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Robert Mascarell

croit plus que jamais à l'existence, prouvable, de la lutte des classes, qu'à celle, improuvable, de dieu

LE COMBATTANT OU LE TRANQUILLISANT

Depuis que Mélenchon a proposé sa candidature à l’élection présidentielle, en 2017, le débat fait rage au sein du Front de gauche, entre ses différentes composantes. Le PCF et, à un degré moindre, Ensemble y sont hostiles, le Parti de gauche y est tout à fait favorable.

Les échanges vont bon train sur Facebook et, plus largement, sur Internet, mais évidemment, également dans les relations inter personnelles.

Des membres du PCF, probablement minoritaires, profitent de ce débat pour se livrer à de basses attaques personnelles contre Mélenchon. Rien ne lui est pardonné, tout est passé au crible. Son passé socialiste, son vote Oui au traité de Maastricht en 1992, son caractère emporté, son ego surdimensionné.

D’attaques politiques, pratiquement aucune. Et pour cause, sur toutes les questions essentielles : Europe, relance de l’économie par la demande, taxation bien plus lourde des profits non réinvestis en France, dans l’économie réelle, lutte contre la précarisation des salariés,……… les contempteurs de Mélenchon font la même analyse que lui et proposent les mêmes solutions.

Non, tout tient à une stratégie différente entre le PCF et le Parti de gauche. Elle remonte aux élections municipales, en 2014. Je n’y reviens pas, j’ai eu maintes fois l’occasion de dire ce que j’en pensais. Je veux simplement rappeler que le résultat de cette divergence a eu des effets catastrophiques sur les résultats électoraux de tout le Front de gauche.

Pour la prochaine présidentielle, les leçons de nos échecs ne sont pas tirées. Le PCF et Ensemble viennent de se rallier au principe de l’organisation d’une Primaire commune à toutes les gauches, où postuleront des candidats socio-libéraux, partisans de l’actuelle Europe, et des candidats pour une Europe sociale, tournant le dos aux traités la régissant.

Si donc nos divergences ne sont, pour l’essentiel, pas politiques, hormis sur la stratégie des alliances électorales, il faut bien convenir qu’elles portent sur la personnalité même de Mélenchon.

Nous sommes très nombreux à considérer que de nous tous, celui-ci est de très loin le meilleur candidat possible, par ses qualités d’analystes, de tribun et de débatteur. Dans le débat qui flambe sur Facebook, il m’est arrivé de répondre à des détracteurs de Mélenchon, que notre gauche avait besoin d’un combattant, plus que d’un tranquillisant. Evidemment, beaucoup ont suivi mon regard et ont compris ce que je voulais dire. En clair, comme beaucoup, je regarde les prestations médiatiques de ceux qui portent la parole de notre camp. Plus particulièrement, celles de nos deux leaders les plus emblématiques : Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon.

Je vais donc illustrer mon propos. Pour ce faire, je vous invite à regarder cette vidéo, d’une durée de 2 minutes 36 secondes : https://www.youtube.com/watch?v=Jmq1NRLV5D8 ou https://www.youtube.com/watch?v=VhP8UN6vWMA (en version intégrale). Elle est tirée de l’émission de France 2, Des Paroles et Des Actes, du 14 septembre 2014. Y participaient Bayrou, Laurent et Cambadélis.

Bayrou y fait un numéro contre le Code du travail absolument immonde. Depuis, il a renouvelé ce numéro de multiples fois. Bayrou sort ce qu’il appelle le minuscule Code du travail suisse, pesant 120 pages. Puis, ménageant ses effets, il plonge ses mains dans un sac et en sort un énorme Code du travail français, pesant 3 000 pages. Il le balance négligemment sur le bureau, pour que le bruit de la chute indique bien le poids exorbitant de notre Code du travail. Des applaudissements fusent dans le public. L’effet visuel et sonore est totalement réussi.

Autour de Bayrou, Pierre Laurent reste bouche bée. Il le restera tout au long du numéro de Bayrou, mais également ensuite. Comble du comble, c’est Jean-Christophe Cambadélis, qui, à la manière faux-cul des socialistes, va se donner le beau rôle de défendre notre Code du travail. Là encore, Pierre Laurent va rester passif. Jamais, il ne va défendre notre Code du travail. Jamais, il ne va dire à Bayrou, qu’il trompe les téléspectateurs en prétendant que ce Code pèse 3 000 pages. Que l’édition qu’il présente contient les articles du Code du travail, additionnés de commentaires et d’arrêts de la Cour de cassation. Le Code du travail ne pèse que 675 pages. Il n’est pas plus lourd que tous les principaux Codes : civil, pénal, commerce, impôts, sécurité sociale,……. Autant vous le dire, de l’autre côté de mon poste de télé, je bouillais, l’atonie de Pierre Laurent m’a désespéré.

Ce jour-là, je me suis dit que Pierre Laurent était un bien brave homme, qu’il s’exprime correctement et dit des choses proches de ce que je pense, mais qu’il manque singulièrement de combativité. Bref, sa voix est inaudible. Tout le monde ne peut pas être tribun et/ou débatteur.

Je suis certain qu’à sa place, Mélenchon aurait eu tôt fait d’intervenir de façon vigoureuse pour ramener le numéro de Bayrou à ce qu’il est : un odieux mensonge.

Cela dit, je rappelle que Mélenchon n’a fait que proposer sa candidature. Cela veut dire que d’autres candidats peuvent se proposer. Pierre Laurent, Clémentine Autain, le peuvent par exemple. Et si, au terme du débat démocratique qui aura nécessairement lieu, Mélenchon n’était finalement pas choisi, ce qu’évidemment je regretterais, j’annonce que je voterai sans hésitation pour le candidat que nous nous serons choisi.

Il va de soi que cela ne sera possible que si, auparavant, nous faisons tous la clarté sur notre stratégie d’alliances.

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Juy Raphaël 27/02/2016 13:46

J'avais bien compris que l'on étaient du même côté. Quand même! Mais ton article se saisit de la dialectique combattant / tranquillisant à des fins persuasives dans "l'autre gauche" pour éteindre l'incendie déclenché par l'annonce de la candidature de JLM. Je ne crois pas que cela soit la meilleure stratégie. C'est cela avec quoi je ne suis pas d'accord. Nous avons au contraire intérêt à une vaste et profonde clarification en interne de "l'autre gauche" et pour la provoquer il est beaucoup plus efficace et utile de répandre, d'exhiber largement, les raisons objectives (mode de financement des partis passant par les législatives + PB financiers du PCF) qui font que le PCF est l'obligé du PS. En claire, il ne faut pas chercher à éteindre l'incendie mais à disqualifier ceux qui crient "au feu", loyalement, en montrant les raisons objectives qui les font agir ainsi.
C'est important pour la suite car le PCF possède une capacité d’emmerdement telle qu'elle sera toujours une limite pour qu'il s'opère une reconfiguration de la gauche autour de jlm2017 (le PS étant devenu de droite). C'est le bon moment pour la diminuer. Salutations camarade!

Juy Raphaël 27/02/2016 04:09

Je ne suis pas d'accord avec toi camarade. Comme tu l'a biennoté, c'est depuis les municipales qu'à commencé l'opportunisme d'alliance électoralistes du PCF. Celle ci avait un but précis: maintenir le maximum de position électives sur le territoire national. Ce fût une défaite. La même logique a prévalue depuis et on peut le démontrer.
En effet les financements des partis politiques par l'Etat, en dehors des cottisations de leurs adhérents donc, se font les résultats des dits partis aux législatives. Ce qui signifie que les appareils politiques en difficulté financière, comme EE-LV et le PCF, se doivent d'avoir une belle distribution de circonscriptions aux prochaines législatives, c'est à dire sans concurrence entre eux et avec le PS, pour "reproduire leur condition matérielle d'éxistence", autrement dit vivre et espérer avoir des députés en nombre suffisant. Par exemple, si EE-LV n'avait pas passé d'accord avec le PS aux dernières législatives, jamais ils n'auraient eu de groupe parlementaire.

Or, comme le fait remarquer a juste titre JLM dans son dernier billet de blog: "Cambadélis a fixé au mois de décembre ou janvier la tenue des primaires. Qui a noté que les investitures internes pour les législatives du PS sont fixées au 17 décembre. Je fais un dessin ?"

Ce dessin indique que, dans l'hypothèse ou le PCF maintiendrait sa ligne, et dans celle ou les primaires se dérouleraient avec le PS, si elles se déroulent jamais, bien sûr. Alors, la répartition des candidatures aux législatives entre EE-LV, le PCF et le PS, le salaire en quelque sorte, ainsi que la répartition des rôles, la division du travail politique qui y est associé, le travail qui va avec (Qui pour dénoncer le caractère non-écologiste de JLM? Qui pour dénoncer le caractère césaro-bonaparto-moins-disant-anti-capitaliste? Qui pour dénoncer le caractère germanophobe, anti-euro donc nationaliste? Etc), se feront avant les primaires...
Voilà la demonstration peut être, par l'analyse des seuls nerfs de la guerre qu'il reste en politique lorsque l'on a enlevé les contenus ( partage des richesses + définanciarisation + sortie des traités européens; verrous de toute véritable politique écosocialiste progressiste), je veux parler de l'argent et du calendrier, que ces primaires ne sont au mieux qu'un piège à naïfs pour les plus sincères qui y participent, et, au pire, une comédie masquant une entreprise de normalisation politique sociale-démocrate, masquant elle-même une entreprise de normalisation sociale-libérale...

Donc le PCF va simplement à la gamelle pour sauver sa peau, au risque que cela lui coûte... sa peau. Où il se dédit où il sera coupé en deux par la dynamique jlm2017.
En tout état de cause ce n'est pas une question de personnes, combattante ou soporifique, mais de volonté et d'orientation politique.
Salutations

Robert Mascarell 27/02/2016 11:22

Mais je ne vois pas du tout en quoi nous ne sommes pas d'accord.

Je partage à 1000 % ton analyse. Dans mon billet, j'ai voulu m'en tenir au strict plan politique, mais en arrière-plan, je sais bien que le PCF est l'obligé du PS. Il lui doit la plupart de ses élus. C'est la raison principale de ses tergiversations.

Au bout du bout, je pense que la Primaire n'aura pas lieu, et si elle a lieu, en sortira un candidat plutôt eurolibéral. Je ne vois pas bien comment l'électorat du PCF va l'accepter. Le PCF sortira donc de cette épreuve largement affaibli. Il l'aura bien cherché. Mais malheureusement, cela aura probablement aussi un retentissement sur la candidature de Mélenchon.

Nous sommes du même côté, camarade.