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Publié par Madelin/Mascarell

La France manque d’une bonne boussole

11 avril 2011 Alain Madelin

Aujourd’hui, face au nouveau monde, la France a assurément un problème d’orientation. La politique manque de sens et une classe politique déboussolée semble ne pas trop savoir où elle va, ni même où elle est. Les problèmes économiques et sociaux se ramènent aujourd’hui presque toujours à la promesse d’une bienveillante intervention de l’Etat. «Vous avez un problème ? L’Etat a une solution.» Deux exemples au hasard de l’actualité : le logement est trop cher, disent les socialistes, il faut donc que l’Etat construise davantage et bloque les loyers ; les prix du gaz et de l’électricité augmentent, il faut que l’Etat en fixe le juste prix, nous dit le gouvernement ! Une telle approche passe à côté de la réalité et de la complexité du monde d’aujourd’hui.

Les nouvelles générations connaissent le test proposé par Facebook («The world’s smallest political quiz») pour indiquer leur sensibilité politique. Quelques questions, et vous vous retrouvez positionné sur un diagramme à deux dimensions : un axe horizontal traditionnel «gauche-droite», une verticale «plus ou moins d’Etat». L’approche bidimensionnelle d’un tel quadrant politique, élaboré par des chercheurs américains, Maddox et Lilie, rejoint les travaux du psychologue britannique Hans Eysenck. Dans tous les cas, il s’agit d’ajouter une dimension «confiance dans la liberté individuelle – confiance dans l’Etat» qui transcende l’approche gauche-droite. De la même façon que la boussole a permis la découverte et l’exploration de nouveaux continents, un tel quadrant politique est aujourd’hui indispensable à la compréhension du monde. A l’époque de la télévision couleur en 3D, la politique se doit d’abandonner le Noir et Blanc et de passer pour le moins en deux dimensions.

Cette prédominance de la dimension étatique s’explique par le fait que l’on a longtemps pensé que plus les choses devenaient complexes, plus elles devaient être rationnellement dirigées d’en haut. Cette idée a dominé tout le XXème siècle. Or, et la science et les réalités du monde, celles de l’interdépendance des hommes et du savoir à l’ère des réseaux nous disent que plus un système est complexe, plus il doit faire place à l’autonomie des éléments qui le composent. Plus la société est complexe, plus les hommes qui la composent doivent être libres et responsables. Pour comprendre le Nouveau Monde qui se construit – et agir sur lui -, il faut revenir à une distinction antérieure à l’apparition des notions de gauche et de droite. Celle qui nous dit dans la lignée de deux grands philosophes anglais, Hobbes et Locke, qu’il existe deux façons d’ordonnancer la société selon que l’on place la souveraineté – c’est-à-dire la source du droit et du pouvoir – dans l’Etat ou dans les personnes. Deux conceptions de la société et du pouvoir, qui opposent les partisans des droits de l’homme et les tenants de la force.

La chute du mur de Berlin a signifié la fin d’un monde dominé par la souveraineté des Etats sur les individus. La révolution du savoir numérique (Internet…) achève cette remise en cause des structures centralisées et pyramidales du pouvoir. C’est là une véritable révolution copernicienne pour une France sans aucun doute plus «addicte» à l’Etat que bien d’autres nations. Cette nouvelle dimension enrichit la traditionnelle distinction gauche-droite. Celle-ci, on le sait, trouve sa source dans un vote à l’Assemblée constituante de Versailles le 28 août 1789. Les débats qui portaient sur le droit de veto, c’est-à-dire sur les pouvoirs de l’exécutif monarchique, ont vu les partisans du droit de veto se regrouper à droite du président de séance. Ainsi, sans doute inconsciemment, une partie de l’assemblée s’est située à la place d’honneur, du côté de l’autorité, de l’ordre établi, «à la droite du père». L’autre partie, celle de la contestation de cet ordre, et de l’affirmation des droits individuels – protecteurs des plus faibles -, s’est retrouvée à gauche.

Dans une telle configuration historique, il est intéressant de noter que la gauche était libérale ou, ce qui revient au même, que les libéraux étaient de gauche. Par la suite, bien d’autres clivages sont apparus. Toujours est-il que, aujourd’hui, armés de notre quadrant, nous ne pouvons que constater le grand décalage entre un univers politique national presque tout entier situé dans un espace Ouest-Sud-Est, c’est-à-dire gauche et droite pointées ensemble vers le sud de la confiance dans l’Etat, et un Nouveau Monde qui, Ouest-Nord-Est, guidé par l’Etoile polaire de la confiance dans la personne. La reconfiguration est nécessaire et inéluctable. Dans le patrimoine historique et culturel de la gauche, il y a la confiance dans la liberté individuelle, dans le progrès et la volonté «émancipation» des personnes par rapport aux tutelles de toutes sortes. Rien de plus moderne. Dans le patrimoine historique et culturel des libéraux, affranchis des conservateurs, il y a le parti pris pour la défense des faibles contre les puissants, l’affirmation forte des droits individuels et la générosité sociale. Rien de plus nécessaire. Pour mieux comprendre le monde ou pour tracer de nouvelles routes, il est vivement conseillé d’embarquer ce précieux quadrant politique.

Source La Tribune

Commentaire de Robert Mascarell

Vous voilà de retour. C’est le signe que la droite est en péril. J’en suis réjoui. Je n’arrive même pas à être inquiet. Vous nous revenez égal à vous-même, aussi fanatiquement libéral. Un peu à la manière de Georges Marchais, qui la veille de la chute du Mur de Berlin osait encore prétendre que le bilan de l’Union Soviétique et de ses pays satellites était « globalement positif ». La crise des subprimes vous laisse manifestement de marbre. L’Etat est toujours votre bête noire. Vive l’initiative privée autorégulatrice.

Pour démonstration de votre credo, vous prenez l’exemple du problème du logement.

Formidable c’est celui que j’aurais pris pour faire litière de vos arguties.

Avant d’en arriver là, je conviens avec vous que l’axe « droite-gauche » ne rend pas suffisamment compte des clivages politiques. Il faut y ajouter l’axe « plus ou moins d’Etat ». Mais évidemment, surgit alors la confusion. Dans le plus comme dans le moins d’Etat se retrouvent mêlés des partisans de la gauche et des partisans de la droite. Vous avez compris que je suis un partisan de la gauche et du plus d’Etat. Les péripéties économiques mondiales de ces dernières années me renforcent dans ces convictions.

En dépit de la force de mes convictions, je ne néglige pas non plus, à l’instar des économistes libéraux, d’agir et penser avec pragmatisme. Il en est ainsi face aux problèmes du logement.

Force est de constater, qu’en France, plus particulièrement dans les centre villes, il est de plus en plus difficile, voire impossible, aux titulaires de revenus modestes de se loger. Force est de constater qu’il se construit de moins en moins de logements vraiment sociaux, c’est-à-dire que beaucoup trop de logements sont baptisés sociaux pour les statistiques, mais ne le sont pas en réalité puisque inaccessibles aux plus petits revenus.

Cette situation est vieille de plusieurs décennies et affecte autant les politiques de plusieurs gouvernements successifs, de droite comme de gauche. Ce n’est possible que parce que notre pays est dirigé par des partisans du moins d’Etat. Je vous inclus dans ceux-là, lorsque vous étiez ministre.

Ce constat me permet de faire la mise au point suivante : l’Etat est juridiquement impersonnel et donc au-dessus de la société civile. Mais dans la pratique, il est ce que la majorité politique, détentrice du pouvoir, a décidé d’en faire. Si à la tête du pays se trouve un partisan du moins d’Etat, il va tout faire pour l’affaiblir afin de justifier de l’affaiblir plus encore. Evidemment, qui dit moins d’Etat dit moins de services publics et plus de facilités accordées au secteur privé. Toutes les conditions sont donc délibérément créées pour discréditer les services publics.

La politique du logement constitue déjà un échec gravissime. Il promet de l’être plus encore. La raison en est que l’Etat et les collectivités locales ne maîtrisent rien du tout. Les prix du foncier, de la construction, des loyers sont livrés à la spéculation, au nom de la liberté des prix, de la liberté d’entreprendre, du respect du droit de propriété. Bizarrement, l’intérêt général n’est jamais mis en avant.

Curieusement, les libéraux de votre acabit, si prompt à se dire pragmatiques, ne concluent pas, devant cet échec retentissant, que puisque le secteur privé fait la démonstration de son incapacité à se préoccuper de l’intérêt général, ce dont d’ailleurs on ne peut le blâmer, il revient à l’Etat de jouer ce rôle-là.

En l’espèce, l’Etat doit se donner les moyens d’intervenir sur les prix du foncier nécessaire à la construction de logements sociaux, sur le montant des loyers, bref contre la spéculation. Le gouvernement, gestionnaire de l’Etat, doit aussi faire respecter la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbains) non seulement par des amendes doublées après chaque récidive de non-application, mais par des sanctions pénales aggravées après chaque récidive, frappant les maires délinquants.

Aujourd’hui, comme hier, les gouvernements se contentent de payer des sommes astronomiques aux hôteliers chargés de reloger, dans des conditions indignes, les plus misérables chassés de partout et surtout des centre villes.

Quant à la fameuse loi DALO (Droit Au Logement Opposable), c’est un leurre.

Seul l’Etat est dépositaire de l’intérêt général, même quand il est dirigé par ses ennemis. Ne vous en déplaise, Monsieur Madelin, je place la défense de l’intérêt général au-dessus de la défense du droit de propriété. Et pour faire bonne mesure, je ne mets pas l’intérêt général dans l’obligation d’être rentable. Si c’est possible, tant mieux, si ça ne l’est pas tant pis. J’ai en tête, dans le second cas, tout ce qui concerne le maintien de services publics de qualité égale dans tout le territoire national.

Pour conclure, je dis que je ne suis pas hostile à l’existence d’un secteur privé de l’économie dès lors que son fonctionnement ne nuit pas à l’intérêt général. Pour tout ce qui fonctionne en réseau, le secteur public est seul habilité (transports ferroviaires, routes, eau, électricité, gaz, poste, santé,….), comme pour tout ce qui est de nature régalienne (armée, armement, police, enseignement,….).

Quant à la notion de concurrence libre et non faussée, chère à l’Europe des 27, laissez-moi rire.

Robert Mascarell

le 26 avril 2011

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