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Publié par St-Etienne/Mascarell

France, le pays paradoxal

Par christian le lundi, janvier 17 2011, 12:58

Il y a un mystère français : comment un pays ayant autant d’atouts peut-il afficher des performances aussi médiocres ? Car la France a tout pour réussir ! Elle dispose des hommes en quantité et qualité suffisantes, grâce à un taux relativement élevé de fécondité des femmes parmi les pays industriels et à une qualité reconnue de nos meilleures formations. Les produits de nos grandes écoles et de nos meilleures universités sont très recherchés, selon leurs spécialités, par les industriels allemands, les financiers anglo-saxons ou les start-ups californiennes. Elle dispose également des capitaux, avec un des taux d’épargne des ménages parmi les plus élevés au monde et des banques et assurances dont la puissance et le professionnalisme sont reconnues dans la finance mondiale. Nos capacités managériales dans la sphère marchande sont tout aussi remarquables comme en attestent l’internationalisation du CAC 40 dont les entreprises peuvent être décrites comme du management français appliqué à des capitaux étrangers pour produire de façon efficace dans le monde global (les entreprises industrielles du CAC 40 sont possédées pour moitié par des actionnaires étrangers et réalisent les deux tiers de leur activité et les trois quarts de leurs profits hors de France). Alors comment expliquer ce climat délétère de fin de monde, ce manque de confiance qui fait douter de l’avenir à trois quarts des Français, cette quasi-certitude que les générations futures vont moins bien vivre que les précédentes ? La France traverse une terrible crise de confiance en elle-même qui frise en permanence, et simultanément, la crise de nerf et le ridicule.

Deux grandes raisons expliquent cet apparent paradoxe. D’abord, le mythe d’une République unitaire et égalitaire n’est plus que cela : un mythe ! La France est devenue très hétérogène alors que son système politique et social a été fabriqué par les ordonnances de Charles de Gaulle de 1944 – 1945, avec l’appui des communistes, et la Constitution de 1958 modifiée par l’élection du président au suffrage universel. Ce fondement politico-social a été conçu pour une France blanche et chrétienne, fille aînée de l’Eglise et du Communisme, dotée d’une économie dirigée par l’Etat et dont le commerce extérieur et les échanges financiers étaient totalement contrôlés par l’Etat jusqu’en 1990 (date de l’abandon du contrôle des changes et de l’ouverture de nos marchés financiers). Or la France est passée, sans transition, à une économie globalisée sans se doter de fonds de pension pour stabiliser le contrôle de ses entreprises, sans réécrire un contrat social dispendieux qui accorde trop de droits sans contreparties, et sans être capable de développer une économie entrepreneuriale forte et un système d’innovations permettant de renouveler sa production. Le système éducatif s’est fracassé sur la diversité des enfants et de leurs familles, l’idéologie du collège unique transformant cette diversité en usine à échecs. La sécurité sociale devenant un acquis offert à tous les résidents, sans contributions obligatoires pour les nouveaux arrivants, a créé un formidable appel d’air pour tous les migrants, souvent sans qualifications, alors que de plus en plus de jeunes qualifiés partaient s’installer à l’étranger. Le bilan des flux migratoires en termes de compétences professionnelles est devenu calamiteux. La France n’a su ni rendre son système social plus contributif et exigeant en termes d’effort et d’insertion, ni s’ouvrir aux étrangers qualifiés qui souhaitaient venir travailler dans notre pays. La passion égalitaire qui nous conduit à être le dernier pays de l’Union européenne à avoir un Impôt sur la fortune (ISF) qui fait fuir les entrepreneurs et les capitaux dont nous avons tant besoin, un taux d’impôt sur les sociétés le plus élevé de l’Union depuis 2008 et un taux de fiscalité de l’épargne constamment alourdi, entretient la défiance des entrepreneurs et des investisseurs qu’on encourage par ailleurs à investir avec des dispositifs fiscaux de plus en plus coûteux. Le corporatisme qui s’épanouit dans un système social étatique a produit une France de statuts qui protègent une moitié de la population, tandis que l’autre moitié trime, comme des soutiers, de CDD en chômage. Cette alliance de corporatisme et d’étatisme déresponsabilisant nourrit une société de défiance qui fait de chacun l’ennemi de l’autre. Ensuite, cette France, dont l’hétérogénéité est structurellement aggravée par les préjugés de l’action publique en matière sociale, fiscale ou migratoire, subit une crise massive d’intelligence. La France ne vit pas dans le monde mais dans une représentation tronquée de ce monde : nos élites s’imaginent au centre du jeu alors qu’elles sont de plus en marginalisées, comme le montre la place de nos universités dans le classement de Shanghai ou le fait que notre littérature et notre culture sont ignorées ou moquées hors de nos petites frontières. Elles pensent qu’elles peuvent organiser un monde qu’elles ne comprennent pas. Or le peuple est tout sauf stupide : il perçoit parfaitement l’affaiblissement national, le blocage de l’ascenseur social, le rétrécissement du champ des possibles en dépit des atouts exceptionnels du pays. Et c’est bien ce double décalage résultant d’un système politique et social qui déconstruit les avantages de la diversité par son incapacité à responsabiliser les acteurs publics et privés et de pseudo-élites opérant dans une représentation tronquée du monde qui alimente la crise de confiance massive que traverse notre pays. Comme à la veille de l’effondrement du système soviétique, c’est la distance entre ce que prêchent des élites, dont l’inefficacité est à la mesure de leur arrogance, et les réalités que le peuple observe qui alimente la déconsidération de ces mêmes élites.

Le paradoxe s’épaissit quand les mêmes Français, qui doutent de l’avenir du pays, prennent des décisions dans la sphère privée qui dénotent une forte confiance en eux-mêmes. Pourquoi faire des enfants si l’on ne croit pas en l’avenir ? Pourquoi épargner pour demain si le monde doit être sans lendemain ? Pourquoi vouloir conduire une moitié de génération à bac + 3 et un quart de génération à bac + 5 si une croissance indéfiniment anémique doit conduire au déclassement massif de tous ces jeunes ? Pourquoi adopter avec autant d’enthousiasme toutes les technologies numériques et s’ouvrir aux innovations biologiques si le progrès ne peut plus être un vecteur de dépassement des contraintes qui s’imposent à l’homme ? Les Français et les familles, par leurs actes au quotidien, démontrent qu’ils croient que demain peut être meilleur, ce qui rend d’autant plus insupportables les rodomontades de leaders politiques, sociaux et culturels qui organisent consciemment ou inconsciemment la stagnation du pays. Le paradoxe français d’un pays surdoué qui patine sur lui-même et d’une nation dotée d’atouts exceptionnels qui déprime ne se résoudra pas sans un choc d’une violence extrême contribuant à balayer des pseudo-élites politiques et culturelles coupées du monde réel, comme la défaite de 1940 avait ouvert le champ aux hommes qui jetèrent les bases des trente glorieuses. Un pays dans lequel on ne peut plus construire de diagnostics partagés fondant une action publique résolue, alors que le monde accélère vers de nouveaux horizons, est un pays mûr pour une révolution.

Robert Mascarell

Le fil rouge de votre article, c’est le déclin de la France. C’est à mon sens, la seule chose qui ressorte clairement de votre article. Pour le reste, il est plutôt confus.

Regrettez-vous que la France unitaire et égalitaire ne soit plus qu’un mythe ? Ou bien souhaitez-vous que cela redevienne réalité ?

Si je vous comprends bien, vous regrettez que notre pays ne se soit pas doté de fonds de pension. En gros, vous souhaitez que notre pays soit encore plus dominé par l’économie financière et spéculative.

Je pense exactement l’inverse. Les peuples du monde entier souffrent que, pour les tenants de l’économie libérale mondialisée, il soit plus profitable de spéculer sur les marchés financiers, plutôt que d’investir dans la recherche, l’industrie, l’éducation.

Qu’entendez-vous par « contrat social dispendieux qui accorde trop de droits sans contreparties» ? Que les dépenses sociales sont trop élevées ? Qu’il y a trop de droits sociaux ?

Puisque vous parlez de contreparties, pourquoi vous ne dites pas un mot des subventions et exonérations sociales et fiscales accordées SANS CONTREPARTIES aux employeurs ? Ne vous en déplaise, Monsieur Saint-Etienne, les employeurs sont les plus grands assistés de France. Les plus gros en particulier. Ils sont suivis par les gros agriculteurs.

Pour votre gouverne, les nouveaux arrivants immigrés cotisent de la même façon que les salariés français, lorsqu’ils travaillent.

Pourriez-vous en dire plus sur la notion d’ « étrangers qualifiés » ? Vous reprenez l’idée chère à Nicolas Sarkozy. Elle a pour conséquence de piller les pays pauvres de leur matière grise.

Preuve du déclin de la France, à vos yeux, sa particularité d’ « être le dernier pays de l’Union européenne à avoir un Impôt sur la fortune (ISF) qui fait fuir les entrepreneurs et les capitaux dont nous avons tant besoin ».

Je ne sais pas pourquoi, mais votre ire contre l’ISF m’évoque irrésistiblement la fuite sans gloire du couple Ben Ali avec, dans ses bagages, 1,5 tonne d’or. Ces deux-là ont anticipé que les nouveaux maîtres de la Tunisie allaient s’en prendre à leur fortune et à celle de leurs congénères les plus fortunés. J’appelle ça de la haute trahison. Et vous ?

Si l’ISF fait fuir les entrepreneurs français. Bon vent ! Mais attention, ça ne sera pas sans risque. Ceux-là n’auront le droit au retour en France qu’une fois leurs capitaux rapatriés. Quant à tous les biens que ces traitres ne pourront pas emporter à la semelle de leurs souliers, un Etat et un gouvernement dignes de ce nom devront les en déposséder au profit de la collectivité. A l’instar des représailles que les révolutionnaires français ont infligées aux émigrés de Coblentz, entre 1789 et 1800.

A propos de l’impôt sur les sociétés, le plus élevé de l’Union dites-vous. Souhaitez-vous que son taux soit abaissé à 12,5 % comme en Irlande ? Vous savez, ce pays aujourd’hui en faillite, mais qui fut le modèle des libéraux.

Je crois comprendre que vous souhaitez que la moitié de la population bénéficiaire de statuts soit alignée sur les travailleurs les plus précaires. Moi, c’est exactement l’inverse. Je milite pour que tous les salariés bénéficient de droits plus protecteurs.

Vous regrettez que l’alliance de corporatisme et d’étatisme fasse de chacun l’ennemi de l’autre. Mais c’est le libéralisme qui veut ça. Regardez la soi-disant Union européenne. Tous ses membres sont en concurrence féroce.

A propos du classement de Shangaï, je ne lui reconnais aucune valeur scientifique. Trouvez autre chose pour dénigrer votre pays.

Je conclus sur une note heureuse, comme l’ami BA, je partage votre conclusion, la France est un pays mûr pour une révolution. Bonne nouvelle ! Mais on ne viendra pas vous solliciter pour l’orienter.

Le jeudi, janvier 20 2011, 19:08 par OB

On voit dans cet échange à quel point les approches intellectuelles voire sentimentales ou dogmatiques occupent immédiatement le débat... et le tuent aussitôt.

C'est la preuve une fois de plus de l'impossibilité d'aborder sereinement aujourd'hui en France les grands sujets qui appellent pourtant des réponses et des adaptations qui interessent pourtant tous les citoyens : retraite, éducation, décentralisation, santé, service public...

C'est probablement en partie la conséquence du grand clivage "droite /gauche" né du mode de scrutin dans la 5è République, ne permettant qu'à 2 candidats (donc 2 courants) d'être présents au 2nd tour.

Il importe pour exister dans ce mode électoral, d'être opposé au camp adverse, et surtout, de ne partager aucune option !

40 années en entreprise m'ont appris en ce qui me concerne que tout sujet, quel qu'il soit, doit faire l'objet : 1) d'un inventaire du contexte, naturellement factuel et chiffré, qui échappe donc à toute interprétation sentimentale.

2) d'un diagnostic à partager consensuellement (ceux qui ne sont pas d'accord amènent les éléments d'éclairage manquants aux autres jusqu'au consensus);

Ce diagnostic aboutit naturellement à une liste de pistes d'actions.

3) d'un arbitrage objectif en fonction des ressources, des urgences, du calendrier.. tous éléments factuels également à partager.

Combien de dossiers sont abordés de la sorte en France ?

Qui a vu un diagnostic synthétique, pédagogique et argumenté sur l'un ou l'autre des sujets cités ci-dessus ?

Combien de représentants politiques (de tous bords) font l'effort de s'inscrire dans une telle démarche explicative et associative vis à vis de leurs électeurs ?

Les avis sont sentimentalement pris avant que les dossiers soient étudiés.

Exemple dans l'échange ci-dessus: le vocable "fonds de pension" entraîne avant même de savoir de quoi l'on parle, une aversion immédiate de la part de celui qui s'estime probablement "de gauche" face à un "ultra libéral".

Un fonds de pension est pour moi a priori un outil qui permet de confier à des spécialistes le transport d'une épargne dans le temps; il ne contient donc structurellement aucun vice a priorisauf si l'on estime que l'épargne ets un sacrilège !

Que ces fonds soient gérés avec un cahier des charges précis portant une éthique particulière (et partagée) est un autre débat qu'il faut certainement ouvrir, c'est précisemment mon propos.

Je profite de cet échange pour promouvoir un modèle qui est précisemment de nature à rétablir une forme de dialogue et de responsabilisation avancés en entreprise, et pourquoi pas dans l'ensemble de la société civile : je fais référence à l'économie sociale malheureusement peu porté aujourd'hui par nos leaders d'opinion.

Ce modèle propose poutant des arguments indiscutables en terme économiques (accord sur le partage des profits entre l'entreprise, ses salariés et ses actionnaires - consensualité dans la décision sur les "trajectoires" de développement , d'investissement, de dépenses (dont salaires) dans l'entreprise..) et en terme sociaux (partage des fruits de l'activité - pédagogie et responsabilisation autour de la connaissance de l'environnement et de la prise de décision..).

Notre modèle d'organisation en France, avec une élite jacobine issue de l'ENA ou des grandes écoles qui forment les futurs patrons de grandes sociétés ou nos élus (de tous partis), une administration puissante omniprésente , des syndicats ouvriers protégés dans de grandes centrales nationales, des grandes sociétés étatisées (ou non) qui canalisent toutes les attentions des gouvernants des médias et de l'opinion (où sont les pme en France comparables à celles de l'Allemagne ou l'Italie ?), une croyance aveugle des citoyens en l'Etat Providence et un déni de l'évolution du monde et de ses nouvelles contraintes.... tout cela plus la dictature du court terme dans les programmes et les prises de décision, plus nos penchants naturels vers l'information affective plutôt qu'objective qui réclame effort et reflexion, plus l'individualisme forcené de nos sociétés, même une révolution ....

ROBERT MASCARELL

@ OB

J’ai comme vous plus de 40 ans d’expérience professionnelle.

Je consacre une grande partie de mon temps de retraité à la défense prud’homale des salariés, évidemment bénévolement. A ce titre, je reçois, dans mes permanences de syndicaliste-juriste, des salariés de tous âges, tous sexes, toutes origines ethniques, toutes religions, toutes opinions politiques, toutes branches professionnelles, tous types d’entreprises, toutes qualifications. La plupart ne sont pas syndiqués.

Cette longue expérience a décillé mes yeux. Les rapports sociaux sont d’une cruauté sans pareille. Dans les entreprises, foin de consensus.

Il y a effectivement un grand clivage droite/gauche et, à l’intérieur de chacun de ces blocs : entre la droite et l’extrême-droite et entre la gauche libérale et la gauche antilibérale. Pour moi, ces clivages ont très peu à voir avec le mode de scrutin de la 5ème République, mais beaucoup plus avec l’histoire nationale et internationale et avec la rudesse des rapports sociaux.

A des exceptions près, le sentimentalisme interfère peu dans les débats politiques, économiques et sociaux.

Le clivage à propos des fonds de pension n’a évidemment rien à voir avec une approche sentimentale. Il tient à la conception que l’on a du mode de règlement de la retraite.

Vous dites qu’un fonds de pension est « a priori un outil qui permet de confier à des spécialistes le transport d'une épargne dans le temps; il ne contient donc structurellement aucun vice a priori, sauf si l'on estime que l'épargne est un sacrilège ! »

Défini comme ça, le fonds de pension apparaît très anodin. Encore qu’il serait bon de savoir qui sont les « spécialistes » auxquels vous faites référence. Mais passons. Vu comme ça, il n’y aurait pas de quoi cliver l’opinion.

Mais il s’agit-là d’une présentation édulcorée.

L’épargne dont vous parlez ce n’est pas n’importe quelle épargne. Il s’agit des cotisations de retraite payées par les salariés et par les employeurs, collectées par l’ensemble des caisses de retraite. Ces fonds sont gérés par capitalisation. Ils sont donc « transportés », pour reprendre votre mot, vers les marchés financiers.

Le principe de la capitalisation infère deux inconvénients majeurs :

1/ Les fonds de pension sont un des vecteurs principaux de la financiarisation de l’économie mondiale. C’est-à-dire d’une déconnexion avec l’économie réelle. Les taux de retour exigés par les fonds de pension sont de l’ordre de 15 à 25 %. Les taux de croissance des pays développés sont de l’ordre de 2, voire moins, à 5 %. D’où la constitution d’une énorme bulle financière. 2/ Les cotisations de retraite « transportées » en bourse, en subissent les aléas, notamment quand éclate la bulle financière. Voyez ce qui se passe aux Etats-Unis.

Permettez-moi de préférer à la capitalisation, approche individualiste, voire égoïste, du problème de la retraite, la solidarité intergénérationnelle.

Dans la formule que je chéris, se pose la question de l’abondement des caisses de retraite, tous régimes confondus et des durées de carrières. J’ai ma petite idée, mais c’est un autre débat qu’il serait bon d’avoir, à l’occasion d’autres commentaires. J’y suis prêt.

Je suis également preneur d’un débat sur l’économie sociale. A priori, j’y suis favorable, en tant qu’un des moyens d’organisation de l’économie et de la société.

J’espère n’avoir pas été trop dogmatique.

Le vendredi, janvier 21 2011, 14:09 par OB

@Robert Mascarell

Merci pour votre commentaire.

Je partage intellectuellement avec vous le principe de solidarité intergénérationnelle, à condition de pousser l'analyse factuelle jusqu'au bout notamment en ce qui concerne la gestion de l'intergénérationnalité.

Il est quasi impossible que les générations successives soient économiquement équivalentes en effectifs, durée de vie, revenus, potentiel de contribution....

Il y a forcémment à gérer un différé de temps (le temps du prélèvement des cotisations n'est jamais strictement celui du versement des pensions), et un différé de masse monétaire (le volume des prélèvement n'est jamais strictement égal à celui des versements, pour de multiples raisons: ex les crises peuvent réduire l'assiette des contributions..).

De plus, il est une liberté essentielle de chacun de vouloir organiser sa fin de vie comme bon lui semble, de constituer ou non une épargne de son choix : immobilier - actions - assurance vie.. qui sera la variable d'ajustement entre ce que lui versera le système et ce à quoi il aspire.

Dans les 2 cas, gestion du système général des retraites et gestion de l'épargne individuelle, il y a bien lieu de recourir à des institutions spécialisées en "capitalisation" qui mettent d'une part dans le système la flexibilité nécessaire pour gérer les décalages indiqués, et d'autre part ont pour mission de sécuriser a minima les versements , voire les faire fructifier pour en améliorer la performance.

Encore une fois l'outil "fonds de pension" n'est pas un gros mot.

Ce qui importe c'est l'éthique des hommes qui interprètent cet instrument, comme d'ailleurs les autres instruments inhérents à la vie économique : le "profit", "la productivité", "la flexibilité", "l'adaptabilité"...

D'où mon propos sur l'économie sociale, système dans lequel j'ai exercé l'essentiel de ma vie professionnelle et qui me semble être une solution réaliste et éthique, efficace au plan économique et gratifiante au plan humain, en tous cas une alternative à des systèmes qui échappent de plus en plus à l'initiative de ceux qui croient les animer (du fait de la mondialisation des marchés, la dilution des "règles du jeu", la mainmise de la finance sur les activités..).

Ce modèle est réaliste car il n'a pas pour propos de remettre en question l'organisation économique telle qu'elle s'impose à nous mais plutôt de redonner à l'homme, si possible au niveau le plus "bas" de la décision, des clés pour orienter son destin au plus prés de ses interets.

Je vous invite à parcourir l'article qui suit et qui donne un bon aperçu de ce secteur qui occupe plus de 10% des salariés français :

http://www.monde-diplomatique.fr/20...

En ce qui me concerne j'ai vécu de l'intèrieur d'une mutuelle d'assurances (habillée en SA) le fonctionnement de ce modèle dont je donne quelques exemples concrets: - un actionnariat constitué pour partie de partenaires oeuvrant en complémentarité des activités de l'entreprise (donc solidaires "business" de fait), et pour partie des salariés ayant souscrit au capital de la société dans le cadre de leurs "plans épargne entreprise" abondés par l'employeur.

Ce montage a l'immense mérite de "cultiver" et responsabiliser la majorité des salariés au fonctionnement, aux documents comptables, aux marchés et à l'environnement de l'entreprise qui leur délivre une information trés complète et précise sur l'ensemble des sujets.

- des "trajectoires " de fonctionnement validées dans un pacte social : clairement, le niveau de marge à atteindre est discuté entre les différents acteurs de l'entreprise (dont les représentants des salriés), de telle sorte que son niveau doit permettre à l'entreprise de se développer (tarifs commerciaux pas trop élevés), de payer ses frais généraux (définition donc du niveau de la masse salariale et son augmentation), de réaliser ses investissements, et de rémunérer les actionnaires, dont les salariés grace à la participation.

Il s'agit en l'occurrence d'un cercle vertueux qui nécessite que la part des clients (les tarifs), la part de l'entreprise (investissements et frais généraux), la part des salariés (salaires et effectifs), la part des actionnaires (participation), soient nécessairement harmonisées et fasse l'objet d'un consensus.

Concrètement, la participation des salariés est assise sur la trajectoire des résultats commerciaux (ce qui incite à ne pas trop augmenter les tarifs des clients) ainsi que sur la trajectoire des frais généraux (ce qui incite à la productivité et une politique salariale raisonnable).

Si le résultat est au rendez-vous, la participation des salariés est activée, soit en versements cash, soit en possiblités d'achat d'actions de l'entreprise avec abondement.

Il va de soi que dans un tel système, la culture économique de tous les salariés de l'entreprise est élevée, le dialogue social est intense et optimum, et la négociation inscrite dans les gènes.

Au delà de la philosophie de l'économie sociale, c'est avant tout un dispositif extrèmement réactif et efficace où la prise de décision est locale et l'adaptation (au marché, aux aspirations des salariés, aux attentes "raisonnables" des actionnaires) optimum.

L'interêt de ce modèle n'avait d'ailleurs pas échappé à M Rocard qui évoque dans quelques belles pages de son dernier livre ("si ça vous amuse")son passé d'ancien ministre du plan ayant obtenu la tutelle du conseil supèrieur de la coopération, porte d'entrée vers l'économie sociale qu'il su structurer ensuite.

J'espère que cet homme éclairé aura enfin quelques disciples prêt à reprendre ce sujet qui pourrait largement faire le coeur du programme d'un candidat à la prochaine présidentielle.

Ce serait assurément le mien en tous cas

ROBERT MASCARELL

@ OB

Je répète que je suis favorable à l’économie sociale, en tant qu’un des moyens d’organisation de l’économie et de la société.

Mon postulat de départ c’est d’être fondamentalement hostile à l’économie capitaliste. Mais je reconnais que jusqu’à un certain stade de son développement, le capitalisme a représenté un progrès par rapport à la situation ante, et il a même été utile aux peuples. En gros, pendant la première phase du capitalisme industriel, au 19ème siècle. Karl Marx a lumineusement décortiqué le système capitaliste. Il a démontré que le capitalisme se développerait et changerait de forme au fil de la concentration inéluctable des entreprises, les plus grosses éliminant les plus petites, et de l’accumulation tout aussi inéluctable des capitaux. Si bien, qu’à force de concentrations et d’accumulations, le capitalisme serait de plus en plus dominé par le capitalisme financier. C’est-à-dire qu’il deviendrait plus profitable de spéculer sur les marchés financiers plutôt que d’investir dans l’économie réelle. Marx, dans Le Capital, parlait « d’argent qui pond de l’argent, monnaie qui fait des petits », pour illustrer cette phase du capitalisme, qui pour lui n’était qu’une prévision produit d’une analyse rigoureuse, qui pour nous est le capitalisme dans sa phase actuelle.

Disons que l’économie sociale qui vous est chère, et que je trouve acceptable, correspond à peu près à la première phase du capitalisme. Mais elle ne peut s’extraire de la logique infernale et incontournable du capitalisme : concentrations, accumulations.

L’article du Monde diplomatique, que j’ai lu à la suite de votre invitation, illustre parfaitement mes craintes. Les société coopératives, mutualistes, en grandissant, échappent de plus en plus aux sociétaires originels, et deviennent de plus en plus capitalistes. Si bien qu’elles vont « transporter » leurs capitaux sur les marchés spéculatifs.

Dans un domaine pas très éloigné, regardez ce qui se passe avec le micro-crédit en Inde. Une idée à l’origine sympathique, apparaît de plus en plus comme un cauchemar pour ceux qui y ont cru.

Là est la limite de l’économie sociale. Ce ne peut donc être une solution d’avenir.

L’humanité ne pourra faire l’économie de sortir du capitalisme, et adoptera, par nécessité, une économie de type socialiste, mais évidemment et surtout pas à la manière soviétique.

Quand ? Dans dix ans, dans vingt ans, dans un siècle, ou peut-être avant ? Il est impossible de le dire. Ma seule certitude, c’est que le socialisme au sens marxiste et non marxiste-léniniste est le débouché naturel du capitalisme.

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