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Publié par Robert Mascarell

Si je vous pose la question : quels sont les points communs reliant les ci-devants Martin Bouygues, Serge et Olivier Dassault, Arnaud Lagardère, Ernest-Antoine Seillères, vous me répondrez aussitôt ce sont tous des hommes. Vous me répondrez presque aussi vite : ce sont tous des fils à papa, voire à grand-papa. Et je vous direz : Bravo ! Vous avez gagné le droit de me donner

un troisième point commun.

Ne cherchez pas trop longtemps, je vais apaiser votre curiosité. Eh ! bien figurez-vous qu’ils ont tous érigé le mérite en vertu cardinale. Bref, ce sont des méritocrates acharnés. Pourquoi pas !

Leur cible ce sont les fonctionnaires, dont l’avancement programmé selon une grille statutaire les porte au paroxysme de la colère.

Ce disant, ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes ce qu’ils enseignent pour les autres.

Doivent-t-ils leur position à leurs mérites ou à leur naissance ? Poser la question, c’est bien sûr y répondre.

Pour autant, les cinq ci-devants ne sont pas forcément dénués de mérite, y compris dans leur action à la tête des entreprises dont ils ont hérité. Il n’en reste pas moins, qu’ils ne doivent d’être arrivés aussi rapidement au faîte des responsabilités qu’à leur naissance. Seraient-ils les derniers des cancres qu’ils seraient tout de même devenus les numéros un.

Vous allèguerez alors : oui mais, s’ils avaient été aussi mauvais, leur entreprise n’aurait pas résisté longtemps. J’accepte l’objection. Il n’empêche que la plupart du temps, dans ce cas-là, les fils à papa, incapables notoires, sont gentiment orientés vers des sinécures aussi inutiles que paradisiaques.

Je voudrais ajouter, que je n’ai rien contre ces cinq personnages. Je ne les ai mis en exergue que parce qu’ils sont connus du grand public. Mais en fait ils sont des milliers dans le même cas. Y compris dans des petites entreprises.

La plupart tiennent le même discours sur les mérites de la méritocratie. Ils ne l’envisagent d’ailleurs que si c’est eux qui décideront du mérite de chacun.

Ainsi, il y a trois ou quatre ans, alors qu’en ma qualité de conseiller du salarié, j’assistais un salarié convoqué à un entretien préalable à son licenciement par son patron, dans une entreprise de transports bien connue des Ruthénois (habitants de Rodez), et après que le licenciement ait pu être évité, s’est installé un climat plus serein entre le salarié, son employeur et moi-même. Une conversation courtoise s’est donc engagée. Très vite l’employeur a exprimé son souci pour l’avenir de notre pays. Considérant qu’il payait un trop lourd tribu à ses lourdeurs administratives, que les fonctionnaires avaient un trop grand pouvoir de blocage de la société, et que décidément tout serait bien mieux si leur avancement était organisé selon leurs mérites. Evidemment, il ne se posait pas la question de qui déciderez des mérites. Passons. Tout cela était dit très gentiment, avec l’apparence de l’évidence et du bon sens.

J’ai alors mis en avant les cinq fils des susdits. Le transporteur a tout de suite convenu que mes arguments ne manquaient pas de poids, et a même reconnu que lui-même, homme d’une quarantaine d’années, avait pris la succession de son père, fondateur de l’entreprise. Mais ajouta-t-il aussitôt, « depuis que je la dirige sans partage, elle a beaucoup prospéré. »

C’est probablement vrai, lui dis-je, mais il n’empêche que si vous n’aviez pas été le fils du fondateur de l’entreprise vous ne seriez jamais arrivé directement et aussi vite à sa tête. Il en a encore convenu.

C’est alors que je lui ai précisé qu’intellectuellement parlant je n’étais pas forcément hostile à la reconnaissance du mérite comme méthode de promotion, dès lors que toute la société, toutes classes confondues, serait régie de la sorte et qu’auraient été posées démocratiquement les règles concernant la manière d’apprécier les mérites, et de qui jugera de l’avancement de chacun.

Cela signifie, en premier lieu, que les règles régissant la transmission de la fortune, en un mot l’héritage, devront être revues de fond en comble.

Autant vous dire que là, j’avais mis le doigt sur l’intouchable, sur le sacro-saint, sur le fondement de la société bourgeoise. Aussitôt, comme par hasard, la conversation s’est alors faite beaucoup plus évasive.

Ainsi, dans notre République, où les entreprises sont le seul endroit fonctionnant encore selon les normes de la monarchie absolue, il ne fait pas bon le rappeler aux pourfendeurs des fonctionnaires et simultanément thuriféraires de la méritocratie appliquée au bon peuple, à la France d’en bas comme dirait l’ineffable Raffarin, pas à eux-mêmes.

A quand une République « démonarchisée » c’est-à-dire réellement démocratique ?

A cette question, Nicolas Sarkozy répondrait sans doute « à la saint-glinglin », lui qui fait du mérite le credo de sa politique destinée à rompre avec le modèle social français.

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