne vois pas pourquoi la règle limite (25%) pour un ménage s'appliquerait à l'Etat ! »

Mais pourquoi, les gouvernements libéraux utilisent-ils des chiffres apocalyptiques pour décrire la situation économique de leur pays ?

Grâce à leur puissance économique, les grands capitaines d’industrie et les grands financiers, ce sont souvent les mêmes, ont formé des groupes de pression auprès des dirigeants politiques (quand ceux-ci ne sont pas suscités par eux-mêmes). Leur but ? Obtenir d’eux qu’ils adoptent leurs objectifs et qu’ils prennent des mesures pour faire accepter aux peuples d’aligner le plus possible leur train de vie et leurs droits sociaux sur ceux des peuples des pays les plus attardés socialement.

Comment faire accepter l’inacceptable aux peuples les plus avancés ? Un seul moyen : leur faire peur. Cela a commencé par la flexibilisation et la précarisation du travail. Mais ce n’est pas suffisant pour les thuriféraires du libéralisme. Il s’agit donc maintenant de leur faire accepter, au nom de la compétitivité, de réduire leur salaire, d’augmenter leur durée du travail, de retarder leur départ à la retraite, d’abolir les contrats de travail à durée indéterminée, de démanteler les conventions collectives et le droit du travail.

Depuis des années, nous sommes donc préparés à l’idée de l’existence d’une crise.

L’autre moyen de faire peur aux peuples, c’est de leur faire croire que la dette publique est extraordinairement élevée, que les charges sociales le sont également, qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’Etat et qu’il n’y a plus d’endroit où en trouver, sauf à démanteler les services publics,……

Et là, je boucle la boucle. L’ensemble des groupes capitalistes mondialisés ont obtenu des dirigeants politiques des pays développés qu’ils calculent la dette publique de leur pays respectif en pourcentage par rapport au PIB d’une seule année, au lieu de la calculer par rapport à la durée moyenne du remboursement de cette dette, soit 7 ans et un mois dans notre pays. Il est vrai, qu’il est beaucoup plus impressionnant d’annoncer une dette publique à 90 % du PIB, délibérément inexacte, plutôt qu’à sa hauteur réelle, 12,7 %.

Je veux maintenant corriger votre petite erreur d’inattention, probablement. Vous parlez de 25 % comme taux d’endettement limite, accordé par les banques aux particuliers. Je pense que c’est plutôt 33 %. Mais je pinaille.

Sur le fond maintenant. Si comme vous dites l’admettre, le taux d’endettement réel de la France n’est que de 12,7 % et non de 90 %, la marge pour que l’Etat atteigne le taux d’endettement (33 %) admis par les banques en faveur des particuliers est très grande.

Vous évoquez ensuite la charge des intérêts de la dette. A juste titre, vous ajoutez son poids (2,5 % du PIB d’une année- en réalité 2,78 %) à celui de la dette totale (12,7 %), soit au total 15,48 %. Nous sommes très loin de la limite de 33 %. Mais je vous concède que pour un Etat, cette limite peut être dépassée.

La cohérence veut que, dès lors que vous admettez que le poids de la dette n’est que de 12,7 %, il faille relativiser le poids de la charge des intérêts de cette dette. Or, curieusement, vous ne le faites pas. Pourquoi l’Etat n’arriverait-il pas à payer ces intérêts ? 50 milliards d’euros d’intérêts, ça ne représente que 2,78 % du PIB. C’est dérisoire. Si les familles françaises n’avaient que 2,78 % de leurs revenus annuels à payer en intérêts, elles signeraient tout de suite. Allez, encore un effort Marie-Anne, poursuivez votre raisonnement, si bien commencé, jusqu’au bout.

Plus qu’abstrus, votre paragraphe sur la dette des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne me paraît incohérent. Que vient faire Pébereau dans votre raisonnement ? Vous compliquez le problème à souhait. Peu importe que tel ou tel pays considère dette publique ce que nous considérons comme dette privée, et réciproquement. Ce qui compte c’est le total de la dette : privée + publique. C’est le seul marqueur qui vaille.

Je suis heureux que vous me rejoigniez « sur les effets destructeurs d'un capitalisme financiarisé à outrance dans la mondialisation ». En dépit de ma joie, je vais introduire une grande nuance. La notion de capitalisme financiarisé à outrance n’a pas de sens. Le capitalisme financiarisé mondialisé est. Il ne l’est pas à outrance. Pour que vous me compreniez, je vous renvoie à « La formule générale du capital » figurant dans le tome 1 de « Le Capital » de Marx. Il y explique que l’économie s’est développée selon plusieurs phases au fil des siècles, pour devenir capitaliste à partir de la réalisation de certaines conditions. Il y démontre ensuite quelles vont être les futures phases d’évolution du capitalisme. L’ultime étant celle que nous connaissons aujourd’hui, c’est-à-dire le capitalisme financiarisé, mais à l’échelle d’un pays. Marx a arrêté sa démonstration à ce stade-là. Il n’a pas pu prévoir que le capitalisme allait se mondialiser. Il ne pouvait pas savoir que la télévision et surtout internet allaient être inventés. La financiarisation de l’économie est le résultat de l’accumulation capitalistique. Il s’agit d’un mouvement intrinsèque au capitalisme. Il est inarrêtable tant qu’existe le capitalisme, comme l’est la dérive des continents. Il n’y a donc pas de capitalisme à outrance.

Comme vous, je pense que la transformation de la société se fera par une prise de conscience des gens. Mais il fallait bien que je me sépare de vous. Vous me paraissez ne la concevoir que dans un cadre individuel. C’est évidemment la première étape. Mais une addition d’individus conscients ne suffit pas. Pour que la prise de conscience devienne efficace, il faut que les individus s’agrègent entre eux par type d’intérêts dans des associations, partis politiques, syndicats,….

Quant à votre phobie de l’Etat tout-puissant je la partage. Mais derrière votre phobie, je vois autre chose, directement issue du matraquage anti-Etat devenu le brouet quotidien des médias.

Tout est fait, pour que le bon peuple accepte que l’Etat soit affaibli, désarmé, désarticulé, et que le plus possible soit privatisé. Plus donc, vont être créées les conditions de son dysfonctionnement, et plus la privatisation sera acceptée comme étant la bonne solution, par les gogos.

Toute la suite de votre paragraphe sur l’Etat me fait craindre que la propagande vous a atteinte. Vos expressions relatives à la fermeture des frontières, au système totalitaire, en sont l’indication. Si vous le dites, c’est que vous pensez que le Front de gauche porte ce genre de projet.

Il n’en est évidemment pas question. Il s’agit simplement de concevoir les échanges commerciaux dans le cadre du respect strict du principe de la concurrence libre et non faussée prôné par le fameux traité de Lisbonne. Sauf que dans la pratique européenne, si la concurrence est à peu près libre, elle est en revanche totalement déloyale, totalement faussée, non seulement avec le monde entier, mais même entre les pays de l’Europe. Miracle, sur le journal de France 2, ce jeudi 9 mai, je viens d’entendre que l’Europe envisage de faire payer à la Chine des droits de douane pour ses panneaux solaires. Attendons pour voir.

Je partage votre souhait que l’Etat lutte mieux contre tous les types de fraudes. Mais il ne suffit pas de l’affirmer. Il faut des propositions concrètes, et quand on dirige, il faut des actes. Pour ce qui est de Hollande, nous sommes déjà assurés qu’il ne veut utiliser qu’un fusil à bouchon. Pour ce qui est des autres, y compris votre ami Bayrou, j’en suis également persuadé. Il faut reconnaître que la partie du peuple qui les soutient, y compris vous, chère Marie-Anne, sont très vite effrayés.

Lutter contre tous les types de fraudes, je parle des grands fraudeurs, nécessite de comprendre qu’avec ces gens-là on ne joue pas à bisounours. Il s’agit d’engager une véritable guerre. Pour cela, il faut renforcer considérablement les moyens de l’Etat, sans qu’il nous en coûte un sou, tout au contraire. Il faut former et embaucher des bataillons d’inspecteurs du fisc, du travail, de la Sécurité Sociale,…. Ils rapporteront plus qu’ils coûteront. Il faut renforcer considérablement l’arsenal législatif. Il faut obliger toutes les banques françaises à fermer leurs agences dans les paradis fiscaux (y compris celles situées dans les paradis européens) et les obliger à donner la liste de tous les détenteurs français de comptes dans ces paradis. Il faut évidemment engager des poursuites contre ces fraudeurs. Il faut utiliser des moyens de rétorsion contre toutes les banques étrangères établies en France, qui refuseraient de collaborer avec l’Etat français, à l’instar de ce que font les Etats-Unis.

Sinon, c’est s’exposer à des annonces propagandistes à la Sarkozy, du genre « Les paradis fiscaux c’est fini ! ».

Permettez-moi de vous redire que je doute fortement de la volonté d’Hollande et Bayrou, et plus encore de l’UMP et du Front national, d’engager la lutte contre les fraudeurs. Je ne les entends parler que de coût du travail, d’impôts trop élevés, de réduction de la dépense publique.

C’est vrai, ni Bayrou, ni Hollande ne parlent de remise en cause du modèle social français, mais leur modèle c’est Schroeder, mais tous les deux se félicitent de l’ANI signé le 13 janvier 2013 par le MEDEF et la CFDT. Le spécialiste du droit du travail que je suis, affirme avec certitude que cet accord attaque frontalement notre modèle social. Je veux bien en débattre avec vous, point par point. Parler ouvertement de remettre en cause notre modèle social est inavouable, sauf à prendre le risque d’énormes manifestations.

A propos de l’immigration, la gauche, pas l’extrême gauche, je ne suis pas plus extrémiste que vous. Je suis simplement d’une grande rigueur intellectuelle et j’espère morale, j’en attends autant de vous. Mais je reviens à l’immigration. La gauche, pas la gouvernementale, n’est pas laxiste. Elle considère simplement qu’entre les travailleurs français et immigrés existe naturellement une solidarité de classe. Les immigrés sont pour la plupart des victimes du capitalisme mondialisé. Un ouvrier français et un ouvrier étranger travaillant dans la même entreprise ont en face d’eux le même patron français ou étranger. Ils subissent la même exploitation. Eh bien, excusez-moi, ces deux ouvriers ont une communauté d’intérêts.

Je suis content que les grands écarts de salaires (pourquoi pas de revenus ?) vous indignent. Mais là, il vous faut aller jusqu’au bout de votre indignation. L’un des meilleurs moyens de ramener les écarts à des proportions raisonnables, c’est de faire ce que propose Mélenchon « au-dessus de 30 000 € par mois, je prends tout ». Vous prétendez que cette proposition est confiscatoire. Vous n’êtes pas cohérente. Ou alors, proposez quelque chose de très fort à la place.

Au fait, pensez-vous qu’il aurait fallu condamner les Sans-culotte pour violences ? Comme je vous le demandais, dans ma première contribution. Si oui, votre opposition à l’amnistie sociale est logique, sinon, il va vous falloir prendre votre tête entre vos deux mains, et réfléchir au moyen de sortir de votre contradiction.

Autre question sans réponse : Persistez-vous à dire que Front de gauche et Front national partagent le même diagnostic économique ?

Je suis aussi très intéressé de connaître l’appréciation que vous avez des moyens d’action et du poids de la France au sein de l’Europe.

Vos propositions sur les licenciements boursiers m’intéressent également.

Bien à vous.

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Nouveau 10/05/2013, 11:30 Par Marie-Anne Kraft

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 10/05/2013 à 00:28

Merci à nouveau Robert pour votre longue et intéressante réponse.

J'entends vos arguments et je note également votre honnêteté intellectuelle. Souvent, nous avons raison tous les deux mais présentons un éclairage différent du problème.

Sur la dette, vous avez raison de minimiser un chiffre en préférant rapporter le chiffre d'amortissement de cette dette au revenu global qu'est le PIB mais j'ai raison aussi de dire que cela n'indique pas pour autant la capacité du pays à rembourser cette dette, étant donné les difficultés à déjà rembourser ne serait-ce que les intérêts (2,5% du PIB). Les dépenses publiques sont les plus élevées d'Europe, avec 57% (la France vient de dépasser le Danemark) et si on ajoutait 12% d'amortissement de dette, on arriverait à presque 70% ! Faire croire que la dette n'est pas un problème, qu'elle n'est pas élevée alors qu'on n'arrive pas à la rembourser, est le la malhonnêteté intellectuelle. De plus, dire dans la foulée qu'on ne la remboursera pas (car on ne peut pas) est incohérent (et en plus dangereux sur ses conséquences). Je ne peux adhérer à ce raisonnement.

Quant à ma remarque sur la minimisation de notre dette publique, dont le chiffre occulte l'engagement des retraites des agents d la fonction publique, si on veut la comparer à périmètre égal avec d'autres pays comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni, elle n'est pas incohérente, c'est un fait connu. D'ailleurs quand les entreprises publiques ont été privatisées (EDF, GDF, SNCF), elles ont dû provisionner ces engagements futurs car c'est même une règle comptable des entreprises, et on a dû le payer par une augmentation des tarifs (encore récemment).

Sur la part des salaires et du capital (rémunération en dividendes) dans la valeur ajoutée, vous présentez la croissance de la part du capital sans parler de celle du travail, c'est pourquoi je dis oui vous avez raison mais il faut dire que la part du travail est restée assez stable (pic dans le début des années 80) et ce qui est marquant c'est que la croissance des dividendes compense la baisse des intérêts bancaires, car il y a eu un déplacement du financement des entreprises des banques vers les marchés (désintermédiation) avec recours à la bourse et désendettement bancaire. J'ai raison également. Le graphique provient de l'INSEE, même s'il a été repris dans un article de blog, et montre bien que cette part est assez stable depuis 1986 après un pic en 1980-82 suivi d'une chute.

Je n'ai pas dit que Front de Gauche et Front National partageait le même diagnostic économique (même s'il me semble que oui sur la mondialisation et la critique de l'Europe) mais constaté quelques points de convergence dans les solutions économiques proposées, notamment sur la dette et même la sortie de l'euro (JL Mélenchon n'en est pas à dire qu'il souhaite la sortie de l'euro mais je sais que l'opinion est partagée au Front de Gauche et que c'est une issue logique si on vise la cohérence des propos, notamment avec la décision de ne pas rembourser la dette publique, en tout cas aux investisseurs étrangers).

François Bayrou paraît moins vindicatif que JL Mélenchon mais dénonce malgré tout les fraudes, l'évasion fiscale, les abus et les injustices. Simplement, plutôt que s'en prendre au système dans son ensemble (Mondialisation, capitalisme) ainsi qu' à des catégories visées (banquiers, riches) en leur prêtant des intentions de cupidité au détriment des autres, voir de volonté d'accroître ou d'entretenir les inégalités, tout en occultant des raisons évidente de notre faillite, il préfère ne pas activer de "mauvaises passions" qui engendrent de la violence et mettre en avant les causes évidentes qui nous font perdre du terrain, notamment comparant notre économie à bien d'autres pays voisins qui s'en sortent bien malgré la crise. Il fait de plus ressortir les points sur lesquels on peut avoir prise et s'améliorer pour s'en sortir, alors que vouloir "sortir de la mondialisation" est un leurre et que couper la tête aux riches et aux banquiers ne nous mènerait pas loin et ne rapporterait pas l'argent que l'on croit.

Vous dites que vous entendez parler Hollande et Bayrou "que de coût du travail, d’impôts trop élevés, de réduction de la dépense publique" mais F. Bayrou a bien affirmer que pour lui notre problème de compétitivité n'est pas sur le coût du travail (semblable en Allemagne et autres pays nordiques qui sont compétitifs) mais sur le hors-coût, la stratégie industrielle, R&D insuffisante. Il ne demande pas la baisse des salaires. Sans sa campagne, il ne demandait même pas une baisse des dépenses publiques mais un gel en montant. En revanche, au sein de ces dépenses, il faut en baisser certaines (administratives) pour redonner des marges d'investissement (construction de bâtiments, isolation, recherche,...).

Non, je ne pense pas être "manipulée" comme vous le dites, par les thuriféraires du libéralisme qui visent la flexibilisation et la précarisation du travail. qui cherchent à faire accepter, au nom de la compétitivité, la réduction des salaires, l'augmentation de la durée du travail, le retard du départ à la retraite, l'abolition du CDI, le démentellement desconventions collectives et le droit du travail. Je suis ouverte à toutes les idées et cherche à me faire ma propre opinion. J'ai eu une démarche de recherche et d'analyse fouillée et ne me laisse pas imposer des idées. C'est François Bayrou qui exprime le mieux cette vision responsabilisante et pacifiante que j'ai de la société et qui me paraît avoir le plus raison. Lui aussi est pédagogue, connaît bien les sujets avant d'exprimer un avis, et c'est également un très bon tribun.

Oui j'aurais condamné les sans-culotte pour violences et assassinat. Les têtes au bout des piques, c'est pas trop mon truc. Ils auraient pu emprisonner, juger, exiler les aristocrates jugés coupables sans les massacrer.

Bien à vous, cher Robert, et merci beaucoup pour la discussion !

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10/05/2013, 14:54 Par Pizzicalaluna

en réponse au commentaire de Marie-Anne Kraft le 10/05/2013 à 12:32

" Je suis ouverte à toutes les idées et cherche à me faire ma propre opinion. J'ai eu une démarche de recherche et d'analyse fouillée et ne me laisse pas imposer des idées. C'est François Bayrou qui exprime le mieux cette vision responsabilisante et pacifiante que j'ai de la société et qui me paraît avoir le plus raison."

Si votre vision est celle de F. Bayrou, cela implique que vous êtes d'accord avec l'ANI, donc avec, pour reprendre vos termes, "les thuriféraires du libéralisme qui visent la flexibilisation et la précarisation du travail. qui chercheraient à faire accepter, au nom de la compétitivité, la réduction des salaires, l'augmentation de la durée du travail, le retard du départ à la retraite, l'abolition du CDI, le démentellement desconventions collectives et le droit du travail", puisque M. Bayrou approuve cet accord.

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10/05/2013, 17:47 Par Marie-Anne Kraft

en réponse au commentaire de Pizzicalaluna le 10/05/2013 à 14:54

Lisez bien : "être d'accord avec" ne signifie pas "être manipulé par".

Sachant que je suis d'accord comme Bayrou sur l'accord ANI qui apporte plus de flexibilité aux entreprises tout en ouvrant de nouveaux droits aux salariés. Vous pouvez être en désaccord avec moi sans néanmoins tordre mes propos ni caricaturer cette position comme s'il s'agissit d'une précarisation du travail.

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Nouveau 10/05/2013, 18:47 Par Pizzicalaluna

en réponse au commentaire de Marie-Anne Kraft le 10/05/2013 à 17:47

Je ne tords pas vos propos, je n'ai jamais dit que vous étiez manipulée, mais que vous étiez d'accord, et vous le confirmez justement dans votre réponse.

Effectivement, je pense que l'ANI précarisera les salariés, ce n'est pas une caricature mais une réalité.

http://www.filoche.net/2013/02/16/ani-enumeration-des-54-reculs-quil-contient-dans-ses-27-articles/

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Nouveau 10/05/2013, 18:54 Par Marie-Anne Kraft

en réponse au commentaire de Pizzicalaluna le 10/05/2013 à 18:47

Non mais mon texte disait "je ne suis pas manipulée par" et vous l'avez transformé en "vous êtes d'accord avec". Voilà.

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10/05/2013, 18:00 Par Robert MASCARELL

en réponse au commentaire de Marie-Anne Kraft le 10/05/2013 à 12:32

Chère Marie-Anne, je n’ai pas raison de minimiser la dette, j’ai raison de considérer que le poids de la dette doit être mesuré par rapport à sa longueur (7,08 PIB) et non par rapport au seul PIB de l’année présente. Ipso facto, la dette étant réellement plus légère que ce qu’affirment les économistes libéraux, cela induit que notre capacité à la rembourser est bien plus grande. Je ne vois donc pas sur quel élément vous vous appuyez pour dire que notre pays n’est pas capable de rembourser sa dette. Votre catastrophisme est sidérant, mais il n’est qu’une vue de votre esprit, partagée il est vrai par tous les déclinistes. Mais ceux-là ont de mauvaises intentions.

Vous ne pouvez pas me reconnaître mon honnêteté intellectuelle au début de votre réponse et, au paragraphe suivant, écrire que « Faire croire que la dette n'est pas un problème [….] est de la malhonnêteté intellectuelle. ». Au passage, permettez-moi de vous faire remarquer que vos idées centristes ne vous empêchent pas de vous laisser aller à la violence verbale. Que voilà un discours extrémiste.

Je persiste et je signe, la dette, dans son volume actuel, n’est pas un problème. Et il totalement faux de dire « qu'on n'arrive pas à la rembourser. ». Produisez vos sources.

Votre couplet sur : « Les dépenses publiques sont les plus élevées d'Europe, avec 57% (la France vient de dépasser le Danemark) et si on ajoutait 12% d'amortissement de dette, on arriverait à presque 70% ! », ressemble à s’y méprendre à un discours de technocrate hors-sol.

Qu’est-ce que ces 12 % d’amortissement de la dette qu’il faudrait ajouter aux dépenses publiques ?

Je répète que la dette d’un pays doit s’apprécier en additionnant sa dette publique et sa dette privée. Cette globalisation permet de prendre en compte les différences de culture des pays. Tel pays a, par son histoire, une économie publique plus forte que tel autre. Les exemples de l’Irlande et de l’Espagne, qui avaient tout misé sur l’économie privée, n’ont pas empêché qu’ils soient aujourd’hui en faillite.

Pourquoi vous obstinez-vous à ne parler que de la dette publique ? En dépit des faits. Votre positionnement au centre de l’échiquier politique n’empêche pas que vous êtes une libérale aveugle, incapable de la moindre objectivité. Vous êtes intellectuellement, dans la position de celle qui est capable de dire qu’il fait jour en pleine nuit.

Voilà maintenant que la dette publique occulterait le coût des retraites des agents de la fonction publique. Expliquez-vous davantage.

Bref, vous donnez l’impression de vouloir à tout prix charger notre barque pour que votre idéologie en soit confortée, mais sans approfondir vos affirmations. Le tout étant délivré dans un grand désordre.

Sur la part des salaires dans la valeur ajoutée, la courbe est stable depuis 1989 jusqu’à 2009, où elle se situe à un peu plus de 66 %. Mais la part des salaires est montée jusqu’à 76 % en 1983. Il y a donc bien eu un transfert de 10 % des salaires dans la valeur ajoutée vers le capital. Depuis 2009, la situation des salaires ne s’est pas améliorée, au contraire. Vos contorsions pour masquer cette réalité sont vaines :

Vous n’auriez pas dit que Front de gauche et Front national partageaient le même diagnostic. Je persiste à dire que c’est bien ce que vous avez écrit. Je reproduis, ici, la phrase fatidique : « Enfin, quand Jean-Luc Mélenchon s'oppose au gouvernement en le critiquant plus encore que la droite, ne fait-il pas lui-même le jeu de la division et du renforcement du FN avec lequel il partage une posture de dénonciation et même un diagnostic économique ? »

Assumez vos propos. Vous semblez les regretter, c’est mieux que rien. Encore que votre dénégation soit immédiatement annulée par ce qui la suit. D’après vous, donc, Front de gauche et Front national font le même diagnostic sur la mondialisation et l’Europe, et proposeraient les mêmes solutions sur la dette et l’euro. Là, je dois dire que j’en viens à douter de votre culture économique. A moins que vous ayez des informations que je n’ai pas. Expliquez-vous.

Je ne conteste pas que Bayrou soit moins vindicatif que Mélenchon et que lui aussi dénonce les fraudes et l’évasion fiscales, les abus, les injustices. Il ne manquerait plus que cela qu’il ne les dénonce pas. Cela vous suffit ? Moi pas !

Mélenchon fait des propositions vigoureuses contre ces agissements, pas Bayrou.

Très honnêtement, vous nous dites pourquoi Bayrou ne propose rien : « Simplement, plutôt que s'en prendre au système dans son ensemble (Mondialisation, capitalisme) ainsi qu' à des catégories visées (banquiers, riches) en leur prêtant des intentions de cupidité au détriment des autres, voire de volonté d'accroître ou d'entretenir les inégalités, tout en occultant des raisons évidente de notre faillite, il préfère ne pas activer de "mauvaises passions" qui engendrent de la violence et mettre en avant les causes évidentes qui nous font perdre du terrain, notamment comparant notre économie à bien d'autres pays voisins qui s'en sortent bien malgré la crise. »

Je tiens votre longue phrase pour une sorte de bible du centrisme. Le système fait la démonstration de son gravissime échec dans le monde entier, mais il ne faut surtout pas y toucher. La cupidité est le moteur des spéculateurs, des évadés et fraudeurs fiscaux, des traders et de tous ceux qui préfèrent jouer en bourse plutôt que d’investir dans la recherche et dans la production, mais il ne faut surtout pas les brusquer. Chère Marie-Anne lisez ou relisez Adam Smith, le père du libéralisme, il vous fera peut-être retomber sur terre. Mais, je vous pressens confite en dévotion.

Vous dites que Bayrou ne préconise pas la réduction du coût du travail. Vous connaissez mal votre mentor. Le 23 octobre 2012, il a conseillé au gouvernement de suivre les préconisations du rapport Gallois sur la compétitivité, parmi lesquelles la baisse des cotisations sociales de 30 milliards d’euros. C’est vrai, Bayrou, comme Hollande, comme Sarkozy d’ailleurs ne proposent pas de baisser les salaires.

A propos des Sans-culotte que vous auriez condamnés pour violences, vous vous situez au moment de la Terreur. Situez-vous au 14 juillet 1789, à la prise de la Bastille. Vous les condamnez ou pas ? Et les actes de Résistance, de 1940 à 1945, vous les condamnez ou pas ?

Dans ma précédente contribution, je vous demandais de prouver que les dirigeants du Front de gauche « tordent la réalité et les chiffres, les présentant d'une certaine façon, pour absolument démontrer ce qui arrange leur idéologie. »

Je note que vous ne fournissez aucune preuve de vos dires. Serait-ce que vous n’en avez pas ?

Je note également que vous ne répondez pas sur les licenciements boursiers ou sur le poids et les moyens d’action de la France au sein de l’Europe. Il s’agit-là, pourtant, de questions sur lesquelles une Européenne convaincue comme vous a forcément un avis. Mais il est vrai qu’il s’agit de sujets brûlants.

Si vous ne voulez pas me répondre sur votre blog, vous pouvez le faire sur ma messagerie personnelle, je vous ai donné mon adresse.

Cordialement.

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Nouveau 10/05/2013, 18:17 Par OLChantraine

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 10/05/2013 à 18:00

Démonstration convaincante. On pourrait peut-être y ajouter que "la" dette est trop souvent présentée comme un attribut des débiteurs.

Or, il faudrait s'intéresser aussi aux créanciers... Car la dette est autant un attribut des créanciers qu'un attribut des débiteurs.

Comment ont-ils faits pour se trouver de ce côté-là de la dette?

En grande partie en fraudant le fisc via l'évasion paradisaque...

En rognant la part des salaires dans la richesse commune.

En spéculant contre l'économie réelle.

En grande partie, ce que nous leur "devons" c'est ce qu'ils ont prélevé, plus ou moins légalement et en tout cas de manière massivement illégitime, de la richesse produite par le travail et qu'ensuite ils nous "re-prêtent", pour le faire fructifier à leur profit...

Récupérer l'argent évadé et taxer les fortunes abusives est souvent présenté comme confiscatoire...

On oublie que le mécanisme de la dette est lui-même confiscatoire et résulte de l'extorsion, légale ou souvent illégale, qui est au fondement du libéralisme sauvage;

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Nouveau 10/05/2013, 18:52 Par Marie-Anne Kraft

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 10/05/2013 à 18:00

Robert, je ne peux pas continuer ainsi à répondre par de si long commentaires, toutes les questions que vous poser en plus mériteraient encore beaucoup de temps, donner des "preuves" pour chaque dire, c'est sans fin, même si c'est intéressant.

Pour ce qui est de "tordre la réalité des chiffres" afin de la présenter justifiant une idéologie, il y a justement par exemple cette présentation de la dette en % du PIB que le Front de Gauche propose pour démontrer qu'elle n'est pas énorme et donc qu'elle n'est pas un problème, alors qu'on a déjà du mal à la rembourser (on n'arrive pas à la faire baisser, on emprunte même les intérêts). Ce n'est pas du pessimisme ni de l'extrêmisme, c'est un simple constat.
De même que cette obsession de l'évolution de la part du coût du capital dans la valeur ajoutée alors que depuis 1986 la part du coût des salaires est stable, occultant que la marge des entreprises s'est effondrée et devient une des plus faible en Europe, alors qu'elle conditionne les investissements.

Bref, nous pouvons chacun donner un éclairage différent d'un même problème et avoir raison sur les chiffres et ensuite en avoir une analyse qui priorise tel ou tel point.

Vous-même avez dit dans votre commentaire que selon vous il n'était pas question de ne pas rembourser la dette. Or JL Mélenchon a dit le contraire. Et disant cela, il devrait savoir que cela signifie en même temps une sortie de l'euro. C'est cela qui me paraît malhonnête, pas vous-même.

Même si F.Bayrou a dit que le principal problème de compétitivité n'était pas "le coût du travail", Bayrou a approuvé le rapport Gallois et la volonté d'alléger les charges des entreprises en vue de facilité des embauches. Il a trouvé néanmoins son application avec le crédit d'impôt inadaptée.

Quant à la qualification de "confite en dévotion", vous pourriez l'appliquer aussi aux militants du Front de Gauche à leur idole Mélenchon ...

Là je commence à fatiguer Robert, voire me sentir harcelée ... Allez plutôt lire mon nouveau billet sur l'application de la démocratie participative !

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10/05/2013, 20:48 Par jean-philippe vaz

en réponse au commentaire de Marie-Anne Kraft le 10/05/2013 à 18:52

Fatiguée et harcelée...Vous avez de la "chance" que Robert ne soit pas un de ces "journalistes" haineux et malveillants ne cherchant qu'à vous faire sortir de vos gonds...

Malgré le caractère somme toute convenu (Lenglet - et autres - , "économiste" qui a son rond de serviette dans de nombreuses émissons tient les mêmes propos) de vos réponses, elles ont le mérite d'exister et en ce qui me concerne, me confortent, si besoin était, dans l'idée que ce n'est vraiment pas du côté du Modem (pas plus que du P"s" actuel) et sûrement pas du côté de l'UMP (encore moins du FN) qu'une "solution" peut être trouvée, dans la mesure où aucun de ces partis n'entend s'attaquer à la racine des problèmes à savoir le capitalisme dont la forme capitalisme financier est le stade "suprême"...

Je sais que vous êtes fatiguée (et en l'occurrence, harcelée par moi), mais je retente ma chance...la lutte des classes, c'est quoi pour vous?

Fatiguement votre...

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10/05/2013, 23:32 Par Robert MASCARELL

en réponse au commentaire de Marie-Anne Kraft le 10/05/2013 à 18:52

Stupéfait, je suis proprement stupéfait ! En l’espace de trois jours, je suis passé du statut de l’homme intellectuellement honnête, réfléchi et respectueux à celui de harceleur. Tout cela, parce que j’ai l’impudence, à vos yeux, de vous demander de prouver les accusations que vous portez à l’encontre du Front de gauche. En l’occurrence, sur les trois accusations, je vous demande de prouver que ses dirigeants « ….tordent la réalité et les chiffres, les présentant d'une certaine façon, pour absolument démontrer ce qui arrange leur idéologie. »

Comme vous n’avez aucune preuve de ce que vous affirmez, vous n’hésitez pas à faire une volte-face pour, néanmoins, donner un exemple prouvant bien que les dirigeants du Front de gauche tordent la réalité et les chiffres.

Il s’agit-là d’une figure intellectuelle que je n’avais jamais rencontrée au fil de ma longue vie.

L’exemple en question, c’est la manière qu’a le Front de gauche de relativiser le poids de la dette publique sur la longueur du crédit, soit 12,7 % (7,08 PIB) et non 90 % (1 PIB).

Je suis tout à fait étonné de votre revirement. Dans votre première réponse, le 9 mai à 11h35, à ma première interpellation, vous commencez par me citer : « Si donc on évalue le poids de la dette publique de notre pays, comme le font les sociétés de crédit pour les particuliers et pour les entreprises, (avec un amortissement sur 7,5 ans, durée moyenne de cette dette) le poids de notre dette publique n’est plus que de 12,7 % et non plus de 90 %. C’est-à-dire que notre dette publique n’a rien de démesurée. Je dirais même qu’elle est dérisoire. »

En guise de commentaire à cette citation, vous écrivez : « OK je veux bien vous suivre sur ce raisonnement », et trois phrases après, vous précisez même : « Mais il faut ajouter à la charge les intérêts de la dette (environ 50 milliards, soit 2,5% du PIB) donc en tout une charge de 14,5%. »

C’est-à-dire que vous avez intégré à votre raisonnement le taux d’endettement préconisé par le Front de gauche.

Après que j’ai répondu à votre première réponse, vous m’avez répondu, le 10 mai à 11h30, en ces termes : « Sur la dette, vous avez raison de minimiser un chiffre en préférant rapporter le chiffre d'amortissement de cette dette au revenu global qu'est le PIB…… »

Ainsi, après avoir reconnu que cette manière de calculer le poids de la dette publique était juste, vous dites maintenant qu’elle prouve que les dirigeants du Front de gauche tordent la réalité et les chiffres. Manifestement, vos convictions sont branlantes et surtout confuses. Tout, dans la manière de dérouler vos arguments, le démontre. Votre approche métaphysique de la réalité vous empêche d’avoir une vision d’ensemble et de remonter aux causes les plus en amont possible de tel ou tel phénomène historique, sociologique et économique . Si bien que les éléments de votre argumentaire sont des photographies présentées de façon disparate, dans un joyeux désordre, sans vrai lien entre elles. Tout n’est pas faux, mais il n’y a pas de fil conducteur, sauf un : le système économique libéral est naturel, il est donc indépassable. L’histoire est finie, comme disaient les libéraux après la chute du Mur de Berlin. Vous en êtes là, consciemment ou pas.

Le deuxième exemple (la part des salaires dans la valeur ajoutée), prouvant, à vos yeux, que les dirigeants du Front de gauche tordent la réalité et les chiffres, est tout aussi fallacieux.

Comme le Front de gauche, je soutiens avec la plus grande assurance et la plus grande honnêteté intellectuelle que de 1983 à 2009, la part des salaires dans la valeur ajoutée a diminué de 10 %, et que depuis 2009, la situation des salaires ne s’est pas améliorée. C’est donc dans le camp des libéraux que se situe la duplicité.

Marie-Anne, vous avez raison, pour le Front de gauche, la question du poids des salaires dans la valeur ajoutée est une obsession. Nous inférons de l’abaissement de la part des salaires au profit du capital, que ce n’est pas aux salariés de faire les efforts pour rembourser la dette, c’est à ceux qui détiennent le capital, et principalement, parmi ceux-là, aux fraudeurs de haut-vol.

Mais j’oubliais que pour vous, il ne faut surtout pas brusquer ces gens-là, ça pourrait déchaîner de mauvaises passions.

Enfin pour conclure, je veux m’étonner du procédé déloyal que vous avez utilisé à mon encontre, et dont je ne me suis rendu compte que ce soir.

Dans votre réponse du 9 mai à 1h35, vous me faites dire : « Mais là vous argumentez pour dire "la dette n'est pas si grande, on peut continuer comme ça, donc en vivant à crédit ..." »

Je n’ai jamais écrit : on peut continuer comme ça, donc en vivant à crédit. Voici le passage de mon intervention se rapprochant le plus de ce que vous me faites dire : « Si donc on évalue le poids de la dette publique de notre pays, comme le font les sociétés de crédit pour les particuliers et pour les entreprises, le poids de notre dette publique n’est plus que de 12,7 % et non plus de 90 %. C’est-à-dire que notre dette publique n’a rien de démesurée. Je dirais même qu’elle est dérisoire. »

Sans rancune. Au total, je trouve cela plutôt amusant.

Un harceleur respectueux.

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11/05/2013, 15:34 Par Marie-Anne Kraft

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 10/05/2013 à 23:32

Cher Robert,

Décidément, vous êtes tenace, et de surcroît pinailleur. Vous préférez reprendre de multiples détails de texte à soumettre à votre inépuisable critique plutôt qu'aller à l'essentiel de la démonstration qui d'évidence confirme que le niveau de dette est tel qu'il nous plombe avec des intérêts (2,5% du PIB actuellement, autant de pris sur la croissance ou sur des dépenses utiles) et qu'on a bien du mal à rembourser, et sur le fait que décider de ne pas rembourser la dette (ce qu'a préconisé JL Mélenchon, là vous n'en dites rien ...) nous conduirait au chaos.

Quant à l'argument que vous avancez visant à dire que le niveau de dette est dérosoire mesuré à son amortissement annuel rapporté au PIB, pour reprendre le ratio habituellement fait par les banques pour les ménages qui contractent un prêt (immobilier), je vous ferai remarquer que le calcul n'est pas juste. En effet, la banque raisonne sur le revenu disponible net, après paiement des charges sociales et des impôts sur le revenu. Si on appliquait un tel ratio au pays, il faudrait prendre un dénominateur égal au PIB net des prélèvements obligatoires, qui sont de 46,3% du PIB. Donc les 12% ou 12,7% deviennent 24 ou 25%, ce qui s'approche de la limite consentie par les banques.

Robert, sur ce sujet vous m'aurez à l'usure, mais pas à la conviction ...

Bien à vous quand-même.

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10/05/2013, 15:19 Par JoëlMartin

Bayrou et Mélenchon ont un point commun : le faukonyaka.

Ils en ont aussi un autre d'après certaines personnes qui les ont cotoyés : un autocratisme certain.

Très peu pour moi, ni l'un, ni l'autre.

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11/05/2013, 11:54 Par Pizzicalaluna

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 10/05/2013 à 23:45

Mais ce débat passionnant n'est pas terminé, j'espère que Mme Kraft répondra enfin très précisément à vos questions.

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11/05/2013, 14:55 Par Robert MASCARELL

en réponse au commentaire de Pizzicalaluna le 11/05/2013 à 11:54

Ne vous illusionnez pas. Bien que ne partageant pas du tout ses idées politiques, j'ai cru en l'honnêteté intellectuelle de MAK. Je me suis trompé.

Cette dame regrettait le ton violent de certains blogueurs du Front de gauche pour louer mon approche calme, réfléchie et respectueuse. Seulement voilà, quand je la pousse dans ses derniers retranchements et que je lui demande de prouver ce qui lui permet d'insulter les dirigeants du Front de gauche, elle n'a rien à dire, mais comme il lui faut néanmoins essayer de garder la tête haute, elle n'hésite pas à tenir des propos contradictoires d'un jour à l'autre, pour à tout prix prouver que les dirigeants du Front de gauche trompent délibérément les gogos qui les écoutent.

De la même manière, et pour le même but nauséabond, Madame Kraft manipule les chiffres relatifs au poids des salaires dans la valeur ajoutée. Vous avez probablement noté comme moi que, pour conforter sa thèse, MAK, une fois part de 1984, une autre de 1986, mais chaque fois c'est pour dire que le poids des salaires s'est stabilisé depuis l'une ou l'autre de ces dates. Le but, c'est que cette dame, comme tous les libéraux de droite et de gauche, ne veulent pas, ne peuvent pas avouer, que les salariés sont les grandes victimes du libéralisme. La réalité c'est que de 1983 (pic le plus élevé) à 2009, il y a eu un transfert de 10 % des salaires vers le capital. Ce qui est vrai c'est que le transfert, au détriment des salaires, fut brutal entre 1984 et 1989, et que depuis cette dernière date, il y a effectivement une stabilité quasi parfaite du rapport salaire/capital.

Reconnaître ce fait gêne les libéraux dans leur entreprise actuelle consistant à demander aux salariés d'accepter de nouveaux sacrifices.

Là, est le fond du débat entre les libéraux (c'est-à-dire du FN, en passant par l'UMP, le MODEM jusqu'aux libéraux du PS) et les antilibéraux (dont je suis). Débat, c'est vite dit. MAK, poussée à quia, vient de le fermer.

Nous ne saurons donc pas si elle considère que les Sans-culotte du 14-Juillet 1789, ou les Résistants de 40-45, auraient dû être condamnés pour violences, comme elle le soutient pour les syndicalistes, dont l'amnistie sociale a été refusée par le gouvernement de "gauche".

Chez les libéraux on pratique la violence quotidiennement contre les travailleurs, y compris avec le soutien de la Loi qu'ils se sont votée, mais que ceux qu'ils exploitent se rebellent et là le glaive doit tomber. Vous imaginez si les esclaves avaient dû attendre que la Loi leur permette de s'affranchir, où nous en serions aujourd'hui. Heureusement que tout au long des siècles, il s'est trouvé des femmes et des hommes qui ont risqué leur vie et/ou leur carrière, au mépris des lois existantes, en faisant le coup de poing, voire plus, contre leurs exploiteurs ou leurs chiens de garde, pour s'opposer à l'inacceptable.

De 1940 à 1945, la majorité du patronat a respecté les lois pétainistes. Ceux qui ne les ont pas respectées se sont adonnés aux violences. Si elle est cohérente MAK doit en être choquée. Pas moi. Je remercie ces héros.

Dernier point, enfin, chère Pizzicalaluna (quel beau nom), vous avez dû remarquer comme moi, qu'entre autres perfidies, MAK, au mépris de toute honnêteté intellectuelle, ou par inculture économique, prétend que Front de gauche et Front national ont des points communs, notamment le même diagnostic économique. C'est évidemment tout à fait faux.

Ce qui est vrai, en revanche, c'est que MAK, comme le FN, considèrent que l'immigration constitue un problème.

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11/05/2013, 15:41 Par Pizzicalaluna

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 11/05/2013 à 14:55

"Chez les libéraux on pratique la violence quotidiennement contre les travailleurs, y compris avec le soutien de la Loi qu'ils se sont votée, mais que ceux qu'ils exploitent se rebellent et là le glaive doit tomber."

C'est sûr, pousser les gens au suicide, c'est nettement moins grave que de casser un pot de fleurs ou un ordinateur ! A quand de vraies sanctions pour ces criminels indirects en col blanc ?

"Je remercie ces héros." Moi aussi. Mon grand-père en faisait partie.

"MAK, au mépris de toute honnêteté intellectuelle, ou par inculture économique, prétend que Front de gauche et Front national ont des points communs, notamment le même diagnostic économique. C'est évidemment tout à fait faux."

Oui, c'est ce que je lui ai reproché maintes fois (comme d'autres) sur d'autres billets, ce qui la décrédibilise d'emblée.

Le débat d'idée est constructif mais la propagande de désinformation est abjecte, c'est ce que je hais le plus. Quand on n'a que ça comme argument, c'est une marque de faiblesse, de peur, de malhonnêteté.

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11/05/2013, 16:02 Par Marie-Anne Kraft

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 11/05/2013 à 14:55

Robert, vous me voyez bien déçue. J'avais cru parler avec une personne intelligente, avec laquelle on pouvait débattre calmement.Je respecte votre point de vue différent mais vous ne respectez aucunement le mien et me prêtez des intentions et un comportement qui ne sont pas les miens.

Comment pouvez-vous m'accuser de manipulation sur les données capital/travail, alors que je n'ai fait que montrer la courbe des chiffres tels qu'ils sont et que je constate bien les pics et les creux selon les années, mes commentaires traduisent cette réalité sans intention de manipuler mais en nuançant votre propre constat qui est fait sur les années qui arrangent votre raisonnement ignorant aussi la compensation de la hausse des dividendes par la baisse des intérêts bancaires dans la valeur ajoutée depuis les années 1980, qui est essentielle pour comprendre la hausse de la part des dividendes. Ce qui peut être interprêté comme une manipulation de votre part. En fait vous êtes vexé qu'on vous contredise et n'acceptez pas la critique. Vous refusez d'admettre des points communs entre le Front de Gauche et le FN, sur la vision de la mondialisation, sur la question économique de la dette et sur l'Europe, qui pourtant sont évidents, car vous craignez l'assimilation globale (que pourtant je réfute).

Votre ton devient maintenant violent et insultant. Vous aimez la violence, cela vous anime et semble vous motiver. Pas moi. Quand à votre conclusion "MAK, comme le FN, considèrent que l'immigration constitue un problème", ce que je n'ai jamais dit ni pensé, elle se passe de tout commentaire.

Je venais de préparer le paquet pour vous envoyer mon livre, mais là je crois que ça n'est même plus la peine car le dialogue se ferme.

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11/05/2013, 18:58 Par Robert MASCARELL

en réponse au commentaire de Marie-Anne Kraft le 11/05/2013 à 16:02

Marie-Anne, vous êtes déçue, moi encore plus. Vous avez choisi de me traiter de harceleur, alors que les trois jours précédents vous vous félicitiez de la qualité de nos échanges. Je m’en félicitais, moi aussi. Mais il est bien clair, pour moi, que notre débat n’avait de sens, et n’a de sens que sans concession et dans le respect de chacun. Ce n’est pas incompatible.

Vous savez, ma formation juridique, mon habitude des prétoires, où je plaide bénévolement pour les salariés qui me confient la défense de leurs intérêts, via mon syndicat préféré, veut que chaque dire, chaque document, chaque témoignage, soit analysés quasiment mot à mot. Il en va de même des jugements rendus. Ils sont scrutés à la lettre par les parties au procès. Et si le juge oublie de motiver son jugement sur la moindre demande des parties, on peut lui opposer l’article 455 du Code de procédure civile, et obtenir la réouverture des débats pour obtenir la motivation.

Cette rigueur intellectuelle, je l’applique, le plus possible, dans les débats, oraux ou écrits, auxquels je participe. Je ne laisse aucun argument opposé sans réponse. J’en attends autant de mon interlocuteur, à partir du moment où mes propres arguments ou questions ont évidemment un lien avec le débat en cours.

Je vais vous prouver que je respecte votre point de vue et que je ne vous prête aucune intention, enfin presque. Même si vous vous laissez aller vous-même au jeu du procès d’intention, non à mon encontre, il est vrai, mais à celle des dirigeants du Front de gauche.

Qu’est-ce qui vous permet de dire que Mélenchon appelle à couper des têtes. Il appelle à la révolution citoyenne, dans le cadre démocratique, c’est-à-dire par les urnes, mais il est vrai en n’étant pas indifférent à la pression populaire, voire en la suscitant ? Qu’est-ce qui vous permet de dire qu’il veut attiser les mauvaises passions ? Jamais, un mot raciste n’est sorti de sa bouche. Qu’est-ce qui vous permet de dire que, pour arranger leur idéologie, les dirigeants du Front de gauche n’hésitent pas à mentir sur la réalité et les chiffres ? Vous ne le démontrez absolument pas.

Je tiens pour nul et non avenus les deux exemples que vous avez avancés dans votre précédente réponse, destinés à prouver la mauvaise foi des dirigeants du Front de gauche, puisque l’un repose sur un revirement de votre position d’un jour à l’autre et que le second repose sur une statistique que vous tronquez délibérément. J’y reviens dans le paragraphe suivant.

Vous êtes choquée que je vous accuse de manipulation sur les données capital/travail. Allez, je retire le mot manipulation, il n’en reste pas moins que vous avez une curieuse façon de commenter les statistiques officielles. Dans tout débat sur des statistiques qui se respecte, on part généralement des points les plus extrêmes et on analyse ce qui s’est passé entre. Cette méthode n’empêche pas de faire des points d’étapes. Dans notre espèce, les points extrêmes, ce sont 76 % en 1983 de salaire dans la valeur ajoutée, et la dernière statistique connue, en 2009, soit 66 %. Qu’au milieu, nous constations une stabilisation de la courbe depuis 1989, ne doit pas empêcher d’affirmer qu’entre son point le plus haut, en 1983 et la date la plus récente, les salaires ont reculé de 10 % dans son rapport au capital. Il n’y a là aucune manipulation à le dire.

En revanche, dussé-je vous faire un procès d’intention, je prétends qu’en prenant comme point de départ la stabilisation de la courbe, après qu’elle ait chuté brutalement, vous voulez faire accroire que les salariés n’ont pas été victimes du libéralisme. Il n’y a là aucune violence de ma part, juste le constat d’une présentation tendancieuse de votre part, comme de tous les libéraux.

Quant à votre affirmation sur la compensation de la hausse des dividendes par la baisse des intérêts bancaires dans la valeur ajoutée depuis les années 1980. C’est trop nébuleux pour moi. Expliquez-vous mieux.

Je veux bien admettre tous les points communs que vous voulez entre le Front de gauche et le FN. Mais il va vous falloir beaucoup d'imagination et surtout beaucoup de culture économique pour le prouver. A défaut que vous le démontriez sérieusement, je considère que votre propos n’est qu’une perfidie, un procès d’intention.

Vous êtes vexée que je vous dise que, comme pour le FN, l’immigration constitue pour vous un problème. Le mieux, pour nous départager, est que je vous cite : « Il y aurait aussi beaucoup à dire sur les impacts très négatifs qu’auraient sur notre économie et sur nos emplois certaines autres propositions du Front de Gauche, telles que : […..]
- l’immigration qui n’est soi-disant pas un problème (page 21 de l’Humain d’abord). C’est ce genre d’affirmation péremptoire non nuancée qui fait sans doute basculer les couches populaires de l’extrême gauche à l’extrême droite (40% du vote des ouvriers en faveur du FN).
»

Ah, j’ai oublié de vous dire que, si je suis devenu un juriste sur le tard, j’ai surtout été un journaliste, une grande partie de ma vie active.

Ma double casquette de juriste et de journaliste m’a habitué à une analyse très rigoureuse des textes et à une assez bonne pratique de notre langue. Si, pour fustiger le Front de gauche, vous écrivez que pour lui « l’immigration qui n’est soi-disant pas un problème », cela signifie, en bon français, qu’a contrario, pour vous l’immigration est un problème. Je veux bien vous accorder que vous avez mal maîtrisé votre plume, mais ne laissez pas entendre que j’ai fait preuve de malhonnêteté intellectuelle en analysant vos propos comme je l’ai fait.

Je ne suis ni violent, ni insultant, je ne suis que rigoureux dans l’analyse de vos textes et de vos idées. Le maximum que je puisse faire pour vous être agréable, c’est de considérer qu’une bonne partie de votre production, bourrée d’approximations, est une succession anormale de lapsus calami.

Vous me faites le procès de considérer que j’aime la violence. Non, j’aime la vérité sans fard, la rigueur intellectuelle. Même quand ça fait mal. Je combats les violences de votre système chéri et je suis solidaire de celles et ceux qui en sont victimes. Cela fait beaucoup de monde.

Pour conclure, je veux remercier Pizzicalaluna pour son blog posté ce 11 mai à 14h55. Son allusion aux agissements criminels des dirigeants de France Télécom illustre parfaitement la fin de mon propos. Le casier judiciaire de ceux-là est vierge, pas celui de Xavier Mathieux. Cherchez l’erreur !

Qu’avez-vous écrit, Marie-Anne, sur ces violences patronales ?

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11/05/2013, 19:23 Par Pizzicalaluna

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 11/05/2013 à 18:58

"Vous me faites le procès de considérer que j’aime la violence."

"Qui veut noyer son chien, l'accuse de la rage..."

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Nouveau 11/05/2013, 22:26 Par Marie-Anne Kraft

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 11/05/2013 à 18:58

Ah je comprends maintenant pourquoi vous êtes si procédurier !

Remarquez c'est aussi une tactique de rhétorique de préférer attaquer sans cesse sur la forme en pinaillant sur tel mot et en reformulant ce qu'on dit pour lui donner un sens différent, plutôt que répondre sur la question essentielle et faire ainsi diversion.

Admettez donc que JL Mélenchon a tort en disant qu'il ne faut pas rembourser la dette et que cette proposition aurait de graves conséquences, conduirait à la sortie de la France de l"euro et à une dévaluation importante qui aurait des répercussions désastreuses sur le pouvoir d'achat de tous à commencer par les plus défavorisés !

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12/05/2013, 21:13 Par Robert MASCARELL

en réponse au commentaire de Marie-Anne Kraft le 11/05/2013 à 22:26

Le maniement des épithètes masque généralement l’indigence de la pensée. Vous en êtes à les utiliser, libre à vous.

Je ne vous contredis pas sur la forme, mais quasi exclusivement sur le fond et sur des accusations graves que vous portez à l’encontre des dirigeants du Front de gauche, sans les prouver. Je ne reformule pas ce que vous écrivez, ni encore moins ne donne un sens différent à vos écrits. Je ne fais que les analyser selon les canons communément admis par les professionnels de la langue française.

Vous faire remarquer que, comme le Front national, vous considérez que l’immigration constitue un problème pour notre pays, ce n’est pas vous titiller sur la forme de vos écrits, ce sont les interpréter dans le respect rigoureux de notre langue et ensuite les contester sur le fond.

A votre différence, je ne vais pas me défiler. Je réponds donc à votre interpellation sur le remboursement de la dette.

Préalablement, je note que cette question vous obsède. Le sort des créanciers de la France paraît vous préoccuper plus que le sort du peuple français. Cette attention pour nos créanciers est très émouvante, tant pis si elle pourrait signifier pour nombre de Français(e)s modestes une aggravation de leurs conditions de vie et de travail, voire pire.

Mais qui sont ces créanciers ? 70 % résident à l’étranger, 30 % en France. Pour la totalité à l’étranger ce sont des fonds souverains, des magnats du pétrole, des fonds de pension et, pour l’essentiel, en France, ce sont des banques, des organismes d’assurances en particulier des caisses de retraite, des fonds d’investissements, et pour une petite partie des particuliers via des FCP, SICAV et assurances vies.

Maintenant, Marie-Anne, je vais vous rappeler quelques principes internationaux relatifs aux droits humains. Pour ce faire, je m’appuie sur les travaux du CADTM (comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde).

Un acte unilatéral de répudiation (et a fortiori de suspension) de la dette fondé sur la protection des droits humains ne saurait constituer une infraction susceptible d’engager la responsabilité de l’État. Un tel acte n’est pas arbitraire puisqu’il dispose d’une base légale : l’obligation pour l’État de respecter, protéger et promouvoir les droits humains.

Les principes directeurs sur la dette sont directement issus de textes déjà existants. On peut citer entre autres la Charte des Nations Unies de 1945, les deux Pactes internationaux de l’ONU du 19 décembre 1966 sur les droits humains, ratifiés par la France, la Convention de Vienne de 1969 sur le droit des Traités ou encore la Déclaration de l’ONU sur le droit au développement de 1986.

Selon l’article premier commun aux deux Pactes de 1966 : « Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. Pour atteindre leurs fins, tous les peuples peuvent disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, sans préjudice des obligations qui découlent de la coopération économique internationale, fondée sur le principe de l’intérêt mutuel, et du droit international. En aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance ».

En Europe, les diktats des marchés financiers, de la Commission européenne et du FMI nient le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Selon l’article 6 paragraphe 3 de la Déclaration des Nations Unies sur le droit au développement, « Les États doivent prendre des mesures pour éliminer les obstacles au développement résultant du non-respect des droits civils et politiques, ainsi que des droits économiques, sociaux et culturels ».

Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU affirme, dans sa résolution 20/10 du 18 juillet 2012, que le fardeau de la dette « compromet gravement la réalisation de tous les droits de l’homme » et que les politiques d’ajustement structurel imposées par les créanciers ont été un échec pour les pays débiteurs.

L’article 103 de la Charte de l’ONU, à laquelle les États membres des Nations Unies doivent impérativement adhérer, est sans ambiguïté : « En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord international, les premières prévaudront ». Parmi les obligations contenues dans cette Charte, on trouve notamment, aux articles 55 et 56, « le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et des conditions de progrès et de développement dans l’ordre économique et social […], le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion ». Cette Charte consacre également le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (article 1-2) et la coopération internationale pour le développement des peuples (article 1-3).

Toutes ces dispositions de la Charte destinées à protéger les droits humains priment donc sur les autres engagements pris par les États, parmi lesquels le remboursement des dettes, et aussi l’application des programmes d’austérité imposés notamment par le FMI, la Banque mondiale et la Commission européenne.

Pour la Commission du droit international de l’ONU : « L’impossibilité d’agir légalement [...] est la situation dans laquelle un événement imprévu et extérieur à la volonté de celui qui l’invoque, le met dans l’incapacité absolue de respecter son obligation internationale en vertu du principe selon lequel à l’impossible nul n’est tenu ».

La jurisprudence internationale reconnaît aussi de manière explicite cet argument, qui légitime la suspension du paiement de la dette à l’égard des créanciers publics (États, FMI, Banque mondiale…) et privés. Entre autres cas, citons la sentence arbitrale du 11 novembre 1912 prononcée par la Cour permanente d’arbitrage de La Haye dans l’« Affaire des indemnités russes ». Entre 1889 et 1912, la Turquie a traversé une grave crise financière qui l’a rendue incapable d’honorer ses remboursements envers la Russie tsariste. La Cour permanente d’arbitrage a reconnu le bien-fondé de l’argument de force majeure présenté par le gouvernement turc. La Cour a affirmé en effet que la force majeure est opposable aussi bien en droit international public que privé et précisé que « le droit international doit s’adapter aux nécessités politiques ». En effet, la force majeure se situe là où les intérêts fondamentaux de l’État sont en jeu et le respect des droits humains de sa population implique des décisions politiques fortes, comme le moratoire sur la dette avec gel des intérêts.

Enfin, pour en terminer avec le cadre juridique international relatif à notre débat sur le remboursement de la dette et revenir en France, je tiens à préciser que rien que pour les seules collectivités territoriales, le montant des prêts toxiques en France est estimé à 13,6 milliards, selon la Commission d’enquête parlementaire sur les produits à risque souscrits par les acteurs publics locaux. Après six mois de travail, cette Commission parlementaire, mise en place en juin 2011, a clairement identifié la responsabilité des banques (dont Dexia) qui ont conçu des prêts complexes, dangereux et non conformes à la réglementation ,qui interdit aux acteurs publics de spéculer sur les marchés.

Vous voyez donc, Marie-Anne, que le problème du remboursement de la dette publique ne se pose pas ex nihilo. Il s’agit donc de bien analyser le contenu de la dette, à la lumière des règles internationales, pour en déterminer la part remboursable et celle qui ne le sera pas. Quelques-uns de vos amis créanciers en souffriront peut-être. Tant pis.

Sans nous comparer aux Etats-Unis, eux peuvent fabriquer des dollars sans limite, voyez avec quelle désinvolture ils considèrent leur dette. Elle est le problème de leurs créanciers pas le leur. Regardez comment ils tiennent la Chine à leur merci.

Allez-vous encore vous défiler sur le problème de l’amnistie sociale et de la violence ?

Comme pour la dette, votre mode de raisonnement métaphysique, vous fait considérer la violence en soi, sans considération de contexte historique, social, politique, économique.

Sauf à ce que vous me démentiez. Pour cela, je vous repose mes deux questions : Estimez-vous que les Sans-culotte qui ont pris la Bastille le 14 juillet 1789 auraient dû être condamnés pour violences illégales, à la suite de leurs actes commis ce jour-là ? De la même façon, les auteurs des actes de résistance commis entre 1940 et 1945, au mépris des lois de la France mises en œuvre par Pétain et appliquées avec zèle par la grande majorité du patronat, devaient-ils être condamnés pour violences illégales ?

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12/05/2013, 22:25 Par Pizzicalaluna

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 12/05/2013 à 21:13

Merci pour ce rappel exhaustif, M. Mascarell.

A signaler également qu'une grande partie de la dette est la conséquence de cette fameuse loi du 3 janvier 1973 dite "Loi Pompidou-Rothschild" ou "Loi Pompidou-Giscard" qui obligea l'Etat à emprunter auprès des banques privées et donc à s'endetter :

"C’est le point aveugle du débat : la dette publique est une escroquerie ! En cause, la loi Pompidou-Giscard de 1973 sur la Banque de France, dite « loi Rothschild », du nom de la banque dont était issu le président français, étendue et confortée ensuite au niveau de l’Union européenne par les traités de Maastricht (article 104) et Lisbonne (article 123). D’une seule phrase découle l’absolue spoliation dont est victime 99% de la population : « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France« . En clair, la Banque de France a désormais interdiction de faire crédit à l’État, le condamnant à se financer en empruntant, contre intérêts, aux banques privées, au lieu de continuer à emprunter sans intérêt auprès de la banque de France qui lui appartient. Depuis l’application de ce principe, la finance et son infime oligarchie donnent la pleine mesure de leur asservissement des peuples, en une spirale exponentielle d’accroissement des inégalités. Le pouvoir est désormais aux mains des créanciers privés, qui l’exercent au bénéfice exclusif d’intérêts particuliers, quand la puissance publique a renoncé à son devoir de protéger l’intérêt général. La démocratie, étymologiquement pouvoir du peuple, est morte. On le voit en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, en France… Qui gouverne ? « La troïka », Union européenne, Fond monétaire international et Banque centrale européenne, resserrant toujours davantage son emprise jusqu’à l’étranglement des peuples. Et l’on pérore sans fin sur les plateaux de télévisions, sur les ondes et dans les colonnes de la presse sur « l’insupportable fardeau de la dette », « la France en faillite », « les nécessaires sacrifices », que « nous ne pouvons pas continuer à vivre au-dessus de nos moyens » et que, d’ailleurs, « les Français l’ont compris ». Inlassable propagande des conservateurs-libéraux ? Bien sûr, mais relayée par le silence complice des médias. Et c’est ainsi que s’imposent dans l’opinion les apparentes évidences biaisées qui prétendent l’austérité inéluctable, contre la justice et l’intelligence. Deux ans d’austérité en Grèce déjà, pour quel résultat ? Avec toujours la même justification simpliste et manipulatrice, résumée par la question posée par un journaliste d’Europe 1 à Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle : »Mais comment des pays européens endettés peuvent-ils faire autrement pour réduire leurs déficits ? »

Un graphique pour illustrer le propos, qui montre l’hallucinante évolution de la courbe de la dette publique.

« Ainsi, entre 1980 et 2008, la dette a augmenté de 1088 milliards d’euros et nous avons payé 1306 milliards d’euros d’intérêts », résume Mai68.org. Faisons la soustraction : sans les intérêts illégitimes encaissés par les banksters financiers privés, la dette publique française se serait élevée, fin 2008, à 21,4 milliards d’euros – au lieu de 1327,1 milliards ! Un escroc peut-il rêver pareil butin ? Et personne ne dénonce jamais ce scandale absolu ! A part Mélenchon et l’extrême droite – qui ne le fait que par opportunisme, étant entendu qu’elle a toujours été au service zélé du capitalisme libéral et ne remettra donc jamais en cause son empire… Mais les éminents confrères ? Les Calvi, Barbier, Demorand, Joffrin, Apathie, Bourdin, Pujadas ou qui savons-nous encore ? Ceci ressemble bien à une omerta. Et à une honteuse trahison de leur mission d’informer."

http://www.plumedepresse.net/lescroquerie-de-la-dette-publique-signe-la-mort-de-la-democratie-lincroyable-cecite-volontaire-des-medias/

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12/05/2013, 22:41 Par Robert MASCARELL

en réponse au commentaire de Pizzicalaluna le 12/05/2013 à 22:25

Merci Pizzicalaluna.

Je m'en veux d'avoir oublié la loi Pompidou-Rotschild de janvier 1973. Pour le reste, l'enrichissement que vous avez fait de mon commentaire est tout simplement génial. Je vais me le mettre bien au chaud dans ma documentation.

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12/05/2013, 22:37 Par Pizzicalaluna

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 12/05/2013 à 21:13

Que pense également Mme Kraft de la différence de traitement entre l'Allemagne et la Grèce (ou les autres "PIGS") en ce qui concerne le remboursement de la dette ?

"Allemagne-Grèce : deux poids, deux mesures - Voici 60 ans, l’annulation de la dette allemande

...A la différence de ce qui s’était passé à l’issue de la première guerre mondiale, les puissances occidentales ont voulu après la seconde guerre mondiale éviter de faire peser sur l’Allemagne le poids de remboursements insoutenables car elles ont considéré qu’ils avaient favorisé l’accession du régime nazi au pouvoir. Les puissances occidentales voulaient également une Allemagne de l’Ouest forte économiquement (mais désarmée et occupée militairement) face à l’Union soviétique et ses alliés. Rien de tel n’est de mise avec la Grèce et les autres pays de la Périphérie au sein de l’Union européenne.

Pour atteindre cet objectif, non seulement le fardeau de la dette a été très fortement allégé et des aides économiques sous forme de dons ont été octroyées à l’Allemagne, mais surtout on lui a permis d’appliquer une politique économique tout à fait favorable à son redéploiement. Les grands groupes industriels privés ont pu se consolider, ceux-là mêmes qui avaient joué un rôle clé dans l’aventure militaire de la première guerre mondiale, dans le soutien aux nazis, dans le génocide des peuples juifs, tsiganes…, dans la spoliation des pays occupés ou annexés, dans la production militaire et l’effort logistique gigantesque de la seconde guerre mondiale. L’Allemagne a pu développer d’impressionnantes infrastructures publiques, elle a pu soutenir ses industries afin de satisfaire la demande locale et de conquérir des marchés extérieurs. L’Allemagne a même été autorisée à rembourser une grande partie de sa dette dans sa monnaie nationale. Pour rendre cela concret, il suffit de réfléchir à la situation qui a suivi l’accord de Londres de 1953. L’Allemagne rembourse par exemple à la Belgique et à la France une partie de ses dettes de l’entre deux guerres en deutsche marks. Ces deutsche marks qui n’avaient pas d’intérêt dans les échanges avec le reste du monde, Belges et Français ont essayé de s’en débarrasser rapidement en achetant des marchandises et des équipements fournis par l’économie allemande et contribué à refaire de l’Allemagne une grande puissance exportatrice..."

Suite de cet excellent article : http://cadtm.org/Allemagne-Grece-deux-poids-deux

La communauté européenne n'est pas gênée par l'accession au pouvoir des nazis de l'Aube Dorée en Grèce, là aussi, deux poids, deux mesures.

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13/05/2013, 09:42 Par Vivre est un village

en réponse au commentaire de Pizzicalaluna le 12/05/2013 à 22:37

Allemagne 1953 / Grèce 2010-2012

Si nous risquons une comparaison entre le traitement auquel la Grèce est soumise et celui qui a été réservé à l’Allemagne après la seconde guerre mondiale, les différences et l’injustice sont frappantes. En voici une liste non-exhaustive en 11 points :
1.- Proportionnellement, la réduction de dette accordée à la Grèce en mars 2012 est infiniment moindre que celle accordée à l’Allemagne.
2.- Les conditions sociales et économiques qui sont assorties à ce plan (et à ceux qui ont précédé) ne favorisent en rien la relance de l’économie grecque alors qu’elles ont contribué largement à relancer l’économie allemande.
3.- La Grèce se voit imposer des privatisations en faveur des investisseurs étrangers principalement alors que l’Allemagne était encouragée à renforcer son contrôle sur les secteurs économiques stratégiques, avec un secteur public en pleine croissance.
4.- Les dettes bilatérales de la Grèce (vis-à-vis des pays qui ont participé au plan de la Troïka) ne sont pas réduites (seules les dettes à l’égard des banques privées l’ont été) alors que les dettes bilatérales de l’Allemagne étaient réduites de 60% ou plus. Sans oublier les réparations de guerre reportées à une date indéterminée.
5. - La Grèce doit rembourser en euros alors qu’elle est en déficit commercial (donc en manque d’euros) avec ses partenaires européens (notamment l’Allemagne et la France), tandis que l’Allemagne remboursait l’essentiel de ses dettes en deutsche marks fortement dévalués.
6. - La banque centrale grecque ne peut pas prêter de l’argent au gouvernement grec alors que la Deutsche Bank prêtait aux autorités allemandes et faisait fonctionner (certes modérément) la planche à billets.
7. - L’Allemagne était autorisée à ne pas consacrer plus de 5% de ses revenus d’exportation au paiement de la dette alors qu’aucune limite n’est fixée dans le cas actuel de la Grèce.
8. - Les nouveaux titres de la dette grecque qui remplacent les anciens dus aux banques ne sont plus de la compétence des tribunaux grecs, ce sont les juridictions du Luxembourg et du Royaume-Uni qui sont compétentes (et on sait combien elles sont favorables aux créanciers privés) alors que les tribunaux de l’Allemagne (cette ancienne puissance agressive et envahissante) étaient compétents.
9. - En matière de remboursement de la dette extérieure, les tribunaux allemands pouvaient refuser d’exécuter des sentences des tribunaux étrangers ou des tribunaux arbitraux au cas où leur application menaçait l’ordre public. En Grèce, la Troïka refuse bien sûr que des tribunaux puissent invoquer l’ordre public pour suspendre le remboursement de la dette. Or, les énormes protestations sociales et la montée des forces néo-nazies sont directement la conséquence des mesures dictées par la Troïka et par le remboursement de la dette. Malgré les protestations de Bruxelles, du FMI et des « marchés financiers » que cela provoquerait, les autorités grecques pourraient parfaitement invoquer l’état de nécessité et l’ordre public pour suspendre le paiement de la dette et abroger les mesures antisociales imposées par la Troïka.
10.- Dans le cas de l’Allemagne, l’accord établit la possibilité de suspendre les paiements pour en renégocier les conditions si survient un changement substantiel limitant la disponibilité des ressources. Rien de tel n’est prévu pour la Grèce.
11.- Dans l’accord sur la dette allemande, il est explicitement prévu que le pays puisse produire sur place ce qu’il importait auparavant afin d’atteindre un superavit commercial et de renforcer ses producteurs locaux. Or la philosophie des accords imposés à la Grèce et les règles de l’Union européenne interdisent aux autorités grecques d’aider, de subventionner et de protéger ses producteurs locaux, que ce soit dans l’agriculture, l’industrie ou les services, face à leurs concurrents des autres pays de l’UE (qui sont les principaux partenaires commerciaux de la Grèce).

On pourrait ajouter que l’Allemagne, après la seconde guerre mondiale, a reçu des dons dans une proportion considérable, notamment, comme on l’a vu plus haut, dans le cadre du Plan Marshall.

Depuis 2010, dans les pays les plus forts de la zone euro, la plupart des dirigeants politiques, appuyés par les médias dominants, vantent les mérites de leur supposée générosité à l’égard du peuple grec et d’autres pays fragilisés de la zone euro qui font la une de l’actualité (Irlande, Portugal, Espagne…). Dans ce contexte, on appelle « plans de sauvetage » des mesures qui enfoncent encore un peu plus l’économie des pays qui les reçoivent et qui contiennent des reculs sociaux inédits au cours des 65 dernières années en Europe. S’y ajoute l’arnaque du plan de réduction de la dette grecque adopté en mars 2012 qui implique une réduction des créances dues par la Grèce aux banques privées de l’ordre de 50% |6| alors que ces créances avaient perdu entre 65 et 75% de leur valeur sur le marché secondaire. La réduction des créances des banques privées est compensée par une augmentation des créances publiques aux mains de la Troïka et débouche sur de nouvelles mesures d’une brutalité et d’une injustice phénoménales. Cet accord de réduction de la dette vise à enchaîner définitivement le peuple grec à une austérité permanente, il constitue une insulte et une menace pour tous les peuples d’Europe et d’ailleurs. Selon les services d’étude du FMI, en 2013, la dette publique grecque représentera 164% du Produit intérieur brut, c’est dire que la réduction annoncée en mars 2012 n’aboutira pas à un allègement réel et durable du fardeau de la dette qui pèse sur le peuple grec.

Pour voir une véritable solution au drame de la dette et de l’austérité, il faudra encore de puissantes mobilisations sociales en Grèce et dans le reste de l’Union européenne ainsi que l’accession au pouvoir d’un gouvernement du peuple à Athènes. Il faudra un acte unilatéral de désobéissance provenant des autorités d’Athènes (soutenues par le peuple), telles la suspension du remboursement et l’abrogation des mesures antisociales, pour forcer les créanciers à des concessions d’envergure et imposer enfin l’annulation de la dette illégitime. La réalisation à une échelle populaire d’un audit citoyen de la dette grecque doit servir à préparer le terrain.

Source : http://cadtm.org/Allemagne-Grece-deux-poids-deux

Un grand merci pour ce partage d'inforamtion.

A bientôt.

Amitié.

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13/05/2013, 10:25 Par Robert MASCARELL

en réponse au commentaire de Vivre est un village le 13/05/2013 à 09:42

Qu'il fait bon vivre dans votre village. Merci

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14/05/2013, 09:34 Par Vivre est un village

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 13/05/2013 à 10:25

Un grand merci pour ce compliment qui, tout simplement, me fait très plaisir.

A bientôt.

Amitié.

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12/05/2013, 02:41 Par p.adrien

en réponse au commentaire de Marie-Anne Kraft le 11/05/2013 à 16:02

deux précisions sur deux chiffres que vous présentez à l'appui de vos thèses :

1) le rapport des revenus capital travail ; le sujet a été ardemment debattu dans la revue "economie politique". Dans ce sujet, il ne faut pas oublier que la proportion de salariés a fortement augmenté sur les 50 dernières années. Il faut donc corriger les chiffres par cette proportion pour juger de l'évolution de ce rapport, et on confirme alors que les salariés ont largement perdu depuis 30 ans, meme en intégrant les interets bancaires. Par ailleurs, je ne sais pas de quelles courbes vous parlez, mais dans celles que j'ai vu, les profits des institutions financières ne sont pas pris en compte.

2) les marges des entreprises françaises sont basses. On rejoint ici le problème de l'externalisation. Depuis les années 70, les grandes entreprises ont externalisés en masse vers des PME créées pour l'occasion, et plus récemment vers l'étranger à bas cout. La mise en concurrence forcenée de ces sous-traitants a effectivement permis d'effondrer leur marges pour le plus grand bénéfice des donneurs d'ordre. Mais les marges des multinationales, elles, sont très largement préservées. Ce mécanisme sert à augmenter la pression sur les salariés (et les collectivités au passage) en maitrisant le risque social : si les salariés font grève ou ont des exigences salariales trop importantes, le sous traitant fait faillite, on monte une autre boite et on réembauche les moins exigeants. D'où le mythe des PME qui créent l'emploi (totalement faux, car elles en détruisent tout autant 3 ans plus tard...).

D'où également les propositions qui trainent ici ou là de consolider d'autorité le sous traitant avec le donneur d'ordre quand il en dépend à plus de 80%.

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12/05/2013, 13:13 Par Pizzicalaluna

en réponse au commentaire de p.adrien le 12/05/2013 à 02:41

"D'où également les propositions qui trainent ici ou là de consolider d'autorité le sous traitant avec le donneur d'ordre quand il en dépend à plus de 80%."

Externalisation, sous-traitance engendrent précarité et permettent aux grandes entreprises de ne pas s'acquitter des cotisations sociales.

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11/05/2013, 13:35 Par OLChantraine

Tout votre projet politique est dans votre dernier paragraphe:

(... Paul Valéry disait:)

« Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l’opinion. »

Le paragraphe juste au-dessus détaille les composants de cet accouplement et cet engendrement:

"Une "nouvelle" majorité correspondant à une politique cohérente et réaliste serait plutôt une majorité centrale, qui réunirait 50% du PS (aile social-démocrate) et même 50% des écologistes EELV (alors que 50% se rapprochent du Front de Gauche), le centre (Modem) et 50% de l'UMP-UDI (droite républicaine et sociale), sur des priorités et orientations majeures sur l'Europe, l'assainissement des finances publiques, une stratégie industrielle promouvant les entreprises, la moralisation de la vie politique, sans sacrifier l'écologie ni la justice sociale."

Bref on réunit les socialistes sans idéal, les verts apolitiques, le centre ni trop adroit, ni trop gauche et les UMP-UDI qui ne prient pas dans la rue et ne pratiquent pas le tabassage de pédé, on met les affaires au poste de cammandement et on jette un voile sur les arrangements, les dégâts et la casse sociale. Ca fait une "opinion" majoritaire".

Arthur Adamov a décrit le genre de politique qui mettrait en oeuvre une telle opinion et le leader qui tirerait son pouvoir: relire "M. le Modéré".

D'autre part, votre coalition de modérés fait une "majorité"... et vous ne vous demandez à aucun moment dans quel système politique cette majorité oeuvrerait.

Or il est clair que s'il n'y a pas de changement institutionnel les contremaîtres issus de cette majorité seront aux ordres de la direction, c'est à dire de la commission européenne et ses directives anti sociales et anti démocratiques.

L'absence de réflexion sur les institutions signe l'idéologie politique de votre proposition: poursuivre en l'aggravant la marche visiceuse de la 5° république, au service des marchés, aux ordres de la technocratie supranationale, dite "européenne".

C'est bien un projet de droite. Vous espérez y rallier 50% des socialistes. L'histoire nous dira si c'est possible. Pour l'instant il y a déjà dans ce projet 99% du gouvernement. (le 1% restant c'est la zone De doute chez Montebourg et les VERTS).

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12/05/2013, 22:23 Par Robert MASCARELL

en réponse au commentaire de OLChantraine le 11/05/2013 à 13:35

D'accord avec vous Chantraine. Je vais même un peu plus loin que vous : ce n'est pas la commission européenne, ni Merkel qui dirigent l'Europe, ce sont les grands groupes capitalistes mondialisés.

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13/05/2013, 17:47 Par OLChantraine

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 12/05/2013 à 22:23

C'est ce que je dis: au service des marchés, sous les ordres de la technocratie...

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11/05/2013, 19:38 Par Collette et Jean

-ce que j'aime chez MAK ? -les réponses qu'elle provoque !

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12/05/2013, 13:56 Par Pizzicalaluna

L'idéologie bayrouiste me fait penser à celle des patrons paternalistes du XIXe s., grands bourgeois qui se donnent bonne conscience avec un zeste de charité chrétienne.

On redistribue quelques miettes à ses employés pour qu'ils soient en forme pour travailler et n'aient pas envie de se rebeller, mais il n'y a aucune remise en cause des rapports de classes ni du capitalisme mortifère pour le peuple, car cela irait à l'encontre des intérêts de leur caste.

M. Bayrou aime certainement la France mais pas les Français, sinon, il ne serait pas d'accord avec un ANI qui détricote les droits du travail durement acquis et qui va encore plus précariser les gens.

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14/05/2013, 12:59 Par jeremiechayet

Merci pour votre patience Mr Mascarell.

MAK qui se dit humaniste, oeuvre contre ce camp, et probablement de manière sincère.

Plus simplement, l'humanité, malgré l'augmentation de sa population, s'est enrichie de manière exponentielle depuis deux siècles. Et notamment par un accès à l'energie peu chère. Quelle tristesse de voir que dans cette période d'oppulence si peu de progrès ont été fait. Que va-t'il advenir avec l'association crise énergétique-crise climatique ? Difficile d'être optimiste.

Car tous ceux qui en continue, du soir au matin, et même la nuit, nous enfonce dans le crâne que ce qui compte c'est la création de richesses ne le font que dans un seul but: éviter de répondre à la question de sa répartition. L'exemple même de ce billet.

Les partageux

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14/05/2013, 14:56 Par Robert MASCARELL

Chers amis Collette et Jean, Gonetoufar, Jeremiechayet, Olchantraine, Pizzicalaluna, P.Adrien, Vivre est un village, avez-vous remarqué que Marie-Anne est devenue soudainement muette.

L'avalanche de statistiques et données incontestables l'a amuïe.

Un vieil adage français dit : "Qui ne dit mot consent". Si MAK est intellectuellement honnête, elle devrait être plus prudente dans sa défense du libéralisme et de cette Europe, voire devenir très critique. Mais l'inverse est malheureusement possible.

Soyons patients. Ses prochaines productions vont nous éclairer.

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14/05/2013, 17:58 Par Marie-Anne Kraft

Message à ceux qui me trouvent "silencieuse" :

- je ne blogue pas quand je suis au boulot, et ça m'arrive aussi d'être prise en soirée, donc je ne suis pas en permanence sur Mediapart à bloguer ;

- de plus vous m'assaillez de questions qui débordent largement le sujet (lutte des classes, violense ces Sans-culottes ou autre révolutionnaires, etc.) sans même avoir répondu à ma question au coeur du billet (propositions peu crédibles), telles que : quelles seraient les conséquences d'un non remboursement de la dette ? Selon moi cela signifierait une sortie de l'euro, l'incapacité à trouver de nouveaux prêteurs pour la suite (sauf si on ne fait plus de déficit primaire), que ce soit des investisseurs ou la BCE. J'ai aussi décrit les risques de création monétaire par financement de la dette à taux zéro par la banque centrale, si elle n'est pas modérée et contrôlée (inflation et impact sur baisse de pouvoir d'achat des gens). J'ai ouvert ce débat et personne n'y réponds.

J'ai donc l'impression que ces questions servent à faire diversion tout en me harcelant, avec de plus l'effet de meute, pour m'avoir à l'usure. C'est agressif, sur un registre affectif et idéologique, difficilement compatible avec un débat constructif et basé sur la raison. Beaucoup d'abonnés ont fini par quitter Mediapart à cause de cela. Et toutes ces insultes, toutes les intentions qu'on me prête, me désignant "néolibérale" alors que je déplore les dérives de la financiarisation extrême de l'économie et du manque de régulation (cf mon livre), ou encore me faisant dire que l'immigration est un problème parce que j'ai pointé le déni du Front de Gauche qui dit que l'immigration n'est pas un problème.

C'est donc très fatiguant et j'ai en plus l'impression de perdre mon temps, avec des gens qui ne veulent pas écouter ni débattre calmement. Ce n'est pas en ayant un tel comportement qu'ils vont me convaincre mais au contraire, ce ton haineux que je ressens dans leurs propos me rappelle décidément celui que je trouve chez les militants du FN, cela ne donne vraiment pas envie. J'en resterai donc là. Je ferme les commentaires.

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DEVANT LA FERMETURE DES COMMENTAIRES PAR MAK, LA REPONSE QUI SUIT FIGURE DANS LES COMMENTAIRES DE L’ARTICLE ODIS : une démarche et une méthode pour appliquer la démocratie participative publié le 09/05/13 par MAK

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15/05/2013, 00:28 Par Robert MASCARELL

Vous avez fermé vos commentaires sur votre article consacré à Mélenchon. Je réponds donc à votre dernier blog figurant à la fin de tous les commentaires à cet article, dans cet article :

Pas de problème, le motif de votre silence est non seulement recevable, mais il est honorable.

Vous vous dites assaillie de questions hors-sujet par rapport à votre billet, mais c’est totalement faux.

Quand vous osez défendre que les syndicalistes ne doivent pas être amnistiés, parce qu’ils auraient commis des violences, il me paraît naturel de vous demander de réagir à d’autres violences survenues tout au long de notre histoire.

En bonne métaphysicienne, vous envisagez la violence en soi. Si donc vous êtes cohérente avec votre philosophie étroite, vous devez condamner toutes les violences, y compris celles que le peuple français a dû utiliser pour se libérer de la domination injuste qu’il subissait avant le 14-Juillet 1789, ou celle que les Résistants ont opposé aux pétainistes et aux nazis.

Je ne vois pas en quoi, vous poser cette question constituerait une agression ou un harcèlement. Ou alors, vous êtes trop fragile pour faire de la politique.

Maintenant, j’en viens à ce que vous appelez la question au cœur de votre billet : Qu’adviendrait-il, si nous ne remboursions pas notre dette ? Je vais donc aller plus loin que ce que je vous ai déjà répondu.

Le dialecticien (au sens philosophique) que je suis, vous dit : quand il y a dette :

1/ Il faut analyser les contextes juridique, politique et économique dans lesquels ont été contractés les emprunts.
2/ Il faut faire l’inventaire de la dette et de son contenu.
3/ Il faut analyser qui sont les créanciers.

Le contexte juridique veut que depuis janvier 1973, la France ne puisse plus emprunter directement auprès de la Banque centrale de France. Depuis février 1992, cette interdiction a été étendue à tous les pays membres de la communauté européenne. Les Etats doivent donc emprunter auprès des banques privées (dénommées marché secondaire). Si bien qu’au lieu d’emprunter à taux zéro, notre pays est obligé de payer des intérêts aux banques privées, surenchérissant considérablement sa dette.

Le contexte politique veut que, depuis 2007, notre pays soit enfermé dans le carcan du traité de Lisbonne, copie conforme du traité constitutionnel européen rejeté par le peuple français par référendum en mai 2005.

Le contexte économique veut que notre pays soit enfermé dans le carcan du traité de Lisbonne, faisant du principe de la concurrence libre et non faussée l’alpha et l’oméga des relations économiques entre Etats, aussi bien européens qu’extra-européens. Avec un tout petit bémol, toutefois, si la concurrence est bien libre, elle est en revanche totalement faussée.

De plus, il paraît totalement impensable que l’Europe fonctionne sur le principe de la concurrence entre ses membres. Un peu comme si la Bretagne entrait en concurrence avec l’Auvergne.

Le contenu de la dette doit évidemment être analysé très minutieusement. Je soupçonne que notre pays ait contracté des emprunts pour faire face à des investissements ou à des dépenses contraires à l’intérêt du peuple. En tout cas, cela mérite d’être regardé de près et au grand jour.

En ce qui concerne les créanciers, il y a lieu de distinguer les créanciers français provenant de l’épargne populaire, de l’ensemble des autres créanciers aux intentions le plus souvent spéculatrices.

Il va de soi que, si vous, vous ne vous placez que du point de vue des créanciers, les antilibéraux de mon espèce, dont le Front de gauche, se placent du point de vue des intérêts du peuple. Il est donc inconcevable qu’au prétexte de rembourser la dette nous mettions en cause le modèle social français. Tout devra même être fait pour l’améliorer. Cela passe, principalement, par une meilleure répartition des richesses et par une lutte implacable contre toutes les formes de précarité.

Je vous devine verte de rage. L’Europe n’acceptera jamais une telle évolution. Les Français les plus fortunés s’enfuiront, les entreprises se délocaliseront, les investisseurs étrangers nous fuiront. Bref l’apocalypse nous est promise.

Et là, je vous dis que vous avez raison. Tout cela adviendra effectivement si nous ne faisons pas de politique. Mais qu’est-ce que faire de la politique ? C’est bien mesurer le poids de la France dans le monde et dans l’Europe.

Les antilibéraux ne sont pas des pleurnichards, dénigrant systématiquement leur pays. Sans la France, l’Europe ne peut fonctionner. Sans la France, l’Espagne et le Portugal sont coupés de l’Europe. Sans l’Europe, l’Allemagne perd une grande partie de ses débouchés. Tient, cela ressemble à un syllogisme. Des dirigeants politiques dignes de ce nom doivent toujours avoir ces données dans l’esprit.

Tout cela fait que la France n’a aucune raison de s’en laisser conter par l’Allemagne et la Commission européenne antidémocratique. Elle a même les moyens d’exiger que les relations entre tous les membres de l’Europe soient fondées sur la coopération économique et non sur la concurrence. Qu’ainsi tout soit fait pour avancer vers l’harmonisation vers le haut des règles sociales, fiscales et environnementales. Tous les échanges commerciaux avec le reste du monde devront se faire sur la base de la réciprocité absolue des mêmes règles. Quant à la Banque centrale européenne, il est bien clair qu’elle devra prêter directement aux Etats membres, au même taux que celui consenti aujourd’hui aux banques privées.

Vous dites, le prêt direct à taux zéro ou proche aux Etats membres par la BCE provoquera de l’inflation. Je suis donc allé voir la courbe de l’inflation de la France, avant la loi Rothschild de janvier 1973, interdisant que la Banque centrale de France prête à l’Etat, et après 1973.

Hormis l’année 1958, où l’inflation a été de 15,2 %, toutes les autres années l’inflation a oscillé entre – 1,8 % en 1953 et au maximum 6,5 % en 1969. En 1972, il était de 6,2 %.

Dès 1973, après la loi Rothschild, le taux de l’inflation est monté à 9,2 %. Il a culminé à 13,7 % en 1974. Ce n’est qu’à partir de 1985 que le taux de l’inflation (5,8 %) est descendu plus bas qu’avant 1973.

Votre crainte est donc démentie par les faits.

Mais, vous dites-vous, jamais les autres pays n’accepteront de telles exigences. Qu’à cela ne tienne, la France devra se comporter comme Magie Thatcher, en son temps. Tient, c’est la première et la dernière fois que je suis thatchérien.

Et puis, il y a des sources de débouchés pour notre pays, totalement inexplorées aujourd’hui. Au sud de la Méditerranée, il y a de quoi faire. De plus, qu’est-ce qui empêche que notre pays se fournisse en pétrole auprès du Vénézuéla ? Et la Bolivie, elle est riche en lithium et en terres rares. Et, la plus grande partie de l'Amérique latine, qui s’éloigne des Etats-Unis, elle ne demande qu’à multiplier les échanges commerciaux.

Quant aux Français qui voudraient fuir, j’ai déjà eu l’occasion de vous dire que l’on pourrait s’inspirer de la manière de faire des Etats-Unis avec ses nationaux. Pour les fraudeurs fiscaux et les paradis du même nom, j’ai déjà eu l’occasion de vous dire comment les traiter.

Bref, ce qui manque le plus à notre pays ce sont des femmes et des hommes résolus, soucieux de marier l’intérêt national et son ancrage dans une Europe sociale. Ces dirigeants, je ne les entends que dans la gauche antilibérale, pas au MODEM et au PS. Encore moins à l’UMP. Ces trois familles politiques imposent honteusement le traité de Lisbonne aux Français.

Je n’ai jamais dit de vous que vous étiez néolibérale, libérale suffit. Je ne sache pas que ce soit une insulte. Je vous combats politiquement, dans le cadre démocratique.

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10/05/2013, 12:05 Par Pizzicalaluna

en réponse au commentaire de Robert MASCARELL le 10/05/2013 à 00:28

Merci, monsieur, pour toutes vos contributions si bien argumentées.

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Marie-Anne Kraft 19/05/2013 22:21

Ecoutez Robert, j'ai certes du mal à tenir votre rythme et à lire vos (trop) longs commentaires en répondant à vos questions qui se font sans cesse plus nombreuses. Mais je n'entrerai pas dans le pinaillage d'arguments qu'on peut présenter sous un angle ou un autre. Avant 1973, nous n'avions pas tous ces déficits de fonctionnements, qui se sont confirmés après les années 1980 et donc il est normal qu'il n'y ait pas eu de création monétaire engendrant de l'inflation. D'où votre argument démontrant qu'à l'époque il n'y avait pas beaucoup d'inflation. Vous n'arriverez pas à me convaincre là-dessus. Et oui, il est prouvé que le financement par la Banque centrale génère de la création monétaire et que celle-ci est génératrice d'inflation, qui elle-même touche non seulement les épargnants mais surtout les classes moyennes et défavorisées en rognant fortement leur pouvoir d'achat.
Néanmoins je comprends votre révolte et souscris aux sources de dysfonctionnement d'un système capitaliste financiarisé basé sur les valeurs de l'argent, reléguant au second plan les valeurs humaines, et c'est bien le thème de mon livre. Cependant, je ne suis pas favorable à une révolution violente mais à une révolution "copernicienne" pour remettre l'homme au centre en misant sur la conscience et la responsabilité citoyenne, sur la transformation de la société en redonnant le pouvoir au citoyen "consom'acteur", dans la ligne de pensée d'Edgar Morin.

Pizzicalaluna 28/05/2013 11:40

Et avec la création du statut d'auto-entrepreneur, les employeurs s'en donnent à coeurs joie, obligeant les employés à le prendre illégalement pour ne pas les embaucher en CDI !

Robert Mascarell 23/05/2013 10:15

La fraude prend aussi la forme de sous-déclarations d'heures de travail, notamment pour nombre de contrat de travail dits à temps partiel, mais qui sont en fait à temps plein.

Robert Mascarell 22/05/2013 23:21

@Pizzicalaluna

Je suis évidemment d'accord avec vous. Dans mon activité de défenseur bénévole des salariés, j'atteste que la fraude sociale est un sport très répandu chez les employeurs, sous la forme d'heures supplémentaires non rémunérées ou, pire, sous la forme de salariés non déclarés. Le Code du travail verrouille très mal ces comportements délictueux. Et par-dessus le marché, la justice est malheureusement trop complaisante avec ces patrons voyous.

Pizzicalaluna 22/05/2013 16:14

@Marie-Anne
"Avant 1973, nous n'avions pas tous ces déficits de fonctionnements, qui se sont confirmés après les années 1980 et donc il est normal qu'il n'y ait pas eu de création monétaire engendrant de l'inflation. D'où votre argument démontrant qu'à l'époque il n'y avait pas beaucoup d'inflation. Vous n'arriverez pas à me convaincre là-dessus."

Mais comment n'arrivez-vous pas à comprendre que tous ces déficits viennent justement des intérêts bancaires illégitimes suite à cette loi de 73 ? Si M. Mascarell ne réussit pas à vous convaincre, les chiffres des graphiques sont pourtant éloquents.

Pizzicalaluna 22/05/2013 16:06

"L’inflation c’est la vie. L’austérité c’est la tristesse."
J'irai plus loin, l'austérité, c'est la misère, la maladie et la mort. C'est aussi ce qui favorise la montée des fascismes. Voir la situation en Grèce.

"Il faut mener prioritairement la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, et contre les paradis fiscaux. Il y a là les milliards qui nous font défaut."
Et également contre la fraude sociale à grande échelle des entreprises avec les CDD à répétition, le travail dissimulé sous de faux statuts. Je pense qu'il y a là aussi quelques milliards de cotisations sociales à récupérer.

Marie-Anne Kraft 18/05/2013 17:48

Cher Robert,

Connaissez-vous la copie des liens internet ? Cela évite de faire un copier-coller de tout un article et ses commentaires, d'autant que les blogs de Mediapart sont en accès public.

Une précision : je ne suis pas une "dirigeante" du MoDem, mais juste une conseillère nationale (élue), membre du Conseil National, qui représente le parlement du MoDem.

Si la conversation est devenue de plus en plus tendue, il me semble que c'est de votre fait et non du mien. Si j'ai dit que je me sentais "harcelée" avec toutes vos questions, je ne vous ai pas traité de "harceleur", mais vous auriez dû comprendre que votre comportement ne permettait pas de débattre sereinement. Et cela m'a bien déçue car je recevais en effet vos arguments, je ne les réfutais pas mais faisait remarquer qu'ils donnaient un autre éclairage au sujet, intéressant. Cependant, même en minimisant "l'énormité" du niveau de la dette, votre argument ne la rendait pas plus remboursable pour autant, ni ne minimisait les risques à ne pas la rembourser. Rappelons quand même que cette dette est due à une cumul de déficits de fonctionnement (dont les déficits sociaux de sécurité sociale et de retraites), gonflés par des intérêt financiers, et non à des investissements qui auraient au moins l'avantage de bénéficier aux générations futures. Ils sont donc scandaleux et pourtant légaux car ont été votés par le Parlement. Si on oppose l'argument de l'inanité de la loi de 1973 qui a interdit à la Banque centrale, la Banque de France, de prêter à l'Etat à taux zéro, j'ai déjà répondu à la question : ce procédé consiste à faire de la création monétaire, diminuant proportionnellement la valeur de la monnaie, impliquant donc dévaluation et inflation donc diminution du pouvoir d'achat des ménages (renchérissement des importations, notamment de l'essence, du gaz, des matières premières), ce qui est autant dommageables pour les populations défavorisées que pour les épargnants. Et si on oppose à cet argument une faible inflation avant 1973, c'est simplement car il n'y avait pas de déficits publics de cet ampleur, donc pas un financement significatif par la Banque centrale. Cela dit, je ne suis pas contre un tel procédé du moment qu'il est contrôlé, modéré. On peut admettre un peu d'inflation (3%) et accepter cela en période de récession. Mais dans un contexte de monnaie commune, avec l'euro, seule la BCE peut maintenant le faire et pour cela il faut un accord de la zone euro, la France ne peut décider toute seule.

Robert, vous êtes tenace, avez une grande pugnacité, et je vous admire rien que pour cela !

Robert Mascarell 19/05/2013 19:10

Chère Marie-Anne,

Je ne vais pas jouer au garnement qui, dans la cour de récréation, rejette sur le petit copain la responsabilité de la bagarre. Ce qui m’importe c’est que dans cette réponse vous ayez ré-adopté un ton plus conciliant.

Je vous confirme que je suis très tenace et pugnace. Un journaliste digne de ce nom doit l’être. Il se doit d’exercer son droit de suite avec son interlocuteur, tant que celui-ci esquive la ou les questions. J’en veux beaucoup aux confrères des grands médias qui se contentent de la réponse de l’homme ou de la femme politique qu’ils interviewent, fut-elle dilatoire, sans le relancer. Mon modèle en journalisme c’est Edwy Plenel. Ce n’est donc pas par esprit procédurier que j’agis ainsi. Le fait que je sois devenu juriste ensuite n’a fait que renforcer ma manière de faire.

De plus, je souffre d’une autre maladie, j’adore débattre, j’espère intelligemment et respectueusement. Le débat est d’autant plus riche et passionnant que mon ou mes vis-à-vis ne sont pas d’accord avec moi. Débattre entre gens du même bord peut être très vite d’un ennui mortel. Je suis donc un inconditionnel de la démocratie, mais dans un cadre nécessairement républicain. Ma maladie est donc un antidote absolu à la dictature ou aux régimes à parti unique. J’ai une autre maladie très grave : je ne veux absolument pas guérir de ma première maladie.

Tout cela dit, je ne vais pas me priver de répondre à vos derniers arguments, du moins à ceux avec lesquels je ne suis pas d’accord.

Avant de répondre à vos propos sur la dette, je veux énoncer un postulat : ni Merkel, ni la Commission européenne, ni, encore moins, Hollande, n’ont les clés du camion. Le système capitaliste est dirigé à l’échelle du monde, par les maîtres du système bancaire, des fonds d’investissements, des fonds de pension, des compagnies d’assurances.

Leur quête, c’est la réalisation du maximum de profits, le plus vite possible, par n’importe quel moyen.

Pour cela, leur ennemi principal ce sont les Etats, tous les Etats, même ceux dirigés par les fondés de pouvoir qu’ils ont contribué à mettre en place. Toutes les activités humaines doivent être privatisées, dès lors qu’elles sont susceptibles d’être rentables.

Leur moyen d’action c’est la corruption, les groupes de pression, pour acheter et/ou mettre en place les élus de leur choix.

Les éléments de langage qu’ils soufflent à leurs stipendiés : l’énormité de la dette publique (avec à la clé, le vade-mecum sur la manière de la calculer), les « charges sociales » et le coût du travail trop élevés, la recherche de la compétitivité par tous les moyens, la privatisation, la libéralisation de toutes les activités humaines, toutes les manières de gagner de l’argent.

Ces éléments de langage sont concoctés dans leurs officines, autrement appelés think-tank, où se mélangent tous les stipendiés de la politique, des médias, de l’économie, des grandes écoles.

Toutes mes analyses ou mes prises de position sur des points ponctuels de l’actualité sont faites avec, pour contexte, ce postulat.

Ainsi, tous les discours, toutes les analyses, faits par tous les libéraux ne sont que la répétition de ce que les maîtres du monde attendent d’eux. L’objectif qui leur est assigné est de faire accepter par les peuples les sacrifices utiles au plus grand bien-être des maîtres. Force est de reconnaître qu’en Europe ces assignés s’y emploient avec zèle. La descente aux enfers n’a pas de limite. Une fois l’alignement par le bas de tous les peuples européens obtenu, selon les plans des maîtres, l’alignement par le bas se poursuivra par rapport à d’autres peuples plus éloignés, et ainsi de suite jusqu’à l’alignement sur le pire,…… ou jusqu’à ce qu’un peuple ou plusieurs peuples, simultanément ou pas, se rebellent. Les maîtres du monde, comme tous les dirigeants dans le passé ne cèdent que devant la pression populaire. Selon le degré de résistance des maîtres, la pression peut aller jusqu’à la violence. Je sais que vous en avez la phobie. Moi aussi par nature, mais il est des moments où celle-ci est légitime. L’histoire fourmille d’exemples, en France comme dans le monde. Toutes les violences ne se valent pas, contrairement à ce que vous pensez.

Bien des peuples colonisés ont dû recourir à la violence pour obtenir leur indépendance, y compris contre la démocratie française (Indochine, Algérie). Le peuple français, lui-même, a dû y recourir au moins en 1789 et de 1940 à 1945, au mépris des lois existantes, mais y compris aujourd’hui, quand les salariés ont à faire à des patrons voyous, puisque les gouvernements français successifs ne peuvent ou ne veulent rien faire contre ces voyous.

Mon autre postulat c’est de nier qu’il y ait une crise économique en France. Notre pays n’a jamais été aussi riche. Son PIB augmente sans cesse. Si crise il y a, c’est la crise de la répartition des richesses.

Toutes les analyses que je fais ensuite, le sont à l’aune de ces deux postulats. Y compris la réponse que je vais maintenant apporter à vos propos.

Une dette est d’autant plus facilement remboursable que son « énormité » est bien moindre que ce que la propagande nous vend. Cela me paraît tomber sous le sens. Le risque que la France n’ait pas les moyens de la rembourser est donc nul. Pour autant, tout dans notre dette ne doit pas être remboursé. Tant pis pour les créanciers spéculateurs. Je ne vais pas reprendre ce que j’ai déjà eu l’occasion de vous dire à ce sujet. Les exemples de l’Argentine et de l’Islande doivent nous inspirer. Comme les exemples de l’Argentine et du Brésil doivent nous inspirer quand ces deux pays exigent, avec succès, que les grands industriels étrangers, s’ils veulent leur vendre leurs produits dans le pays, les produisent sur place.

Quand à dire « que cette dette est due à un cumul de déficits de fonctionnement (dont les déficits sociaux de sécurité sociale et de retraites), gonflés par des intérêt financiers, et non à des investissements qui auraient au moins l'avantage de bénéficier aux générations futures. », cela mérite qu’on y regarde de plus près.

Pour commencer, vous-même fournissez une grande partie de la réponse, graphique à l’appui, dans votre article sur Mélenchon, objet de notre débat. Ce graphique contredit vos propos cités au paragraphe précédent.

Dans le graphique que vous produisez, il est très clair qu’entre 1980 et 2008 la dette a augmenté de 1088 milliards d’euros et nous avons payé 1306 milliards d’euros d’intérêts. Notre dette est ainsi passée de 239,1 à 1327,1 milliards d’euros. Mais le plus extraordinaire de tout, c’est que de 1980 à 2008, la dette publique de la France, hors intérêts, est passée de 239,1 à 21,4 milliards d’euros. Elle a donc diminué de 91 %. Toute votre argumentation en est réduite à néant. Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas la seule à véhiculer l’idée fausse que notre dette publique a augmenté. Tous les économistes libéraux, omniprésents dans tous les grands médias, la véhiculent aussi. Pour parvenir à cet exploit, ils ne parlent que de la dette publique totale et non de la dette hors intérêts.

Si la loi scélérate de janvier 1973 n’avait pas été votée, reprise par le traité de Maastricht en 1992, notre dette, en 2008, n’aurait été que de 21,4 milliards d’euros.

Mais ce n’est pas fini. Vous insistez sur la dette de la Sécurité sociale, comprise dans les chiffres susdits. Vous n’êtes pas sans savoir que bien des sommes dues à la Sécurité Sociale, sous forme de réversion de taxes sur le tabac, l’alcool, les industries polluantes, ou de primes sur les assurances automobiles, ne lui sont pas reversées. Sans compter la part de TVA due à la Sécurité sociale, ou les retards de paiement sur les contrats aidés, ou les retards de paiement des cotisations par les entreprises. Au total, le manque à gagner s’élève à une vingtaine de milliards d’euros.

Vous soutenez toujours que l’autorisation de prêts directs à l’Etat français par la Banque de France, avant 1973, aurait pour effet de favoriser la création monétaire, induisant automatiquement dévaluation et inflation et donc diminution du pouvoir d’achat. Vous n’en faites pas la démonstration.

A l’inverse, je vous ai démontré, statistiques INSEE à l’appui, qu’avant la loi de janvier 1973, interdisant à la Banque de France de prêter à l’Etat, les taux d’inflation des années précédentes étaient nettement inférieurs à ceux que la France a connu, pendant des années, après 1973.

A cette objection, vous me répondez : « ….c'est simplement car il n'y avait pas de déficits publics de cette ampleur… ». Votre réponse est proprement ahurissante. Si les déficits publics sont de cette ampleur, c’est précisément parce qu’ils sont gonflés par les intérêts de la dette. Reprenez le graphique que vous avez publié dans le corps de votre article. En 2007, sans les intérêts de la dette, notre dette ne se serait élevée qu’à 21,4 milliards d’euros (soit une diminution de 91 % par rapport à 1980 –mais il est vrai que dans le déficit de 239 milliards d’euros enregistré en 1980, il y a déjà le cumul des intérêts de la dette depuis 1973), au lieu de 1327,1 milliards d’euros.

Je vous accorde que la France ne peut décider seule au sein de l’Europe. Accordez-moi qu’aussi bien sous Sarkozy que sous Hollande, elle ne pèse pas du poids qu’elle devrait, et de très loin, eu égard à sa démographie, à sa situation géographique, à sa place au Conseil de sécurité de l’ONU, à son poids économique (5ème du monde, 2ème d’Europe), à la qualité de ses infrastructures, à son histoire,…… Je répète, qu’à l’instar de Thatcher, la France doit jouer de son pouvoir de blocage, et non arriver aux négociations avec déjà son projet de capitulation en tête. Nous devons parler d’égal à égal avec l’Allemagne. Sa réussite économique est une véritable supercherie. Elle est obtenue sur le dos de son peuple et des autres peuples européens. Et ce n’est pas parce que Merkel va probablement gagner les élections que l’Allemagne sera davantage un modèle. L’histoire nous enseigne que le peuple allemand est capable de graves errements, à une très forte majorité et pendant longtemps.

Quant à Bayrou, je ne lui prête pas plus de pugnacité qu’à Sarkozy et à Hollande, puisqu’il est d’accord avec eux sur le fond, à de minuscules variantes près.

Sur l’importance de votre rôle au sein du MODEM, Marie-Anne vous êtes trop modeste. Je vois mal François Bayrou préfacer le livre d’une adhérente de base, ou Jean-François Kahn, une des étoiles du cirque médiatique, participer à une réunion publique organisée par une sans-grade. Il n’y a pas de honte à être une dirigeante du MODEM. Je n’en dirais pas autant pour le FN.

Cordialement.