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Publié par Robert Mascarell

J’ai décidé de publier sur mon blog une partie des échanges que trois militants de la CGT, le secrétaire de l’UL CGT de Rodez, Didier Pons, le secrétaire adjoint départemental CGT des services de santé, Francis Cunnac, et le responsable du secteur juridique de l’UD CGT de l’Aveyron, Robert Mascarell, ont eu avec Monsieur Yves Boyer, le président d’une association gérant un établissement d’accueil de personnes âgées.

Ses propos me paraissent tellement représentatifs de l’état d’esprit des petits patrons, que j’ai jugé utile de vous faire connaître le débat que nous avons eu avec ce personnage, par courriels interposés.

Tout d’abord, sachez qu’avant d’être président de cette association, ledit Yves Boyer fut le propriétaire d’une pharmacie à Laissac, dont il devint le maire de 1983 à 2008, puis conseiller général du canton de Laissac de 1992 à 2011, sous l’étiquette UMP. Il fut même vice-président du Conseil général de l’Aveyron.

Sachez également que les trois militants de la CGT de l’Aveyron que nous sommes ont écrit à Monsieur Boyer, ès-qualité président d’une association gérant un établissement d’accueil de personnes âgées, mais gérant aussi près de cinquante salariés, parce que depuis son élection à la fonction de déléguée du personnel, en avril 2014, et surtout depuis son adhésion à la CGT, en juillet 2014, Stéphanie De Marco (SDM) vit un véritable enfer.

Entre juillet 2014 et avril 2015, SDM a été avertie deux fois. L’employeur a tenté de faire reconnaître son inaptitude psychologique par la médecine du travail, pour l’exercice de sa fonction d’aide-soignante. En vain.

Devant un tel harcèlement, SDM a alors informé son employeur de sa décision de saisir le conseil de prud’hommes. Mal en a pris à SDM. Deux jours après cette information, l’employeur l’a mise à pied à titre conservatoire, en vue de son licenciement pour maltraitance vis-à-vis d’une résidente âgée de 91 ans, souffrant d’un début d’Alzheimer.

SDM, heureusement soutenue par les deux fils de cette dame et par quelques salariés courageux, a obtenu de l’inspecteur du travail, après que celui-ci ait mené une enquête contradictoire, qu’il n’autorise pas son licenciement.

Nullement découragé, l’employeur a profité de l’arrêt de travail de SDM, très affectée par ce harcèlement, pour obtenir de la médecine du travail que ce coup-ci elle soit déclarée inapte et qu’ainsi il puisse la licencier sans risque. Pour s’assurer que le médecin du travail prononce l’inaptitude, l’employeur a auparavant envoyé six de ses salariés chez le médecin du travail, pour qu’ils lui exposent leur souffrance au travail, à cause de SDM.

Heureusement, pas dupe de l’opération, le médecin-inspecteur régional du travail, saisi par SDM, a cassé l’inaptitude de SDM. Depuis le 22 septembre 2015, l’employeur a été obligé de la réintégrer. Mais son enfer a repris de plus belle. Celle-ci vit dans l’attente de la décision du ministre du travail, saisi par l’employeur pour qu’il infirme la décision de l’inspecteur du travail, et qu’il autorise donc le licenciement de SDM. Sa décision doit intervenir impérativement avant ce 27 novembre.

C’est en l’état de cette situation explosive que nous avons décidé d’écrire au président de l’association gestionnaire, puis, si fermeture de sa part, aux membres du conseil d’administration, et si eux aussi jouent la politique de l’autruche, aux organismes publics financeurs et contrôleurs de l’activité de cet établissement, pour, à l’issue de ce parcours, si rien ne bouge, alerter l’opinion publique sur les dysfonctionnements de cet établissement, mettant en danger les salariés et par ricochet les personnes âgées résidentes.

La preuve de nos craintes se comprend à la lecture du registre du personnel. Dans les cinq dernières années, pas moins de 830 salariés ont défilé dans cet établissement, alors que l’effectif a toujours été nettement inférieur à 50 salariés. C’est-à-dire que théoriquement l’effectif est changé totalement 3,6 fois par an. Même les directeurs subissent le même sort. Cinq se sont succédé en cinq ans.

C’est dire si dans cet établissement, le personnel, précarisé à l’extrême, vit dans un climat de peur permanent.

La réponse brutale du président de l’association à notre lettre envoyée le 26 octobre 2015, laisse mal augurer de la suite des événements. Elle est d’autant plus étonnante que ce personnage aime se présenter sous les atours d’un bienfaiteur, qui plus est, pétri de valeurs chrétiennes.

Il reproduit dans sa fonction de président bénévole, ses pratiques de petit patron de combat contre tous les salariés de l’établissement qui osent le défier.

Nous ne reproduisons ci-après que les extraits de sa lettre qui sont totalement hors sujet par rapport aux problèmes intrinsèques à l’établissement, que nous avons soulevés dans notre lettre à laquelle il répond. La brutalité de ses propos en dit long sur l’état d’esprit de la catégorie sociale dont ce président est issu.

Après ces extraits, nous décryptons ses propos caricaturaux.

Bonne lecture.

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EXTRAITS DE LA LETTRE DU PRESIDENT DE L’ASSOCIATION :

« Dieu seul sait la patience qu’il m’a fallu pour lire votre verbiage épistolaire bourré de contre-vérités.

Avant toute chose moi, je crois en Dieu vous non ! Vous croyez en la lutte des classes, moi non. Confer l’ancienne URSS où la lutte des classes était érigée en dogme et où la nomenklatura a exploité le peuple, et où un tyran dictateur « Staline » a fait mourir plusieurs millions de personnes. […..]

Bravo la CGT pour le peu de considération que vous avez envers une salariée, l’appeler par des initiales c’est un comble pour votre organisation…. [….]

Quant à vous rencontrer, c’est hors de question. J’ai vu comment se conduisaient les voyous à Air France envers leurs dirigeants. J’ai 74 ans et tiens à vivre tranquille…… »

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NOTRE REPONSE ENVOYEE AU PRESIDENT LE 10 NOVEMBRE 2015

Votre lettre datée du 2 novembre 2015, en réponse à notre courriel du 26 octobre 2015, est à ce point caricaturale qu’elle en est réjouissante.

Vous ne vous êtes pas contenté de rester sur l’objet de notre lettre, vous avez cru devoir y ajouter des considérations politiciennes et même philosophiques. Nous avons commenté vos remarques respectueuses de l’objet de notre lettre ailleurs. Dans cette épigramme, nous commentons vos considérations politiciennes et philosophiques.

Votre lettre démarre très fort. Jugez-en ! Vous écrivez : « Avant toute chose moi, je crois en Dieu vous non ! Vous croyez en la lutte des classes, moi non. »

Ce écrivant, vous vous adonnez au psittacisme. C’est-à-dire que vous répétez mot pour mot ce que Jérôme Cahuzac disait avec morgue à Jean-Luc Mélenchon, sur la lutte des classes, dans le débat qu’il eut avec lui, en janvier 2013, à l’émission Mots croisés de France 2, du temps où vos amis politiques et les « socialistes » le soutenaient contre vents et marées. Las pour vous, en avril 2013, il tombait en disgrâce. Merci Médiapart.

Vous avez les références que vous pouvez. Elles ne sont pas reluisantes.

Pour votre gouverne et probablement pour votre culture, sachez que le concept de division de la société en classes sociales fut théorisé par Karl Marx et par Friedrich Engels au milieu du 19ème siècle, soit bien avant 1917. Et que poussant plus loin leur analyse, les deux théoriciens ont constaté que ces classes sociales avaient des intérêts sociaux et économiques non seulement différents, mais souvent divergents. Les éléments les plus éclairés de ces différentes classes sociales ont accédé à ce que Marx et Engels ont appelé la conscience de leur appartenance de classe. Dès lors, les plus conscients se sont enquis, d’un côté comme de l’autre, de défendre leurs intérêts de classe divergents. Le concept de lutte des classes est ainsi né.

Il est un capitaliste que l’on ne peut suspecter d’accointances avec les communistes, qui a bien compris que la lutte des classes existe bien, c’est le richissime américain Warren Buffett qui, en mai 2005, a déclaré « qu’il existait bel et bien une guerre des classes, mais c’est ma classe, la classe des riches qui fait la guerre et c’est nous qui gagnons ». Le cynisme de cet homme a au moins le mérite de la clarté.

C’est vrai, les communistes soviétiques se sont voulus les applicateurs de ce concept. Nous vous accordons volontiers qu’ils l’ont dénaturé. Mais cela ne condamne ni le communisme en tant que possibilité d’organisation future de la société, ni les théories marxistes.

Ou alors, à ce compte-là, votre honnêteté intellectuelle, puisée dans vos valeurs chrétiennes, devrait vous conduire à condamner le christianisme, et plus particulièrement son rameau catholique, pour les exactions commises, en son nom, durant l’Inquisition, et plus récemment sous Franco, en Espagne, et sous Pinochet, au Chili, et nous pourrions donner bien d’autres exemples.

Et que dire des crimes de masse entrepris sous l’égide des religions chrétiennes et du capitalisme : extermination des Indiens d’Amérique, traite des Noirs d’Afrique, esclavage aux Etats-Unis, conquêtes coloniales en Afrique, avènement du nazisme en Allemagne, avec le soutien de bien des grands industriels du monde occidental et du clergé,……… « Plutôt Hitler que le Front Populaire » disaient bien des patrons français avant la 2nde Guerre mondiale, et même pendant.

Le problème n’est donc pas d’être pour ou contre la lutte des classes. Elle est. Tout simplement. Elle est consubstantielle à toutes les sociétés divisées en classes sociales, comme l’atmosphère et la pesanteur sont consubstantielles à la vie sur Terre.

Quant à l’existence de dieu, elle est scientifiquement indémontrable. Elle n’est qu’une vue de l’esprit qui, apparemment, aide ceux qui y croient à vivre. Grand bien leur fasse. Nous ne faisons pas partie de ceux-là, mais nous n’avons rien contre, dès lors que les croyants respectent notre incroyance. Il y a d’ailleurs au sein de la CGT des croyants. Croyants et incroyants y vivent en parfaite communion.

Reste un sujet d’étonnement : vous croyez en ce qui est improuvable, dieu, mais niez ce qui est prouvable, la lutte des classes. Comprenne qui pourra. A moins que votre intérêt de classe d’ex-petit patron ne soit l’explication de ce paradoxe.

Que dire des voyous d’Air France ? Qu’il s’agit là d’une des multiples manifestations de la lutte des classes, dont l’histoire de France et même de tous les pays du monde est émaillée. Et dont l’histoire du futur de l’humanité sera encore le théâtre.

S’aviserait-on de dire de notre peuple qu’il eut un comportement de voyous quand, en 1789, il s’empara de la Bastille, avec force têtes coupées brandies au bout de piques ? C’est autre chose que deux chemises déchirées, ne trouvez-vous pas ? Même si, nous vous l’accordons, à froid, du cœur de nos bureaux calfeutrés, il est facile de dire que nous ne nous serions pas laissés aller à ce type de dégradation matérielle. Mais qu’est-ce au regard des 2900 salariés qui vont être sacrifiés, sur l’autel de la compétitivité ?

D’ailleurs, le soir même de cet événement, le fameux DRH d’Air France et l’autre cadre supérieur, soi-disant lynchés, pouvaient dîner tranquillement en famille. Certes, ils ont été obligés de changer leur chemise. Le lendemain, ils ont repris leur travail, l’esprit tranquille, l’avenir assuré. Ils ne font pas partie des 2900 sacrifiés.

Mais puisque, manifestement, vous pensez avoir le discernement nécessaire pour qualifier certains de vos congénères de voyous, dans un esprit très chrétien évidemment, nous supposons que vous allez pouvoir vous en donner à cœur joie dans votre stock de qualificatifs pour nommer les ci-après : Balkany, Cahuzac, roi d’Arabie Saoudite, avec lequel vos amis sont si amis,….. La liste est infinie, et elle risque de s’allonger, tant les affaires en voie d’instruction sont nombreuses. Les scandales financiers et autres, en devenir, vont immanquablement enrichir la liste.

Enfin, puisque le peu de considération que nous avons pour SDM remue votre conscience chrétienne, ce dont nous vous louons, sachez que celle-ci se réduit elle-même aux initiales de son nom, par commodité, et qu’elle trouve bien plus de réconfort à notre contact, qu’à subir vos innombrables entraves à sa fonction de déléguée du personnel et vos non moins innombrables provocations dans l’accomplissement de sa tâche de faisant fonction d’aide-soignante.

Nous sommes très conscients que cette réalité ne cadre pas du tout avec l’image de « bienfaiteur » que vous vous êtes forgée, mettant son expérience bénévolement au service des personnes âgées.

Mais, vous êtes à ce point pétri de valeurs chrétiennes, et à ce titre grand défenseur des valeurs familiales, que vous refusez, sans honte, de maintenir le salaire de vos salariés pendant leurs arrêts de travail, que ce soit pour maternité, maladie ordinaire, accident du travail et maladie professionnelle. Il en va de même, en cas d’absence des salariés pour garder leur enfant malade. Nous ne serions pas étonnés que, pour vous, une hostie avalée à la messe du dimanche suffise à laver votre conscience.

Votre attitude est d’autant plus scandaleuse, que vous vous montrez encore plus jusqu’au-boutiste que les plus jusqu’au-boutistes des employeurs de votre branche professionnelle.

En effet, après que les deux grandes organisations patronales de votre branche aient dénoncé la convention collective nationale de l’hospitalisation privée à but non lucratif, à la fin de l’année 2011, les mêmes ont mis en œuvre des recommandations patronales à partir du 4 septembre 2012.

Ces recommandations prévoient le maintien du salaire en cas d’absence pour maternité, maladie ordinaire, accident du travail, maladie professionnelle et enfant malade, évidemment selon des modalités de temps et d’ancienneté. Le grand bienfaiteur que vous êtes n’en a cure.

Après les recommandations patronales, une nouvelle CCN a été signée le 4 février 2014. La nouvelle CCN confirme le maintien du salaire dans les cas précités. Vous n’en avez toujours cure.

Par avance, nous savons que vous allez nous répondre, qu’en ces matières, vous appliquez la convention passée entre l’établissement que vous présidez et la mutuelle Viasanté-UDSMA. Sauf que cette convention est bien moins favorable aux salariés que la CCN et qu’en plus vous la respectez très mal.

Pour appliquer ces droits élémentaires, déjà en vigueur dans bien des établissements similaires au vôtre, vous attendez d’y être obligé par le ministre du travail, après qu’il aura étendu la CCN.

Etonnamment, voilà près de deux ans que ce ministère reste inerte. Vos salariés sont donc victimes, à la fois de votre politique antisociale et de l’inertie du gouvernement. Y compris les salariés dont vous avez extorqué les signatures pour qu’ils témoignent contre leur déléguée du personnel, qu’ils avaient pourtant élue l’année d’avant.

Nous ne blâmons pas ces salariés, nous savons parfaitement dans quel climat d’intimidation et de précarité généralisée vous les faites travailler. La lecture du registre du personnel permet de se faire une idée de leur souffrance. Dans les cinq dernières années, 830 salariés sont entrés dans votre établissement, alors que son effectif est toujours sensiblement inférieur à 50. Cela signifie que chaque année, en moyenne et théoriquement, l’effectif est totalement changé près de quatre fois. En pratique c’est plus, puisque dans le personnel, il est quand même quelques salariés qui bénéficient d’une certaine stabilité. Même les directeurs sont sur un siège éjectable dans votre établissement. Cinq se sont succédé en cinq ans.

Pour toute défense sur ce turn-over galopant, vous prétendez, sans preuve, que vos confrères font pareil que vous. Quand bien même cela serait-il, est-ce qu’un chrétien digne de ce nom peut se réclamer du mal qui serait fait par ses alter ego, pour se donner le droit d’en faire autant ?

A la lumière de vos méthodes de gestion du personnel et, probablement, de votre engagement politique à l’UMP, nous sommes certains que vous participez du chœur de ceux qui réclament à cor et à cri de ramener le Code du travail et même les conventions collectives à leur plus simple expression, préférant les accords d’entreprise aux contraintes de ces documents, voire pas d’accord du tout.

Il est vrai que dans le cadre de l’entreprise (surtout les petites et moyennes), les moyens de rétorsion des employeurs à l’encontre de leurs salariés ont bien plus de chance d’être efficaces qu’au niveau d’une négociation nationale. Vos salariés, mal payés et mal protégés, le savent bien. Même ceux qui, intimidés par vos méthodes, semblent vous soutenir.

En tout cas, démonstration est faite, à travers votre exemple que, premièrement, la divergence d’intérêt de classe, susceptible de virer en lutte des classes, existe, et que, secondement, si jamais les salariés laissaient détruire le Code du travail et les conventions collectives, par les Hollande, Valls, Macron et leurs complices Sarkozy, Juppé, Fillon et Lemaire, sans oublier le MEDEF et la CGPME, et croyaient au mirage des accords d’entreprise, ils peuvent s’attendre à être traités comme vos salariés, sans aucune protection en cas de maternité, maladie, accident du travail, et autres joyeusetés. Les employeurs de votre acabit ne s’inclinent que devant la force de la loi et/ou la détermination des salariés. Comptez sur la CGT pour la faire mûrir et pour défendre ardemment la supériorité du Code du travail puis des conventions collectives sur les accords d’entreprise.

A propos, le chef de votre parti, Nicolas Sarkozy, avait une expression fameuse, à propos des patrons peu respectueux de leurs obligations légales ou simplement morales, il les qualifiait de patrons voyous. A méditer. Comment disait-on au cinéma ? Ah oui ! « Toute ressemblance avec une personne pouvant exister n’est que pure coïncidence. »

Sans aucun espoir de vous libérer de vos aigreurs antisociales et antisyndicales, et que vous accédiez à une pensée rationnelle, sauf si méditation profonde (on peut toujours rêver), veuillez agréer tout de même les salutations syndicalistes de voyous de la CGT.

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DEPUILLE Andre 10/02/2016 13:54

J'aurais aimé pouvoir écrire un tel article !!!
quant au personnage interpelé , ces amis le lâchent petit à petit ( voir article dans la presse au sujet du marché de Laissac) l'autoritarisme, même chrétien ,a une fin ???
3D

Robert Mascarell 10/02/2016 14:13

J'ai lu cet article dans le Centre Presse de samedi dernier. Je me suis fait la même réflexion.