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Robert Mascarell

croit plus que jamais à l'existence, prouvable, de la lutte des classes, qu'à celle, improuvable, de dieu

L'EUROPE N'EST PAS UN IDÉAL !

Jadis, quand on adhérait au PCF ou au PS, c’était pour substituer au capitalisme le système socialiste et ultérieurement le système communiste. Évidemment, les modalités pour renverser le capitalisme étaient très différentes d’une organisation à l’autre.

Aujourd’hui, les socialistes ne parlent plus de renverser le capitalisme. Ils n’ont à la bouche que le mot Europe, prononcé sur tous les tons. Il en est même qui sautent sur leur chaise comme un cabri, en s’écriant l’Europe, l’Europe, l’Europe. Mais ça n’a aucun sens comme disait si justement le général De Gaulle.

En quoi, une entité géographique peut-elle constituer un idéal ? Une entité géographique ne peut contenir de l’idéal qu’au regard des structures politiques, sociales, économiques et administratives qui la régissent.

L’Europe, avant le traité de Rome, signé en 1957, instituant la Communauté Économique Européenne, a failli être unifiée politiquement, économiquement et administrativement, à deux reprises : sous Napoléon Bonaparte et sous Hitler. Sous la férule de la France, avec Napoléon, sous celle de l’Allemagne, avec Hitler.

Bien sûr, les eurolâtres d’aujourd’hui seront presque tous d’accord pour dire qu’il est heureux que l’Europe n’ait pu se réaliser dans ces conditions. Même si, à titre personnel, je ne mets pas un signe d’égalité entre Napoléon et Hitler. Le second étant véritablement un monstre.

Nous voyons donc bien, qu’il est inepte de beugler l’Europe, l’Europe, l’Europe, comme but ultime de l’idéal. L’Europe n’a de sens que par son contenu, non physique et géographique, mais politique, social, économique et administratif.

 

L’EUROPE DU TRAITÉ DE LISBONNE

Il y a donc lieu d’analyser minutieusement les textes qui la régissent aujourd’hui. Le principal, le traité de Lisbonne, signé en 2007, est le résultat d’une véritable forfaiture commise par le président de la République de l’époque, Nicolas Sarkozy. Ce texte est la reproduction quasi parfaite, mais dans le désordre, du traité constitutionnel européen, que pourtant trois peuples européens, consultés par référendum, les Français, les Irlandais et les Néerlandais, ont clairement rejeté en 2005.

J’ai analysé les deux textes, de la première à la dernière ligne. Il ne fait aucun doute que l’Europe n’y est conçue que comme étant exclusivement économiquement libérale et même de plus en plus libérale. http://robertmascarell.overblog.com/2018/01/analyse-detaillee-du-traite-de-lisbonne.html

Pour preuve, les notions de libéralisation, libre circulation, compétition, compétitivité, concurrence libre, concurrence non faussée, distorsion de concurrence, économie de marché, s’y rencontrent à tous les étages. À lui seul, mais il y en a bien d’autres, l’article 60 du traité de fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) cristallise la volonté des concepteurs de ces traités que l’Europe soit de plus en plus libérale. Il y est écrit : « Les États membres s'efforcent de procéder à la libéralisation des services au-delà de la mesure qui est obligatoire…. »

Les choses sont donc très claires. Non seulement la libéralisation des services est obligatoire, mais aucune limite à son expansion n’est fixée. Comme on dit aujourd’hui, c’est open bar.

Idem pour les harmonisations. En bonne logique, on aurait pu attendre du traité de Lisbonne qu’il s’efforce d’effacer progressivement les différences entre les Etats membres. Il n’en est rien. C’est même le contraire qui est imposé.

Au moins seize de ses articles interdisent explicitement toutes formes d’harmonisations. Notamment en matière fiscale, sociale et environnementale.

L’impossibilité est quasiment la même en matière de coopération entre les pays européens. Le traité de Lisbonne ne l’interdit pas formellement, mais ses concepteurs y ont mis tellement de conditions, qu’en réalité elle n’est pas possible.

Selon l’article 20 du TFUE, les projets coopératifs ne sont possibles qu’à la « condition qu’au moins neuf États membres y participent ». Mais surtout, au dernier alinéa de l’article 329 du TFUE, il est écrit : « L'autorisation de procéder à une coopération renforcée est accordée par une décision du Conseil, statuant à l'unanimité. » Autant dire que les projets de coopération sont rendus impossibles par le traité de Lisbonne.

 

MACRON OUBLIE LISBONNE

Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre le président de la République, Macron, le 24 janvier dernier, à Davos, se faire le défenseur zélé de toutes les formes d’harmonisations possibles et imaginables, comme de la coopération entre tous les pays européens. À croire que, frappé d’amnésie soudaine, Macron avait oublié l’existence du traité de Lisbonne. D’ailleurs, il n’a jamais prononcé le mot Lisbonne durant son long discours. La version de l’amnésie est aimable pour Macron. Mais si, comme moi, vous n’y croyez pas, vous devrez convenir qu’à Davos, Macron a fait preuve de duplicité.

Pour conclure, sur le traité de Lisbonne, je vais m’appesantir sur le principe de la concurrence libre et non faussée. Ce principe court tout au long du traité.

En soi, il n’y pas grand-chose à redire contre ledit principe, mais à trois conditions : 1/ Qu’il serve à établir le mode de relations économiques entre l’entité européenne et les autres pays ou blocs de pays. 2/ Que la concurrence soit réellement libre. 3/ Que la concurrence soit réellement non faussée. Sauf que, dans la réalité, deux des trois conditions ne sont pas respectées du tout. La première et la troisième.

Sur la première condition : loin d’être le mode de relations économiques entre l’entité européenne et les pays qui lui sont extérieurs, la concurrence fait rage entre chacun des pays européens. Un petit peu comme si en France, les régions se faisaient la guerre économique. Il n’y aurait plus de France.

Sur la troisième condition : loin d’être non faussée, la concurrence est totalement faussée, non seulement entre l’Europe et l’extérieur, mais surtout entre tous les pays la constituant et même entre tous ses habitants.

À quoi sert-il donc qu’à Davos, Macron soit allé jusqu’à appeler les dirigeants mondiaux, donc européens, à « arrêter de détricoter notre droit social » ? Sauf à faire preuve de démagogie !

Il sait mieux que personne que le système dont il est le chantre est précisément bâti pour favoriser le moins-disant social, fiscal et environnemental, afin de maintenir, voire d’augmenter les taux de profits. Pour cela, les détenteurs de capitaux et les gouvernements qu’ils manipulent n’ont de cesse de détricoter tous les modèles sociaux. À commencer par Macron lui-même. La concurrence faussée est la pierre angulaire de ce détricotage et de cette Europe.

Le seul élément de régulation et mieux, de renversement, de ce système fou et inhumain, c’est la capacité de résistance des travailleurs. Depuis que le capitalisme existe on n’a pas trouvé meilleur régulateur.

 

EUROPE LIBÉRALE OU EUROPE SOCIALE ?

Il est tout à fait naturel que les employeurs de gros calibre et leurs représentants politiques, situés à droite de l’échiquier politique, les financiers, les spéculateurs,…. défendent cette Europe-là, régie par le traité de Lisbonne.

Il est inconcevable qu’un vrai homme ou femme de gauche puisse faire de cette Europe-là un idéal à atteindre.

Le moteur premier d’une femme ou d’un homme de gauche, c’est d’être contre toutes les formes d’injustices et d’inégalités sociales. Le traité de Lisbonne permet-il aux pays qui constituent l’Europe de lutter contre ces deux fléaux ? À coup sûr, NON ! Au contraire. Il est donc impossible de se prétendre de gauche et de défendre cette Europe.

Une vraie femme ou un vrai homme de gauche est internationaliste. Moins il y a de frontières, mieux il se porte. Nous faisons donc nôtre le projet européen. Mais il ne peut être que respectueux des hommes qui l’habitent comme de la nature. Il ne peut concevoir les relations de l’Europe avec tous les autres pays que dans des échanges commerciaux respectueux de normes sociales et environnementales élevées. À défaut, ces pays s’exposent à se voir appliquées des taxations financières rendant la transaction loyale, afin que la concurrence ne soit plus faussée.

Je pourrais arrêter là ma démonstration, mais je devine que les euro-béats, les éternels déclinistes, ceux qui passent leur temps à dénigrer la France, les pleutres, vont m’objecter que toute seule la France ne peut rien contre ses autres partenaires européens. Jamais, ils n’accepteront que soient renégociés les traités régissant l’Europe, notamment le principal, le Traité de Lisbonne.

C’est bien connu, à l’échelle de l’Europe, la France est un tout petit pays, couvert de dettes. Elle connaîtra le sort de la Grèce, disent les pleutres. Sornettes que tout cela.

Loin d’être irréaliste, la France Insoumise, partisane de la renégociation des traités européens a des arguments en béton, non armé, parce qu’on est pacifistes à LFI, pour y parvenir.

La France pèse beaucoup plus que ne le pensent les déclinistes. Elle pèse de son poids intrinsèque et de son poids extrinsèque.

 

SUR SON POIDS INTRINSÈQUE

La France est la deuxième puissance européenne en population et en PIB (la France pèse 9 fois plus que la Grèce). Sans la France, l’Union européenne n’existe plus, instantanément. La Grèce n’avait pas cette capacité.

Elle pèse aussi de sa position géographique, au bout occidental de l’Europe, ouverte sur trois façades maritimes, l’ouvrant sur le monde entier, et riches de potentialités d’autonomie énergétique renouvelable, pour peu qu’un vrai chef d’État, soucieux de l’intérêt national et général, se décide enfin à mettre en œuvre une vraie politique de la mer (source quasiment inépuisable d’énergie renouvelable et de ressources alimentaires).

Elle pèse aussi de ses possessions ultramarines, aussi riches des mêmes potentialités que celles permises grâce à nos trois façades maritimes.

Elle est la seule puissance nucléaire européenne et la seule à disposer d’un droit de véto à l’ONU.

 

SUR SON POIDS EXTRINSÈQUE

Un simple regard sur la carte géographique de l’Europe permet d’en prendre la mesure. Sa position en bout d’Europe lui offre une autre force. Elle est le seul pays grâce auquel des pays comme l’Espagne et le Portugal ont un lien terrestre avec le reste de l’Europe. Le poids de ces trois pays, obligatoirement unis du fait de leur positionnement géographique, est de l’ordre de 125 millions d’habitants et de 33 % du PIB de l’Europe. Bien plus élevé que celui de l’Allemagne. Si nécessaire, et en dernier recours (Rajoy, le Premier ministre espagnol faisant de la surenchère ultralibérale, par exemple), la France pourrait opposer son verrou au trafic de marchandises la traversant.

À mon grand étonnement, Macron conclut par avance à l’impossibilité pour la France de se faire entendre par l’Allemagne. Il fait comme si la France devait se résigner à subir le sort de la Grèce. C’est un scandale ! Son attitude, comme celle de ses prédécesseurs, flirte même avec la trahison.

En vérité, ces gens ne veulent surtout pas que l’Europe change. Ils veulent qu’elle mette en coupe réglée tous les salariés européens, en favorisant les dumpings sociaux, fiscaux et environnementaux. Ils veulent que fleurissent les paradis fiscaux.

Avec LFI, ou l’Union européenne prendra en compte la force de la France ou elle ne sera plus dans cette forme. C’est son fameux plan A. Quant à son plan B, il n’aura même pas à être activé, puisque le refus du plan A ferait que l’Union européenne ne serait plus.

C’est la raison pour laquelle LFI a raison de dire que l’Allemagne composera nécessairement avec les exigences de la France. Il ne sera évidemment pas question d’être les continuateurs de Macron.

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