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Publié par Robert Mascarell

Ci-après, je reproduis une lettre que j'ai envoyée à l'avocat de l'employeur du salarié que je défendais devant le Conseil de prud'hommes de la ville où j'interviens, bénévolement, en défense des salariés devant les juridictions sociales contre leurs employeurs, sur mandat de mon organisation syndicale préférée : la CGT.

Dans cette ville, cet avocat a la réputation justifiée d'être un catholique très convaincu. Mais dans l'affaire, justifiant ma lettre, cet avocat a eu un comportement particulièrement choquant à l'encontre du salarié que je défendais.

Depuis 5 mois, celui-ci ne recevait plus de salaire. Son employeur, un voyou incarcéré pour avoir sequestré une vieille dame, à qui il venait de racheter l'entreprise, pour lui soutirer de l'argent. Devant la résistance de cette dame, l'employeur en question n'avait rien trouvé de mieux que de lui couper une phalange d'un doigt de la main.

Devant l'urgence de la situation du salarié, j'avais introduit une procédure accélérée (en référé), pour que ses salaires des 5 derniers mois lui soient payés immédiatement. Le salarié et sa famille ne vivotaient qu'avec de maigres aides sociales d'urgence.

Eh bien ! l'avocat catholique s'est livré à toutes les manoeuvres procédurales possibles, pour empêcher que l'employeur voyou qu'il défendait soit condamné, séance tenante, à payer les salaires. Dans un premier temps, il est arrivé à ses fins. Le salarié a eu gain de cause plusieurs mois après, et bien au-delà même.

Mais en attendant, le salarié a vécu de la mendicité (l'affaire se passait à la Noël).

Je me suis donc permis de rappeler à cet avocat quelques versets de la Bible (qu'il enseigne d'ailleurs) parfaitement adaptés à la situation.

Voici donc cette lettre ironiquement grave :

le 13 février 2004

Robert Mascarell

à

Maître Philippe Couturier

Affaire : X contre Y

Cher maître, dont je respecte les convictions chrétiennes,

Permettez à un athée de mon acabit d’offrir à votre méditation ces quelques versets tirés de la Bible, et assez bien adaptés aux problèmes de conscience que pose, me semble-t-il, l’affaire citée en référence :

Lévitique chapitre 19

13 Tu n’opprimeras point ton prochain, et tu ne raviras rien par violence. Tu ne retiendras point jusqu’au lendemain le salaire de l’ouvrier.

Deutéronome chapitre 24

14 Tu ne feras point de tort au salarié pauvre et nécessiteux, qu’il soit l’un de tes frères, ou l’un des étrangers demeurant dans ton pays, dans tes portes.

15 Tu lui donneras le salaire de sa journée avant le coucher du soleil ; car il est pauvre, et il lui tarde de le recevoir. Sans cela, il crierait à l’Eternel contre toi, et tu te chargerais d’un péché.

Livre de Tobie chapitre 4

14 Paie le jour même son salaire à qui travaille pour toi.

L’Ecclésiastique chapitre 34

27 Celui qui répand le sang et celui qui trompe un ouvrier sur son salaire sont frères.

Jérémie chapitre 22

13 Malheur à celui qui bâtit sa maison par l’injustice, Et ses chambres par l’iniquité ; Qui fait travailler son prochain sans le payer, Sans lui donner son salaire !

Lettre de Jacques chapitre 5 Avertissement aux riches

1 A vous maintenant, riches ! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui viendront sur vous.

2 Vos richesses sont pourries, et vos vêtements sont rongés par les teignes.

3 Votre or et votre argent sont rouillés ; et leur rouille s’élèvera en témoignage contre vous, et dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé des trésors dans les derniers jours !

4 Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées.

5 Vous avez vécu sur la terre dans les voluptés et dans les délices, vous avez rassasié vos cœurs au jour du carnage.

6 Vous avez condamné, vous avez tué le juste, qui ne vous a pas résisté.

Lettre de Paul aux Philippiens chapitre 2

3 Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres.

Proverbes chapitre 18

5 Il n’est pas bon d’avoir égard à la personne du méchant, Pour faire tort au juste dans le jugement.

Jérémie chapitre 12

1 Tu es trop juste, Eternel, pour que je conteste avec toi; Je veux néanmoins t’adresser la parole sur tes jugements : Pourquoi la voie des méchants est-elle prospère ? Pourquoi tous les perfides vivent-ils en paix ?

2 Tu les as plantés, ils ont pris racine, Ils croissent, ils portent du fruit ; Tu es près de leur bouche, Mais loin de leur cœur.

Lettre de Paul aux Romains chapitre 2

13 Ce ne sont pas, en effet, ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés.

14 Quand les païens, qui n’ont point la loi, font naturellement ce que prescrit la loi, ils sont, eux qui n’ont point la loi, une loi pour eux-mêmes.

Lettre de Jacques chapitre 2

10 Car quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, devient coupable de tous.

Proverbes chapitre 21

13 Celui qui ferme son oreille au cri du pauvre Criera lui-même et n’aura point de réponse.

Proverbes chapitre 22

8 Celui qui sème l’iniquité moissonne l’iniquité, Et la verge de sa fureur le frappera lui-même.

9 L’homme dont le regard est bienveillant sera béni, Parce qu’il donne de son pain au pauvre.

Isaïe chapitre 10

1 Malheur à ceux qui font des lois injustes, aux scribes qui rédigent des décrets oppressifs,

2 pour écarter des tribunaux les pauvres gens, et dénier leurs droits aux miséreux de mon peuple, pour faire des veuves leur proie et dépouiller les orphelins.

3 Que ferez-vous le jour du règlement de comptes, lorsque la tempête fondra de loin ? Près de qui chercherez-vous secours, où placerez-vous vos richesses ?

Vous souhaitant de dormir du sommeil du juste, affirmant que la fin ne peut justifier les moyens, mais n’allant pas jusqu’à vous inviter à trouver votre chemin de Damas, à l’instar de Paul, à moins qu’un remord de conscience spontané ne vous y amène, je vous prie d’agréer, Cher maître, l’expression de ma considération distinguée.

TOUT EST POSSIBLE, SURTOUT A CEUX QUI ESPERENT.

L’ATHEE QUE JE SUIS, EN EST.

LE CHRETIEN QUE VOUS ETES EN EST-IL ?

MONSIEUR X, REDUIT A VIVRE DE L’AUMONE PUBLIQUE,

VIT DANS CETTE IMMENSE ESPERANCE.

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