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Publié par Robert Mascarell

Mardi 5 juillet 2011

Le peuple glisse-t-il à droite? C'est bien vite dit.

Le rapport de Terra Nova, «Gauche : quelle majorité électorale pour 2012» (à lire ici), a a déjà fait couler beaucoup d’encre.. Mediapart y revient dans un article paru le 4 juillet 2011 sous le titre « le peuple glisse-t-il à droite, c’est bien vite dit. » Voici l’un des commentaires à cet article et rédigé en réponse à ce rapport qui résume assez bien les raisons pour les quelles il y a eu tant de critiques négatives à ce rapport :

OLIVIER FERRAND ET LA RECONQUETE DES CLASSES POPULAIRES

«Chers amis de Médiapart, je me permets de reproduire, ci-après, la réponse que j'ai faite à la tribune d'Olivier Ferrand, parue dans le« « Marianne" du 25 juin 2011, et qui figure à la suite de ladite tribune sur le site de Terra Nova :

Monsieur Ferrand, j'ai 69 ans, je suis un ancien militant du parti communiste (1963 à 1978), du parti socialiste (1980 à 1996), de la CGT (de 1964 à 1988 et depuis 1998). Depuis 2005, j'ai rejoint Jean-Luc Mélenchon à PRS puis au Parti de Gauche.

Votre tribune, parue dans « Marianne » du 25 juin 2011, appelle beaucoup de commentaires.

Vous écrivez, fort justement, que « la classe ouvrière vote de moins en moins à gauche ».

Vous ajoutez : « Cette désaffection est un mouvement structurel profond, de long terme, largement indépendant du leadership politique. Elle n'est pas propre à la France : elle se vérifie dans tous les pays occidentaux, quelles que soient les stratégies politiques, variées, mises en places. Ce diagnostic, même les professeurs de vertu politique et les apôtres du politiquement correct le reconnaissent. Ils en appellent rituellement à reconquérir les classes populaires. Comment ? Ils ne le disent pas. »

Vous avez raison, cette désaffection n'est pas propre à la France. Elle embrasse tous les pays occidentaux. Là s'arrête mon accord.

Je ne suis pas d'accord pour dire que les stratégies politiques les plus variées ont été mises en place. La variété dont vous parlez s'est limitée à une alternance entre libéralisme et social-libéralisme, en France comme en Europe occidentale, depuis 1979. Je mets entre parenthèses la période de 1981 à 1983, en France.

L'évolution du capitalisme vers sa forme libérale actuelle, a été très lente, mais elle est inscrite dans ses gènes. Karl Marx l'a magistralement démontré dans son œuvre maîtresse « Le Capital ». Plus particulièrement dans « La formule générale du capital » (tome 1). Reste que l'évolution du capitalisme, jusque-là plutôt industriel, vers sa version libérale actuelle, où le capitalisme est devenu de plus en plus financier et spéculatif, est né le 15 août 1971, date à laquelle Richard Nixon, président des Etats-Unis, a proclamé unilatéralement la désindexation du dollar sur l'or, c'est-à-dire son inconvertibilité, revenant ainsi sur le mécanisme mis en place par les accords signés à Bretton Woods en juillet 1944. Cette décision a eu pour conséquence de gonfler démesurément la masse des dollars circulant à travers le monde. Du coup, la valeur des dollars émis a dépassé de très loin la valeur des actifs matériels américains, sur lesquels, jusque-là, ils étaient gagés. Les dollars ne sont donc plus garantis.

Mais, les effets de la décision de Nixon sont arrivés à pleine maturité avec l'élection de Margaret Thatcher au poste de Premier ministre en Grande-Bretagne, en 1979, et avec celle de Ronald Reagan aux Etats-Unis, en 1981.

Depuis 1979, donc, dans tous les pays de l'Europe de l'Ouest, les gouvernements de droite comme ceux dits de gauche acceptent la logique infernale du libéralisme financier, spéculatif et mondialisé. Hormis la parenthèse de 1981 à 1983 en France.

Il n'est donc pas étonnant que, depuis et partout, les classes populaires se défient de la gauche dite de gouvernement. Le malheur, c'est, qu'en France, elle a entraîné dans sa désaffection les partis de la gauche antilibérale, qui ont accepté des strapontins dans ses gouvernements.

Votre constat sur l'apparition, après les Trente Glorieuses, « des classes populaires déclassées », ce que Marx appelait le lumpenprolétariat, n'est pas faux. Effectivement, elles sont victimes du chômage, du précariat et de l'exclusion. Fort justement, vous dites que la gauche doit les défendre. Comment ? Vous répondez : « ....la gauche ne doit pas reculer face aux coups de boutoir populistes, elle ne doit pas renier ses valeurs, ni son héritage (le RMI, la CMU, la lutte contre le racisme), mais au contraire les affirmer : la solidarité sociale, l'humanisme. »

Là, j'avoue que les bras m'en tombent. Ainsi, d'après vous, le premier adversaire de la gauche et des classes populaires ce sont les populistes, sans que vous précisiez qui vous visez. A tout prendre, je préfèrerais que la gauche ne recule pas face aux coups de boutoirs des libéraux. Et comme ça, il n'y aurait même pas eu besoin qu'existent le RMI et la CMU. Entendons-nous bien, je me félicite que les socialistes aient créé le RMI et la CMU. Mais ce n'est qu'un pis-aller. Il eut été préférable d'agir très fortement en amont, sur le chômage.

De la même manière, si la gauche au gouvernement avait entrepris, par la loi, de restreindre considérablement les possibilités pour les employeurs privés et pour les responsables des collectivités publiques d'user et d'abuser des contrats précaires*, elle n'aurait pas ouvert la voie aux « populistes ». Au lieu de quoi, après avoir tenté d'endiguer le recours aux contrats précaires, entre 1981 et 1983, la gauche n'a pas fait différemment de la droite, elle a ouvert les vannes au précariat.

Idem pour le renoncement de tous les gouvernements, depuis 1958, à sanctionner sérieusement les employeurs utilisateurs de la main d'œuvre immigrée dans les conditions du travail dissimulé. Ce renoncement permet à l'extrême droite, se trompant volontairement d'adversaire, de faire de la lutte contre les immigrés son fonds de commerce.

Voyez-vous, Monsieur Ferrand, renforcer la législation contre le précariat et contre le travail dissimulé, et surtout donner les moyens aux pouvoirs publics de faire appliquer la loi ce serait un moyen excellent d'éviter que les classes populaires se jettent dans les bras de l'extrême droite. Ces deux combats n'ont rien de révolutionnaires, ils s'inscrivent seulement dans la défense des valeurs républicaines. Mais faut-il encore vouloir les mener.

Pour vous, « La solution est à trouver sur le terrain économique. La gauche au pouvoir n'a pas tenu ses promesses de vie meilleure, elle n'a pas répondu à leurs aspirations. La clé électorale, c'est la sortie de la crise économique, le retour de la croissance, la réindustrialisation du pays. C'est la « gauche du pouvoir d'achat » qui pourra les convaincre. »

Que voilà une belle pétition de principe. Totalement en contradiction avec ce que vous défendez.

Il est impossible de sortir de la crise économique dans les conditions de la concurrence libre et FAUSSEE, que favorisent la mondialisation libérale et le Traité de Lisbonne, que pourtant vous soutenez ardemment. Il est vrai que vous osez prétendre que le Traité de Lisbonne permet à la concurrence d'être libre et non faussée. Mais c'est précisément parce que la concurrence est libre et FAUSSEE que notre pays s'est désindustrialisé, aussi bien sous la droite que sous la gauche. Pour le réindustrialiser, il faudra donc en passer par une remise en cause de la mondialisation libérale et du Traité de Lisbonne.

L'application du principe de la concurrence libre et non faussée, que je fais mien, passe par l'adoption du principe de loyauté dans les échanges commerciaux internationaux. Cela nécessite pour notre pays de peser dans toutes les instances internationales, pour que ce principe ne se limite pas, seulement, à contrôler la part des aides publiques entrant dans la formation du prix des marchandises. Doivent aussi être harmonisées les règles sociales, fiscales et environnementales, qui elles aussi concourent à la formation des prix. Et si harmonisation il n'y a pas, il appartient à l'Europe, et si elle ne le fait pas, à notre pays, de rééquilibrer les termes de l'échange. Or, force est de constater que, dans son état actuel, le Traité de Lisbonne interdit toutes ces harmonisations (articles 113, 153, 196, entre autres, du traité de fonctionnement de l'union européenne -TFUE). Le marché y pourvoira, dit le Traité de Lisbonne (article 151).

Dans la foulée, je propose à votre sagacité, ce petit bijou qui contredit formellement l'affirmation de la plupart des dirigeants socialistes, selon laquelle, le Traité de Lisbonne ne favoriserait pas la libéralisation de l'économie. C'est même comme cela qu'ils nous ont vendu leur soutien à ce traité. Le petit bijou se niche à l'article 60 du TFUE : « Les États membres s'efforcent de PROCEDER À LA LIBERALISATION DES SERVICES AU-DELÀ DE LA MESURE QUI EST OBLIGATOIRE en vertu des directives arrêtées en application de l'article 59, paragraphe 1, si leur situation économique générale et la situation du secteur intéressé le leur permettent. »

La manière particulièrement scandaleuse dont fonctionnent l'Europe et la mondialisation libérales, conjointement ou alternativement dirigées par les libéraux et les socio-libéraux, est un autre vecteur de l'abstentionnisme populaire ou pire du vote à l'extrême droite.

Votre conclusion « La gauche ne gagnera pas si elle se renie. Elle gagnera si elle est la gauche. », me plaît. Sauf que, depuis 1983 jusqu'à son soutien du Traité constitutionnel européen en 2005, et du Traité de Lisbonne, la gauche dite de gouvernement n'a pas cessé de se renier et de s'éloigner du peuple. Dans le reste de l'Europe, c'est encore pire.

Le salut viendra de la gauche antilibérale, pour une Europe itou. Mais patience.

REPONSES A MON ARTICLE PARUE SUR LE SITE DE MEDIAPART (sous l’article « Le peuple glisse-t-il à droite ? C’est bien vite dit. ») :

05/07/2011, 08:53PAR THIAIS94BELLEPINE

très intéressant! je me suis régalé à vous lire d'un trait; je reviendrai certainement pour vous relire avec plus de recul et plus de réflexion; mais cet éclairage historique que vous nous fournissez avec la fameuse décision de Nixon sur la désindexation du dollar d'actifs réels et palpables tel l'or, est fort édifiant...Avec les conséquences en découlant que vous listez. Vous me donnez d'ailleurs fort envie d'aller lire Marx; car on en parle beaucoup de ce philosophe...Mais combien l'ont lu parmi les gens de ma génération (bientôt 40 ans au compteur)? Très peu à mon avis; pas forcément pour adhérer mais juste pour découvrir réellement...Et encore, moi j'ai été nourris (sous d'autres cieux) au son du "marxisme léninisme"...

05/07/2011, 12:22PAR SCHOUM1

@Robert Mascarell

depuis 1983 jusqu’à son soutien du Traité constitutionnel européen en 2005, et du Traité de Lisbonne, la gauche dite de gouvernement n’a pas cessé de se renier et de s’éloigner du peuple

Superbe résumé et analyse cher Amis

Militant du parti communiste depuis 1962 et lors du congrès de Metz, comme la majorité des Militants communiste, rejoins la candidature de Mitterrand

Pour Mélenchon idem pour moi, je le suis et rejoint depuis son départ du PS

Perso Je pense que seul ce bonhomme pourra réconcilier toute la gauche, la vraie

Amités

Paul

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