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Publié par St-Etienne/Mascarell

Etat stratège ou déclin : il faut choisir !

Par christian saint-étienne, le samedi, septembre 11 2010, 14:45 - Articles

La France est entrée dans une période de sous-développement relatif depuis une quinzaine d’années. Elle a perdu un tiers de ses parts de marché à l’export entre 1998 et 2008, l’année 2009 permettant une stabilisation précaire à un bas niveau. Depuis un an, l’industrie française passe largement à côté de la reprise du commerce mondial qui permet à l’Allemagne d’afficher un rebond exceptionnel de sa croissance. L’industrie automobile est un bon indicateur de la réalité de notre position compétitive. Les constructeurs français ont augmenté leur production mondiale de véhicules de l’ordre de 20% depuis dix ans. Mais alors qu’ils produisaient deux tiers de leurs voitures en France et un tiers à l’étranger il y a dix ans, la proportion est inversée aujourd’hui. Pour compléter ce sombre tableau, le « made in France » recule dans presque toutes les filières industrielles. Même pour les produits qui restent encore assemblés dans l’Hexagone, la part de composants français a chuté de 75% en 1999 à 69% en 2009. Il résulte de la faiblesse de la croissance – environ 1% l’an depuis dix ans -, une extrême faiblesse du taux d’activité de la population : si la France avait aujourd’hui le même taux d’activité qu’en Allemagne, nous aurions deux millions d’emplois en plus, à population française donnée. Ce serait autant de cotisations sociales en plus et de prestations (chômage et RSA) en moins, avec un impact favorable d’au moins deux points du PIB sur le déficit public. Mais l’impact serait au moins aussi fort sur l’intégration des jeunes dans le marché du travail et une vie honnête en société. Ainsi, l’insuffisance de croissance depuis dix ans provoque plus que des troubles sociaux ou de sécurité publique : nous sommes frappés par une perte de confiance collective qui provoque un trouble sociétal auquel on ne peut pas répondre uniquement par la mise en œuvre d’un Etat policier, même si une réponse policière déterminée s’impose face à la multiplication d’actes inadmissibles.

La France a multiplié les obstacles à sa propre croissance depuis dix ans, avec un impôt sur la fortune (ISF) qui a fait fuir environ 20 000 entrepreneurs et plus de 300 milliards de capitaux productifs depuis douze ans, un bouclier fiscal qui ne compense pas les inconvénients de l’ISF mais contribue à « pourrir » le climat politique, et l’instauration des 35 heures il y a dix ans qui ont durablement cassé le primat de la valeur travail au moment même où les pays émergents accéléraient massivement leur développement et où l’Allemagne mettait en œuvre ***des réformes qui ont restauré sa compétitivité - avec les effets que l’on voit. On a « tout faux » sur le plan stratégique depuis une douzaine d’années, et les bonnes mesures prises récemment comme le crédit d’impôt-recherche et la réforme de la taxe professionnelle ne sont qu’une réponse très partielle au mal qui nous consume. De plus, la France n’aborde que tardivement et marginalement le mouvement massif de métropolisation de la croissance qui se renforce sur l’ensemble de la planète dans le cadre d’une économie de l’innovation. La globalisation de l’économie mondiale n’est pas un phénomène homogène mais un phénomène de concentration métropolitaine et de diffusion progressive des innovations sur l’ensemble des territoires : ce n’est pas la Chine qui se développe, mais d’abord Shanghai, Canton, Pékin, Hong-Kong, etc. Le « rapport 2009 sur le développement » de la Banque mondiale montre le rôle clé de l’urbanisation dans le développement économique. On constate notamment que les activités de recherche et d’innovation sont parmi les plus concentrées au monde. Dans la mesure où, dans de nombreuses activités, les rendements d’échelle sont croissants, le saupoudrage des ressources est inefficace car il ne permet pas d’atteindre la masse critique nécessaire pour être efficace et compétitif à l’échelle nationale ou internationale.

Ainsi la France a non seulement « tout faux » sur le plan stratégique depuis une douzaine d’années, mais elle est la reine du saupoudrage de l’activité économique et de l’action politique au moment où tous les autres pays, développés et émergents, concentrent leurs forces dans un monde en évolution rapide. L’axe central de notre politique d’aménagement depuis vingt ans est l’affaiblissement de l’Ile-de-France au prétexte que Paris serait le prédateur des richesses de nos territoires. Tout est archi-faux dans cette approche. Non seulement le Grand Paris n’est pas prédateur mais c’est une colossale machine à redistribuer : 29% du PIB français est produit en Ile-de-France qui bénéficie seulement de 22% du revenu national. Sous prétexte d’une prédation qui n’existe pas, le taux d’investissement en infrastructures a été presque trois plus faible dans le Grand Paris que dans les Grands Londres et Berlin depuis quinze ans. Il en résulte que le moteur économique de la France hoquète au lieu de tirer la croissance nationale.

Il est donc urgent de mettre en place un Etat stratège qui recrée les conditions de la croissance en France et qui mise sur nos grandes métropoles (Paris, Lyon, Marseille et une quinzaine de métropoles régionales) afin de revitaliser notre pays, pour le plus grand bénéfice de tous nos territoires.

COMMENTAIRE DE ROBERT MASCARELL

Etonnamment, vous ne rappelez pas que le rebond exceptionnel de la croissance de l’Allemagne a lieu au détriment des économies de ses voisins européens.

D’après vous, donc, la France a multiplié les obstacles à sa croissance, parmi lesquels l’ISF et les 35 heures.

Il serait intéressant que donniez vos sources concernant les 20 000 entrepreneurs et les plus de 300 milliards de capitaux productifs qui auraient fui notre pays à cause de l’ISF. Si cela était, ce que je conteste, je trouve absolument extravagant que notre pays doive adapter sa politique fiscale en fonction du comportement délictueux de certains de ses contribuables les plus aisés. Ils sont partis, bon vent !

Dans l’autre sens, vous n’êtes pas sans savoir que, selon l’article signé de Frédéric Schaeffer, paru le 2 juin 2010 dans le journal révolutionnaire « Les Echos », en 2009, la France a été la deuxième terre d’accueil en Europe des investisseurs étrangers.

J’en viens maintenant aux 35 heures, à l’origine selon vous de tous les maux de notre pays.

Ce disant, vous confondez, sciemment, durée légale du travail et durée réelle. Si vous n’omettiez délibérément cette donnée, vous écririez que la durée réelle moyenne du travail en France est de 41 heures par semaine. En Europe, la durée moyenne est de 41,9 heures. La durée du travail en France est égale à celle de la Belgique et de la Hongrie. Elle est supérieure à celle de pays comme le Danemark, la Finlande, l’Irlande, la Lituanie, le Luxembourg, les Pays-Bas. Quant à l’Allemagne, sa moyenne est légèrement supérieure à la nôtre : 41,7 heures.

Vous connaissant suffisamment pour vous entendre souvent à la radio et à la télé, j’anticipe ce que vous allez m’objecter. Il ne s’agit que de moyennes hebdomadaires, la durée du travail doit être analysée en moyenne annuelle. Et là, je devine que vous marmonnez que la France, avec ses interminables vacances, ses nombreux jours fériés, ses RTT, ne travaille pas assez par rapport à ses voisins.

Un article paru le 14 janvier 2010, dans la revue économique ultragauchiste « Challenges » dit l’inverse, à partir de statistiques de l’INSEE. Dans cet article, il apparaît qu’en 2007, la durée annuelle de travail en France est de 1 570 heures, supérieure à celle de l’Allemagne, de l’Italie, des Pays-Bas, de l’Espagne, de la Suède et du Royaume-Uni. Tout cela, alors qu’effectivement, la durée des congés payés annuels de la France (40 jours), est la plus longue d’Europe, après celle de la Finlande (44 jours), et à égalité avec celle de la Lituanie.

Toujours à propos des 35 heures, vous ajoutez qu’elle a cassé durablement la valeur travail.

Ce qui a cassé la valeur travail, c’est la manière scandaleuse dont ce gouvernement et ses prédécesseurs ont laissé se dévaloriser les salaires. D’ailleurs, en matière de coût du travail le plus élevé, la France est en 7ème position, loin derrière l’Allemagne. La crise de recrutement d’enseignants est la traduction la plus frappante de cette dévalorisation. Il est beaucoup plus intéressant d’être trader. Qui est le plus utile à la bonne marche de la société ? L’enseignant ou le trader ? Voilà à quelle aberration mène le système économique que vous chérissez tant.

Enfin, je veux conclure sur votre obsession de la croissance à tout prix. Je ne suis pas un adepte de la décroissance, mais de la croissance sélective. Il s’agit donc d’analyser très finement le contenu de la croissance. Mais il serait trop long d’en débattre ici.

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