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Publié par Robert Mascarell

Ce titre n’est pas qu’un jeu de mots. Il reflète les nombreux points communs existant entre le sinistre Pierre Laval et Manuel Valls.

Comme Laval fut « socialiste », Valls prétend l’être.

Comme Laval fut un très jeune ministre de l’intérieur, le jeune Valls l’a aussi été.

Comme Laval avait une conception autoritaire de l’Etat, Valls s’en vante aussi. Rappelons, à ce propos, que le modèle de Valls n’est pas Jaurès mais Clémenceau, qui n’a jamais été socialiste et qui, alors qu’il était président du Conseil (l’équivalent sous la 3ème République du Premier ministre de la 5ème République) s’était autoproclamé le « premier des flics » et qui n’a pas hésité, pour faire « honneur » à son titre, à réprimer sauvagement les grévistes. De ce jour, d’ailleurs, Jaurès s’était brouillé avec lui.

Comme Laval fut président du Conseil, Valls est devenu Premier ministre.

Comme Laval a entrepris une politique de déflation, Valls s’en fait également le chantre et l’applicateur zélé. Pour les mêmes raisons et avec les mêmes solutions. A savoir, une production industrielle en panne et une croissance ralentie, pour ce qui est des raisons, et une baisse autoritaire des salaires des fonctionnaires, pour ce qui est des solutions. En 1935, le résultat ne s’est pas fait attendre, le chômage a continué de croître, provoquant la chute du gouvernement qu’il dirigeait. Son échec a ouvert la voie au Front populaire. Le sort de Laval, en 1935, attend Manuel Valls. Immanquablement.

Un seul point d’interrogation subsiste et subsistera, j’en forme le vœu, probablement toujours.

Pierre Laval, longtemps considéré comme respectable, longtemps socialiste, puis démocrate jusqu’en 1940, s’est mué, avec l’occupation de la France par les troupes de Hitler, en un atroce antisémite, soutien inconditionnel de Hitler. Plus encore que Pétain. Jusqu’à subir le sort qu’il méritait, son exécution en 1945.

Pour notre chance et pour la chance de Manuel Valls, il n’existe pas, aujourd’hui, l’équivalent de Hitler. Du moins à son niveau de puissance. Et s’il existait ? Là est le point d’interrogation. Que ferait-il ? Comme Laval ? A la décharge de Manuel Valls, cette interrogation vaut pour chacun(e) de nous.

Une chose est certaine, toutefois. Son comportement dans l’affaire Alstom ne laisse pas d’inquiéter. La défense de l’intérêt national paraît être le cadet de ses soucis. Dans le débat relatif au repreneur de cette grande entreprise française, intervenant dans un domaine stratégique essentiel pour l’indépendance de notre pays : les turbines nucléaires, sa préservation n’est pas mise en avant. L’essentiel porte sur le fait de savoir qui, de Siemens, l’allemand, ou de General Electric, l’américain, sera le moins coûteux en perte d’emplois.

Faute de taille critique, nous disent les économistes et les médias libéraux, repris en chœur par Hollande, le gouvernement et tous les politiciens libéraux de droite et de « gauche », Alstom ne peut faire autrement que de se faire manger par un groupe étranger ayant cette taille critique. Pour ceux-là, la nationalisation est donc impensable. Fi de l’intérêt national, alors que le secteur du nucléaire, secteur stratégique s’il en est, indispensable à notre indépendance est en jeu. Il n’y a pas si longtemps, un tel fatalisme aurait été assimilé à un acte de trahison.

En réalité, ce qui arrive aujourd’hui à Alstom est ourdi de longue date, aussi bien par les capitalistes français, que par les gouvernements successifs, de droite et de « gauche ».

Pour faire simple, l’acte de décès d’Alstom (sans h) remonte au 10 mars 1995, sous Chirac, le jour de l’arrivée de Serge Tchuruk à la tête du groupe Alcatel-Alsthom (avec h). Celui-ci a aussitôt entrepris de dépecer le groupe qui, de fusions en absorptions, ou en concentrations, s’était constitué en un siècle. Tout cela, au nom de l’idée en vogue à ce moment-là, chez les capitalistes français : à savoir la nécessité de se recentrer sur son cœur de métier. En l’occurrence les télécommunications (Alcatel, devenu Alcatel-Lucent). La partie Alsthom étant livrée à l’encan.

Ce faisant, les capitalistes français faisaient l’inverse de ce qui se pratiquait dans le monde, où se constituaient au contraire des conglomérats géants multiactivités. S’il en est ainsi, c’est que hier comme aujourd’hui, les gouvernements français successifs n’ont aucune politique industrielle, convaincus qu’ils sont que notre industrie doit se fondre dans un ensemble européen, parfaitement hypothétique et disparate.

Le dépeçage du groupe, c’est-à-dire la perte délibérée de la taille critique qu’avait Alcatel-Alsthom, qui justifie aujourd’hui que Alstom ne puisse résister aux assauts de General Electric ou de Siemens, s’est opéré sous le regard complice des gouvernements successifs.

Il faut savoir que, pour cette basse besogne, Serge Tchuruk, polytechnicien issu de l’école des Mines, était le P-DG le mieux payé de France.

Le coup de grâce a été porté en 1998, sous Jospin, quand le groupe Alcatel-Alsthom, issu du groupe CGE (Compagnie Générale d’Electricité), a éclaté en trois entités distinctes et indépendantes : Alcatel, Alstom et Cégélec. La descente aux enfers, pour les trois entités commençait.

Ce n’est pas faute, qu’avant même que tout cela arrive, tous les syndicats, toute la gauche, hormis le parti socialiste, aient alerté l’opinion sur ce qui allait inévitablement se passer. Mais comme nous ne faisons pas partie des belles personnes, nous n’avons pas été écoutés. Nous ne le sommes pas davantage aujourd’hui par Hollande et Valls.

Ainsi, il en va sous Hollande-Valls comme sous Laval d’avant-guerre, lui aussi au nom de l’Europe, mais hitlérienne. Ce n’est fort heureusement pas le cas aujourd’hui.

Le trait commun à tous ces dirigeants, c’est qu’ils se défient du peuple. Ils préfèrent s’en remettre aux banquiers et aux employeurs et à ceux issus des grandes écoles. Pour les dégâts que l’on voie sous nos yeux.

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